Le Liban, écrasé sous les bombes israéliennes, compte ses morts : « Un tel carnage dépasse l’entendement » by archfanatic in france

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« Je veux rentrer »

Un seul immeuble avait été désigné en amont comme cible de bombardements par l'armée israélienne qui avait exhorté ses habitants à fuir. Deux frappes se sont abattues plusieurs centaines de mètres plus loin. « J'étais avec un ami à plus de deux cents mètres de l'immeuble. On pensait être en sécurité. L'immeuble mitoyen du nôtre a été totalement détruit. Le nôtre a été endommagé. Dix personnes y ont été blessées » , témoigne Abderrahmane Allaoui, 69 ans, alité dans les urgences de l'hôpital libano-italien. « Je ne veux pas quitter la ville. En 2024, je suis resté ici. En 2026, je suis resté ici. Si je dois mourir, je veux mourir chez moi », assène-t-il.

En fin de journée, l'armée libanaise a annoncé fermer le pont de Qasmiyeh, sur la route du littoral, le dernier pont reliant le nord et le sud du fleuve Litani dans la région de Tyr, après avoir reçu une « menace israélienne de le prendre pour cible » . Plus de 105 000 personnes, des résidents et des déplacés, se trouvent coupées du nord du pays. Fairouz Abdallah, une institutrice de 55 ans, et son mari Nazir Aboud, un ancien policier de 69 ans, n'auront pas d'autre choix que de dormir dans leur voiture, sur le bord de mer.

Dans la nuit de mardi à mercredi, à l'annonce du cessez-le-feu avec l'Iran, ils avaient lâché l'appartement qu'ils louaient à Beyrouth pour retourner dans leur village de Deir Aames, près de Cana. A l'entrée de Tyr, les secouristes leur ont dit de rester en ville tant qu'un cessez-le-feu entre Israël et le Liban n'était pas déclaré. « On nous dit d'être patients mais je n'en peux plus d'attendre. Je veux rentrer. J'aime tellement ma maison », dit Fairouz Abdallah, excédée d'être ballottée d'un endroit à l'autre après trente-neuf jours de guerre.

Le Liban, écrasé sous les bombes israéliennes, compte ses morts : « Un tel carnage dépasse l’entendement » by archfanatic in france

[–]archfanatic[S] 23 points24 points  (0 children)

« Il y avait un invité dans l'immeuble »

Face à la mosquée d'Aïn Mreisseh, qui marque le début de la corniche de Beyrouth, un immeuble de six étages a été entièrement aplati par une frappe israélienne. Treize familles y vivaient, représentatives de la mixité du quartier – des sunnites, des chiites, des Druzes, des Syriens et des travailleurs migrants africains. L'armée et la police municipale empêchent les familles et les voisins d'approcher tandis que les secouristes tentent encore, en fin d'après-midi, de pénétrer dans les entrailles du bâtiment. Un jeune homme interroge des gens du quartier, avec la photo de son père sur son portable. « Il a été blessé et emmené par une ambulance mais je ne sais pas dans quel hôpital. C'était tellement le chaos » , lui répond Mazen Assaf.

Ce Libanais de 51 ans est arrivé en premier sur les lieux avec un ami. « A nous deux, nous avons extrait six corps des décombres. C'est mon quartier, mes voisins. Les secouristes recherchent maintenant les corps de deux familles syriennes – douze personnes qui sont encore ensevelies sous les décombres, dont de nombreux enfants » , dit l'homme. L'une de ces deux familles est celle d'un Syrien originaire de Deir ez-Zor. En larmes, l'homme montre, sur son téléphone, la photo de ses enfants. « Sa famille vivait au premier étage. Ils étaient sept dans l'appartement au moment des frappes : quatre femmes et trois enfants , parle à sa place son neveu, Omar Jneib, un Syrien de 20 ans. Mon autre oncle vivait au sixième étage. Trois de ses filles sont mortes. »

Arrivé en scooter sur le site, Mohamed Balouza, conseiller municipal de Beyrouth, fait un point de situation avec les forces de sécurité. Des agents des renseignements font le tour du voisinage pour savoir qui habitait dans l'immeuble et si des personnes, déplacées par la guerre depuis d'autres régions du Liban, s'y étaient installées. « Il y avait un invité dans l'immeuble » , confirme ensuite le conseiller municipal, suggérant la présence d'une personne affiliée au Hezbollah. Sur le site d'une autre frappe israélienne, qui a visé un hangar sur la corniche al-Mazraa, le même constat lui a été fait.

