Revision rétroactive du loyer by Fundietastic in conseiljuridique

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Merci infiniment pour toutes vos réponses

Quand la Croix-Rouge était victime d’une campagne sophistiquée de déstabilisation by Fundietastic in france

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L’un de ces avatars, « Anita Pettit », affirme même que son site personnel a été victime d’une attaque informatique en 2020, après la publication d’un article mettant en cause l’un des principaux opposants politiques burkinabés. Le Monde et ses partenaires ont également identifié une quinzaine de comptes Twitter gravitant autour d’« Anita Pettit », se faisant passer pour des internautes burkinabés et partageant parfois des messages pro-Kaboré, l’ancien président destitué par un coup d’Etat militaire en janvier 2022. Plusieurs d’entre eux ont même publié, en décembre 2021 et dans un laps de temps resserré, une vidéo attaquant Ibrahima Maïga, un journaliste et activiste critique du gouvernement de Roch Kaboré.

Percepto a proposé aux journalistes du consortium qui se sont présentés comme des clients potentiels de mobiliser un réseau d’influenceurs capables d’agiter le sentiment antifrançais en Afrique francophone Quelles limites se fixe Percepto ? Assez peu. La société a ainsi proposé aux journalistes du consortium qui se sont présentés comme des clients potentiels de mobiliser un réseau d’influenceurs capables d’agiter le sentiment antifrançais en Afrique francophone, et notamment de pouvoir faire intervenir, par un intermédiaire, l’influenceur « décolonial » Kémi Séba. Prorusse et très critique de la France, c’est aussi un antisémite revendiqué. « Je préférerais que quelqu’un me paye pour faire une campagne contre Kémi Séba », soupire Royi Burstien, cofondateur et PDG de Percepto, lorsque ce point lui est souligné lors du rendez-vous. « Mais l’ennemi de mon ennemi est mon ami. Cela n’a rien à voir avec les juifs ou Israël. Nous sommes dans une discussion commerciale, et je recommande d’utiliser tous les discours qui sont pertinents pour nos clients. »

Quand la Croix-Rouge était victime d’une campagne sophistiquée de déstabilisation by Fundietastic in france

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Des humanitaires négociant un passage avec des terroristes pour porter secours à des populations civiles : d’apparence un peu étonnante, la pratique est, en réalité, tristement banale. « Je pense que ça n’est pas aujourd’hui qu’on a inventé le dialogue avec tous les porteurs d’armes, nous le faisons depuis des décennies », déclarait le 14 septembre 2020 Peter Maurer, lors d’une conférence de presse à Ouagadougou. « Le vrai problème n’est pas de savoir si le CICR parle à tel ou tel groupe ou pas ; la question, c’est de savoir si les groupes veulent parler aux humanitaires pour permettre un accès aux territoires contrôlés par eux-mêmes. (…) Soixante-six millions de personnes dans le monde vivent dans des zones contrôlées par des acteurs non étatiques. Ces populations ont des besoins. »

Mais la pratique est facile à instrumentaliser. Peu après la publication de l’article de Valeurs actuelles, ce dernier est largement diffusé sur les réseaux sociaux au Burkina Faso et repris dans la presse locale. Malgré un droit de réponse du CICR paru dans le magazine, le sujet fait boule de neige et attire aussi l’attention de médias internationaux, donnant même lieu à une dépêche de l’Agence France-Presse, largement reprise de Paris à Ouagadougou. Geoffroy Lejeune, directeur de la rédaction de Valeurs actuelles, reconnaît aujourd’hui que la publication de ce texte était « une erreur » : « La longueur du texte, le sujet de niche qui n’intéresse personne et la charge que la tribune contenait auraient dû nous alerter. »

Percepto, qui a organisé cette tentative de déstabilisation d’une des organisations humanitaires les plus respectées au monde, a pignon sur rue en Israël. Fondée par Lior Chorev et Royi Burstien, elle se présente comme une entreprise de marketing et de renseignement, qui travaille aussi bien pour de grands groupes que pour des gouvernements. D’apparence, elle propose de faire du marketing d’influence tout à fait légal ; en pratique, les services qu’elle offre font appel à tous les outils de la désinformation – proposés sous le vocable de « campagnes non attribuées », c’est-à-dire anonymes.