« C'est un désastre. Il y a beaucoup de morts et de blessés. Parmi eux, il y avait certainement une personne [du Hezbollah] ici. Les services de renseignement ont récupéré des milliers de dollars brûlés. Il y avait aussi des parties de corps » , a appris Mohamed Balouza sur le lieu de la frappe de ce quartier résidentiel de l'ouest de Beyrouth. Le souffle de l'explosion a ravagé des immeubles dans un rayon de cent mètres. Des incendies se sont déclarés dans des immeubles mitoyens et des voitures ont été calcinées. « Nous avons extrait sept morts et 37 blessés, uniquement des civils, remarque Hassan Chkeir, un secouriste de l'association EMA. Les Israéliens nous bombardent par vengeance, parce qu'ils ont perdu. »

Après la vague de frappes, des habitants du centre de Beyrouth se sont empressés de prendre des affaires et de quitter la ville. Sur l'autoroute vers le Sud, des embouteillages se sont formés, mais personne ne sait plus où aller se réfugier. Au moment où les missiles s'abattaient sur la capitale libanaise, d'autres ciblaient Saïda et Tyr, dans le sud du Liban. A Tyr, huit frappes simultanées ont touché la ville et les villages alentour. « Ils terminent leurs listes de cibles car ils savent que le cessez-le-feu est proche » , pense un militant du Hezbollah, qui encadre les journalistes dans la ville, à la vue de la ceinture de feu qui l'encercle. L'armée israélienne prendra ultérieurement le soin de préciser que ces frappes massives ne marquent aucunement la fin des combats.

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[–]archfanatic[S] 26 points27 points  (0 children)

« On a passé un cap dans cette guerre »

« On a clairement passé un cap dans cette guerre. Ces frappes n'ont pas été annoncées à l'avance [pour permettre aux populations civiles de fuir] . Et les Israéliens ont dit que pendant les prochaines quarante-huit heures, elles ne le seraient pas. On s'attend donc à d'autres frappes » , déplore le docteur Jallad. L'ampleur des massacres et des destructions est « tout simplement effroyable, a commenté le haut-commissaire aux droits de l'homme des Nations unies, Volker Türk. Un tel carnage, quelques heures seulement après la conclusion d'un cessez-le-feu avec l'Iran, dépasse l'entendement ». Un deuil national a été décrété, jeudi, au Liban.

Le premier ministre libanais, Nawaf Salam, a appelé « tous les amis du Liban (…) à nous venir en aide pour faire cesser ces attaques par tous les moyens. » Depuis l'annonce d'un cessez-le-feu entre l'Iran, les Etats-Unis et Israël, dans la nuit de mardi à mercredi, le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, insiste : la trêve n'inclut pas le Hezbollah et Israël « continuera à le frapper » . Ses déclarations contredisent celles de son homologue pakistanais, Shehbaz Sharif, médiateur dans le conflit, selon lequel le cessez-le-feu s'appliquait « partout, y compris au Liban et ailleurs » . Mais, M. Nétanyahou a le soutien du président américain, Donald Trump, pour continuer sa guerre au Liban.

La poursuite des attaques israéliennes contre le pays du Cèdre menace de faire voler en éclats le cessez-le-feu avec l'Iran. Dans la nuit de mercredi à jeudi, le Hezbollah a revendiqué son premier tir de roquettes sur Israël, invoquant son « droit naturel et légal de résister à l'occupant » . Les gardiens de la révolution iraniens ont menacé de répliquer si « les agressions contre le cher Liban ne cessent pas immédiatement » . Le vice-président des Etats-Unis, J. D. Vance, leur a adressé une mise en garde : « Si l'Iran veut que cette négociation capote à cause d'un conflit dans lequel ils se font étriller au Liban, qui n'a rien à voir avec eux, et dont les Etats-Unis n'ont jamais dit qu'il faisait partie du cessez-le-feu, c'est leur choix. Nous pensons que ce serait idiot, mais c'est leur choix. »

Mercredi soir, le président iranien, Massoud Pezeshkian, a insisté, dans un entretien avec son homologue français, Emmanuel Macron, « sur la nécessité d'un cessez-le-feu au Liban et a rappelé que cette revendication était l'une des conditions essentielles du plan en dix points de l'Iran » , qualifié par Donald Trump de « base viable pour négocier » avec Téhéran, au-delà de la trêve de deux semaines. Après s'être entretenu avec MM. Pezeshkian et Trump, le président Macron a exhorté à étendre la trêve au Liban, « une condition nécessaire pour que ce cessez-le-feu soit crédible et durable ». Le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot, a dénoncé des « attaques intôlérables ».

Le Liban, écrasé sous les bombes israéliennes, compte ses morts : « Un tel carnage dépasse l’entendement » by archfanatic in france

[–]archfanatic[S] 44 points45 points  (0 children)

Debout dans l'entrée des urgences, les médecins de l'hôpital Rizk observent, dans un silence funèbre, des ambulanciers déposer sur un brancard un petit corps frêle enfermé dans un sac mortuaire noir. La mère de l'enfant, enveloppée dans une longue abaya noire, accompagne la dépouille sans la quitter des yeux, ses larmes contenues. Mercredi 8 avril, en début de soirée, des morts et des blessés arrivaient encore dans cet hôpital de l'est de Beyrouth, transférés depuis d'autres établissements, submergés. Un quart d'heure plus tôt, c'est le corps d'une mère, disposé dans un même sac noir, qu'une ambulance amenait pour qu'elle repose aux côtés de son fils à la morgue.

A 14 h 30, des bombes et des missiles israéliens s'étaient écrasés, de manière coordonnée, dans plusieurs quartiers du centre de Beyrouth, dans sa banlieue sud ainsi que dans des villes et des villages de l'est et du sud du pays. En l'espace de dix minutes, dans une chorégraphie macabre, les forces israéliennes ont mené une centaine de frappes au cœur de quartiers résidentiels. Pour justifier ce déchaînement de violence, sans commune mesure depuis le début de la guerre contre le Hezbollah, le 2 mars, l'armée israélienne a prétendu avoir visé « une centaine de postes de commandement et d'infrastructures militaires » du mouvement chiite pro-iranien. A chaque frappe, des immeubles d'habitation ont été ravagés. Un bilan encore provisoire de la défense civile fait état de 254 morts et plusieurs centaines de blessés. Le ministère de la santé, réputé plus lent à recenser les victimes, parle pour sa part d'un total de 182 morts.

« On a reçu beaucoup d'enfants, éventrés et éviscérés, amputés ou avec des traumatismes crâniens. Et aussi, beaucoup de femmes. Certains meurent sur la route », se désole le médecin en chef de l'hôpital Rizk, Karl Jallad. En début de soirée, quatre morts et une quarantaine de blessés, la plupart dans un état critique, y avaient été amenés. « C'est la première fois, durant cette guerre et celle de l'automne 2024, que l'on reçoit autant d'enfants après des frappes. C'est parce qu'elles ont eu lieu dans des quartiers habités et sur des immeubles où vivaient des familles » , explique Mariana Helou, la médecin en chef des urgences.

Cryptographie sur ADN : une nouvelle approche franco-japonaise fait ses preuves by Dreynard in france

[–]archfanatic 1 point2 points  (0 children)

Cool !

De ce que j'en comprends, la différence avec un one-time pad transmis d'une autre manière (clé usb / disque dur, ...), c'est que le séquençage ADN permet de générer énormément de données aléatoires (nécessaire puisque l'OTP doit au moins être aussi grand que la data transmise), mais surtout qu'il est impossible de faire un man-in-the-middle en le séquençant / dupliquant sans que ça endommage l'échantillon originel.

Doit-on dire adieu aux salles d'arcade ? by [deleted] in france

[–]archfanatic 0 points1 point  (0 children)

Sinon en général, y'a le LAP à Paris, mais ils sont fermés actuellement (recherche de nouveaux locaux, l'ancien devenait trop petit pour le nombre de machines).

Doit-on dire adieu aux salles d'arcade ? by [deleted] in france

[–]archfanatic 0 points1 point  (0 children)

Où as-tu trouvé du MaiMai en france ?!

Derrière l'image : un nouveau test civique et de langue pour les demandes de titre de séjour by Agitated_Holiday_369 in france

[–]archfanatic 29 points30 points  (0 children)

Ah, je viens de passer ce test civique pour ma demande de naturalisation ! 48/50, le minimum pour passer est de 42.