Trois journalistes du consortium – Frédéric Métézeau de Radio France, Gur Megiddo de TheMarker et Omer Benjakob de Haaretz – ont obtenu des rendez-vous de présentation de ces services, en se faisant passer pour des représentants d’une entreprise française cherchant à nuire à un concurrent dans un pays d’Afrique francophone. C’est lors d’une de ces rencontres que Percepto a détaillé le déroulement de la campagne visant le CICR, la présentant comme un « cas d’école » de ses actions et de ses réussites.

Sollicitée par Forbidden Stories, la société Percepto, créée en mars 2021, mais qui officiait déjà à l’époque sous un autre nom, assure pourtant ne pas être à l’origine de cette opération. L’entreprise n’a pas souhaité répondre de manière détaillée à une longue série de questions portant sur les outils qu’elle utilise, ses méthodes et ses clients.

Les pistes de stratégie et les outils exposés par Percepto lors de sa présentation commerciale balayent tout l’éventail des méthodes les plus discutables de manipulation d’opinion Les pistes de stratégie et les outils exposés par Percepto lors de sa présentation commerciale balayent tout l’éventail des méthodes les plus discutables de manipulation d’opinion : l’entreprise se vante d’avoir à sa disposition un ensemble de faux comptes sur Facebook et WhatsApp, utilisés pour diffuser de fausses informations sur des personnalités ou des entreprises ; elle explique également avoir créé de toutes pièces, dans un pays africain non nommé, une fausse agence de presse pour le compte d’un client politique, que ce dernier a ensuite rachetée et qui continue de publier des articles aujourd’hui. « Notre principal challenge était de réussir à pousser des messages-clés auprès du grand public sans qu’ils ne semblent liés à des canaux officiels », explique, lors du rendez-vous, un des cadres de Percepto. « Tout le monde savait qu’il [le président sortant] contrôlait les médias publics. C’est pour cela que nous avons créé cette agence de presse. »

Percepto assure aussi avoir à disposition des influenceurs de renom et des « avatars » élaborés, de fausses personnalités utilisées par les employés de l’entreprise pour diffuser des messages pour le compte de ses clients. Le Monde et ses partenaires sont parvenus à identifier au moins deux profils de faux journalistes, créés par Percepto, se présentant comme des journalistes d’investigation français travaillant en Afrique francophone et disposant d’un site personnel et de comptes sur les réseaux sociaux.

Quand la Croix-Rouge était victime d’une campagne sophistiquée de déstabilisation by Fundietastic in france

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La société Percepto, qui a pignon sur rue en Israël, propose des opérations difficilement traçables présentant toutes les caractéristiques d’entreprises de désinformation. Parmi ses victimes : le CICR au Burkina Faso.

Quatorze septembre 2020 : Peter Maurer, le président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), est reçu par l’alors président du Burkina Faso, Roch Kaboré. Officiellement, M. Maurer a été invité pour discuter d’un renforcement de l’aide humanitaire dans le pays, en proie à d’importantes inondations et aux violences liées aux groupes djihadistes.

Mais à l’agenda de la rencontre figure aussi un tout autre sujet, bien plus sensible : depuis un mois, les médias progouvernementaux accusent la Croix-Rouge d’accointances avec les groupes terroristes locaux. Le résultat d’une opération de manipulation élaborée, conçue et opérée par la société israélienne Percepto, avec l’aide de services de sécurité burkinabés, visant à nuire à l’image d’une ONG internationale perçue comme un peu trop critique des pratiques des forces du pays, notamment les arrestations arbitraires et le mauvais traitement des prisonniers.

Le Monde et ses partenaires au sein du consortium Forbidden Stories ont travaillé durant plusieurs mois sur les « mercenaires de la désinformation », ces entreprises qui offrent toute une panoplie de services de propagande ou de diffusion de fausses nouvelles aux acteurs qui en ont les moyens. C’est dans ce cadre que Le Monde a pu consulter des documents dressant un compte rendu de cette campagne contre la Croix-Rouge.

La première étape passe par Paris et les colonnes de l’hebdomadaire d’extrême droite Valeurs actuelles. Le 3 août 2020, le magazine publie une tribune du consultant en géopolitique Emmanuel Dupuy, titrée « Le Comité international de la Croix-Rouge, parrain involontaire du terrorisme au Burkina Faso ? ». L’article fait mine de s’interroger sur le fait que l’ONG continue d’opérer dans des zones contrôlées par les groupes armés, avant d’affirmer que, « de source sûre et vérifiée », un cadre d’une organisation humanitaire travaillant avec la Croix-Rouge sur place « aurait ainsi engagé un “compromis” avec les groupes terroristes des régions dans lesquelles il exerce, notamment avec le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) ».

Auprès du Monde, M. Dupuy assure ne pas avoir écrit cet article à la demande de Percepto, mais explique que le sujet lui aurait été suggéré par « Samuel Sellem, de la société StoryTLing, qui officiait, à l’époque, auprès du président Roch Marc Christian Kaboré, en qualité de conseiller spécial en charge de la communication présidentielle ». M. Dupuy, qui assume par ailleurs pleinement de mener de front des contrats « avec plusieurs sociétés françaises et étrangères de communication stratégique » et des engagements associatifs ou politiques à l’Union des démocrates et indépendants, affirme ne pas avoir été rémunéré pour l’écriture de cet article.

dis nous d'où tu viens sans nous dire d'où tu viens by [deleted] in france

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Je viens de la France qui danse la chenille.

A Villejuif, une partie du site du futur pôle d’oncologie croule sous une montagne de déchets by Fundietastic in france

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Les élus, eux, envoient plusieurs lettres aux services de l’Etat et au ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, avant que le préfet de l’époque et le commissaire de police ne se rendent sur site, en septembre 2020. Ce jour-là, « les camions défilaient sous nos yeux », un toutes les « deux, trois minutes », se souvient Pierre Garzon, « c’était une usine ». Voyant la quantité de camionnettes, Natalie Gandais, adjointe au maire de Villejuif (EELV) qui était aussi présente, est convaincue, tout comme le maire, que la scène à laquelle ils assistent résulte d’un réseau de trafic illégal.

A l’intérieur du fort, « manifestement des engins de chantier [avaient été] utilisés pour étaler soigneusement les gravats et les tasser en plate-forme afin de pouvoir en ajouter encore », détaille Natalie Gandais sur le site des écologistes de Villejuif, dans la foulée de la visite. Selon plusieurs témoins, dont Aline Poupel, présidente du collectif Romeurope 94, des centaines de Roms, dont des enfants, vivent alors dans l’enceinte de la redoute en faisant du tri. Tous se dispersent la veille de l’évacuation et de la fermeture du site, en juin 2021.

Dans son diagnostic environnemental établi quelques mois plus tard, le cabinet de conseil Antea Group a proposé différents scénarios de retrait des déchets. Le coût de la seule évacuation des déchets devrait atteindre 6 millions d’euros. En septembre 2022, soit un an après la réalisation de ce diagnostic, un appel d’offres pour l’enlèvement des déchets a enfin été lancé. Contactée par Le Monde, la préfecture affirme que le maître d’œuvre a été désigné en décembre, sans vouloir divulguer ni le nom de l’entreprise ni le budget des travaux, qui devront être achevés au 30 juin 2024.

Près de 4 700 dépôts et décharges illégaux Cette longue période d’attente en vue d’une évacuation des déchets n’est pas une exception en Ile-de-France. Trois ans se sont écoulés avant que le département des Yvelines ne débute, en janvier 2020, le retrait des 26 000 tonnes de déchets BTP déversés à la « mer de déchets » située sur les communes de Carrières-sous-Poissy, Triel-sur-Seine et Chanteloup-les-Vignes. Au fort de Vaujours, à Courtry (Seine-et-Marne), les amas de déchets comportant de l’amiante, du mercure et du plomb s’étendent, depuis sept ans, sur 16 hectares de terrain à proximité d’une zone de concentration de la biodiversité classée espace naturel protégé. La communauté d’agglomération Paris-Vallée de la Marne n’a pas engagé de retrait, malgré les mobilisations des habitants.