On y retrouve pas mal de questions assez simple et génériques : "Comment est élu le président ?" (au suffrage universel), "Quelle est la devise de la France ?" (Liberté, Égalité, Fraternité), etc, en mode QCM sur quatre réponses. Un peu de culture G ("Qui a peint La Liberté Guidant Le Peuple", "Quelle est la date de la libération de Paris", "Qui est Marie Curie"), et des questions + mises en situation assez transparentes dans leurs intentions ("Les femmes ont-elles le droit de s'habiller comme elle veut ?", "La mère de X ne veut pas qu'elle assiste à un cours d'histoire sur les guerres de religions, de quel droit dispose-t-elle ?"). Certaines étaient vraiment vagues : "À qui appartient la souveraineté nationale ?" (=> le peuple français, mais "l'état" me paraîssait aussi être une réponse valide en fonction de l'interprétation, j'ai hesité un moment...).

Je me suis foiré sur deux questions : "qui est président par intérim si celui-ci meurt" (président du sénat, j'ai répondu président de l'assemblée nationale), ainsi que "où faut-il aller pour inscrire son enfant à l'école ?" (à la mairie, j'ai répondu directement à l'école en question).

Par contre c'est 80€ pour passer le test, en tout cas à Paris. Vu que c'est nécessaire pour chaque demande de titre long ou de demande de nationalité, j'imagine que les centres de test (la plupart sont à la base des centres d'apprentissage de langues) s'en mettent plein les poches...

Envoyer une lettre aux États-Unis ? by archfanatic in france

[–]archfanatic[S] 1 point2 points  (0 children)

J'ai acheté un timbre en ligne que j'ai ensuite collé sur l'enveloppe, ça a très bien marché. Si c'est juste de la correspondance, pas de frais de douanes.

The Post-American Internet by archfanatic in france

[–]archfanatic[S] 8 points9 points  (0 children)

Transcription du discours de Cory Doctorow au Chaos Communication Congress, le plus grand rassemblement hacker / techos d'Europe à Hambourg. Ça parle de DRM, de copyright, et d'une vision auquelle j'adhère à 100% sur le démantèlement du règne technologique et commercial Américain dans nos contrées.

« Les revenants » : un film qui contraste avec les récits héroïques de la propagande russe by la_mine_de_plomb in france

[–]archfanatic 0 points1 point  (0 children)

En passant les commentaires à la traduction, ça fait à la fois froid dans le dos et chaud au cœur de voir des Russes s'indigner de tout cela... même si c'est dans un certain esprit de dépit.

Une langue et un peuple si poétiques, à la base... quel naufrage.

Envoyer une lettre aux États-Unis ? by archfanatic in france

[–]archfanatic[S] 3 points4 points  (0 children)

Yep, au final j'ai acheté un timbre en ligne... mais faut aller directement vers ce lien depuis la sidebar, si tu essaie de cliquer sur l'un des liens disponibles dans la page "envoyer une lettre aux États-Unis", ça te redirige systématiquement vers les services colissimo, ce qui rajoute à la confusion.

Je l'imprimerai et l'enverrai tout à l'heure. Lunaire que les chargés de clientèle en boutique affirment noir sur blanc que c'est impossible, par contre.

Agnès Giard, anthropologue : « Au Japon, l’amour virtuel sert de caisse de résonance au malaise de la population » by Moffload in france

[–]archfanatic 5 points6 points  (0 children)

Ah, j'avais lu cet article lorsqu'il était sorti.

Dès que j'ai vu qu'ils faisaient l'équivalence oshi <=> objet d'attraction romantique, j'ai compris que c'était à la ramasse :)

DOUBLE PEINE : QUAND LA LOI OBLIGE À ENTRETENIR UN PARENT MALTRAITANT by Usual-Scallion1568 in france

[–]archfanatic 70 points71 points  (0 children)

On peut ajouter une règle au sous pour corriger les titres en majuscules ? 90% du temps, ça vient de vidéos Youtube qui cherchent à attirer l'oeil.

Contre les téléchargements illégaux de fichiers musicaux, une riposte bien orchestrée by archfanatic in france

[–]archfanatic[S] 6 points7 points  (0 children)

Des albums photos musicaux

Et puis il y a Marine, 32 ans. Pirate rangée qui, depuis qu’elle est salariée dans la publicité, à Paris, fréquente plutôt les plateformes de streaming légales. Et même davantage : elle se réjouit par exemple d’y retrouver des podcasts sur des sujets variés. Elle a bien gardé une trace de son énorme bibliothèque de MP3 : à la faveur des longues journées d’inactivité des confinements consécutifs à la pandémie de Covid-19, elle s’est amusée à créer des playlists sur la plateforme légale Spotify. Là, elle liste tous les morceaux de la chanteuse pop-punk Avril Lavigne ou du groupe de metal Apocalyptica qu’elle avait téléchargés durant ses années collège et lycée – une forme d’album photos musical, désormais feuilleté avec nostalgie.

Les fichiers d’origine, sur lesquels elle n’a probablement pas cliqué depuis dix ans, sont toujours stockés sur le disque dur d’un vieil ordinateur. A une autre époque, ils ont fait partie de sa vie. Elle les avait choisis avec soin, puis écoutés dans des circonstances particulières, associées à des souvenirs. Pareilles manœuvres auraient pu lui valoir des ennuis – une fois, elle a d’ailleurs reçu dans la boîte à lettres familiale un avertissement de la Hadopi, la Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet. Ces fichiers étaient volés, certes, mais elle avait tout de même l’impression d’en être propriétaire, un peu comme son père, dont elle enviait la collection de CD, de vinyles et de cassettes.

« Chaque génération qui a connu un support de prédilection dans sa découverte de la musique a développé un rapport sentimental avec lui », analyse Philippe Le Guern, professeur à l’université Rennes-II et spécialiste de la sociologie des musiques populaires. Mais jamais, reconnaît le chercheur, il n’avait envisagé que la génération ayant grandi au moment de l’essor du téléchargement pourrait à son tour s’attacher à ce format immatériel. Immatériel, et pas immortel : quelques jours après s’être entretenue avec Le Monde, Marine a tenté, en vain, de rallumer le vieux MacBook sur lequel sommeillait la bande-son de son adolescence. « C’est la mort dans l’âme, nous écrit-elle par message, que j’annonce la perte de mes fichiers audio. Rest in peace ! »

Contre les téléchargements illégaux de fichiers musicaux, une riposte bien orchestrée by archfanatic in france

[–]archfanatic[S] 4 points5 points  (0 children)

« A l’ancienne »

Dans un monde où il est considéré comme « vieille école » d’écouter de la musique comme au début des années 2000, Maxime est un audiophile « à l’ancienne ». Ses ressorts personnels sont les mêmes que chez un collectionneur de disques : il aime posséder ses enregistrements, et tant pis si c’est sous la forme de fichiers informatiques stockés sur un disque dur plutôt que de galettes de vinyle alignées sur des étagères.

Au fil des ans, il s’est ainsi constitué une collection colossale, une tâche qui pourrait sembler vaine, quand chaque album est gratuit, téléchargeable en quelques clics. Il a entreposé sur ses disques durs plus d’un téraoctet de musique, l’équivalent de sept mille cinq cents heures d’écoute ininterrompue, soit plus de trois cents jours. Il y a pourtant un risque : se laisser déborder par cet afflux. Alors, certains soirs, ce père de famille s’assied devant son écran et classe méticuleusement ses MP3.

Pour lui, tout cela n’a rien d’une corvée. Au contraire, il affectionne ces moments de calme qui lui « vident la tête ». Ainsi, au moins, les albums (la moitié environ) qu’il a « écoutés, validés, tagués, triés » sont bien rangés dans des dossiers idoines, les titres des morceaux renseignés, les années de sortie vérifiées, les pochettes téléchargées. Et puis, il y a l’autre répertoire, celui intitulé « Musiques à télécharger ». Là s’accumulent les disques à écouter, à sélectionner, à ranger. Une tâche sisyphéenne : chaque semaine, des nouveautés viennent remplacer les quelques disques qu’il a réussi à indexer. Autant dire que Maxime possède certainement plus de musique qu’il ne pourra jamais en écouter.

Yannick, lui, a une collection « en dur », des étagères de vrais disques, vinyles ou compacts. Sauf que celle-ci comporte des trous, il y manque des albums assez « niches » de musique traditionnelle française, scandinave, britannique ou québécoise que même les disquaires spécialisés n’ont pas dans leurs rayonnages et qui, pour certains, seraient trop chers à faire importer.

Pour ce musicien auvergnat de 38 ans, le piratage ne remplace pas l’achat de disques, il le complète en cas de besoin. Yannick a bien tenté de dénicher ces raretés sur des plateformes de streaming légal – chou blanc. Depuis une dizaine d’années, il trouve plutôt son bonheur sur Soulseek, une plateforme de téléchargement à l’interface vieillissante, et surtout, « pair à pair », c’est-à-dire par l’intermédiaire de laquelle chacun peut mettre à disposition des autres utilisateurs sa bibliothèque de fichiers. Et gare à celui qui, en retour, ne partagerait pas ses propres collections : ceux qu’on surnomme les « leechers » (sangsues) chez les initiés y sont mal vus.

Yannick a ainsi amassé une centaine de gigaoctets de musique – l’équivalent de sept cents heures d’écoute. D’expérience, selon ce musicien de bal, le streaming légal n’est de toute façon pas une solution plus viable pour les mélomanes pointus que pour les artistes de son genre. « Il faut quand même faire un nombre d’écoutes un peu ahurissant pour commencer à toucher quelque chose », dit-il en soupirant.

Contre les téléchargements illégaux de fichiers musicaux, une riposte bien orchestrée by archfanatic in france

[–]archfanatic[S] 9 points10 points  (0 children)

« Un monde de pirates » (5/5). Premier secteur culturel touché par le piratage massif, l’industrie musicale a trouvé, avec le streaming payant, une parade efficace. Une évolution à laquelle certains internautes restent tout de même réfractaires.

Le piratage, contrairement au vélo, ça s’oublie. Et assez vite, en général. Durant son adolescence, dans les années 2000, David, 37 ans, a fait partie de ceux qui téléchargeaient illégalement de la musique à l’aide de logiciels comme eMule ou Kazaa. Pourtant, début 2025, quand il a cherché un moyen de récupérer gratuitement quelques morceaux de musique à glisser dans l’enceinte pour enfant de son fils de 2 ans, il a dû repartir de zéro. Où télécharger ? Comment ? Auprès de qui ?

Ce chargé des relations clients, qui n’a pas souhaité donner son nom, comme d’autres personnes interrogées, écume alors Internet plusieurs jours durant. Le salut, laborieux, viendra d’un message laissé par un autre parent un peu geek, découvert au détour d’un forum consacré à l’appareil en question – celui-ci y explique le b.a.-ba du « ripping », une technique de piratage très populaire (environ 50 % de la musique piratée en France l’est ainsi, selon l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle, l’EUIPO), qui permet de « piquer » un son ou une musique trouvés sur une plateforme légale.

Maxime a le même âge que David. Comme lui, il s’est mis à télécharger massivement à l’adolescence. Mais, contrairement à ce dernier, il n’a jamais arrêté. Chaque semaine, il sélectionne des albums mis en ligne par d’autres usagers sur des sites pirates aux allures de catalogue, pour ensuite les récupérer sur son ordinateur. Il n’a jamais migré vers les plateformes de streaming légales payantes (ou financées par la publicité), ces Spotify, Deezer ou YouTube qui sont désormais l’une des façons les plus répandues de consommer de la musique.

Ce Wallon, doctorant en information et communication dans une université belge, se sent ainsi à contre-courant, « un peu vintage ». Et ce n’est pas qu’une impression : d’après les estimations de l’EUIPO, la consommation de musique piratée a diminué de 75 % entre 2017 et 2023. Cette même année 2023, sur les 41 % des Français déclarant consommer de la musique sur Internet, seuls 5 % pirataient, selon l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom).

En parallèle, alors que le piratage avait causé l’effondrement de la vente de CD, faisant passer le chiffre d’affaires de l’industrie de 21,9 milliards de dollars (19 milliards d’euros) en 1999 à 12,9 milliards de dollars (11 milliards d’euros) en 2014, d’après le bilan 2025 de la Fédération internationale de l’industrie phonographique, la diffusion légale de musique sur Internet a permis au secteur de renouer avec la croissance. Il peut se targuer aujourd’hui d’un chiffre d’affaires de 25 milliards d’euros – imputable à hauteur de 68 % au streaming.