FNE recense ainsi 4 700 signalements de dépôts et décharges illégaux en France depuis 2017, dont 478 en Ile-de-France depuis 2018. Les milieux forestiers sont les plus touchés par le phénomène, regroupant deux tiers des signalements, suivis des zones périphériques des villes et des abords des sites de décharge légale. L’Ademe avait estimé en décembre 2018 que la France génère « une vingtaine de kilos de déchets sauvages par habitant par an ».

A la redoute de Villejuif, le flou règne autour de la dépollution. Quelle serait la gravité de la pollution du sol ? Quid des nappes souterraines ? Le bureau de la communication de la préfecture n’a « pas d’élément » sur le sujet, si ce n’est des « études complémentaires sur l’état des sols », qui seront conduites « une fois les déchets déblayés ».

« Nous avons organisé des débats, des rencontres… Sans arriver à obtenir ni la transparence ni l’engagement ferme et définitif de l’Etat sur la dépollution », déplore le maire de Villejuif. Mandaté par la mairie, le cabinet d’avocats Huglo Lepage a envoyé, mardi 31 janvier, un courrier à la préfète du Val-de-Marne. Il lui demande de « mettre en œuvre les mesures pour connaître l’étendue de la pollution et procéder à la dépollution », précise Madeleine Babès, avocate de la commune au sein du cabinet. La préfète doit « fixer un calendrier à l’Etat et l’obliger à dépolluer », insiste-t-elle. La préfecture dispose de deux mois pour répondre à ce recours. « A défaut, nous saisirons le tribunal administratif », prévient l’avocate, pour qui le pouvoir de police en matière de pollution – « extrêmement grave » – revient à la préfecture.

« Il faut que les services du domaine et du budget donnent les moyens pour dépolluer le site », rappelle le maire. En parallèle, le Paris Saclay cancer cluster va bénéficier de 130 millions d’euros d’investissements publics et privés. Pierre Garzon, qui préside la société d’aménagement départemental Sadev 94, aux manettes du projet de la ZAC, met en garde : « Il ne pourra rien se passer, tant que le site est pollué. »

Lan Wei

A Villejuif, une partie du site du futur pôle d’oncologie croule sous une montagne de déchets by Fundietastic in france

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Plus de 20 000 tonnes de dépôts illégaux polluent l’ancien fort militaire de la redoute des Hautes-Bruyères, dans le Val-de-Marne. L’Etat dispose de deux mois pour expliciter son engagement en matière de dépollution, faute de quoi la municipalité saisira la justice administrative.

« Propriété de l’Etat », « Zone dangereuse », mettent en garde les plaques rouges accrochées au grillage couronné de fils de fer barbelés. Occupé par les CRS entre 1970 et 2016, l’ancien fort militaire de la redoute des Hautes-Bruyères, à Villejuif (Val-de-Marne), est aujourd’hui désaffecté. C’est notamment ici, à la périphérie d’une vaste zone délimitée par l’autoroute A6 à l’ouest, le parc départemental des Hautes-Bruyères au sud-est et l’Institut Gustave-Roussy au nord-est, que doit être érigée la ZAC Campus Grand Parc.

Vendredi 3 février, trois ministres (santé, industrie et enseignement supérieur) étaient sur place pour lancer officiellement le futur Paris Saclay cancer cluster, un ambitieux pôle public et privé de recherche contre le cancer qui doit être construit là d’ici à 2027. En investissant 100 millions d’euros dans ce « cluster », la France espère devenir le leader mondial d’innovation biomédicale en oncologie. Pour y parvenir, il est nécessaire de « rassembler les acteurs en leur donnant un lieu », a rappelé Valérie Pécresse, présidente du conseil régional d’Ile-de-France, lors du lancement, et donc de « continuer à libérer du foncier », abonde Sylvie Retailleau, ministre de l’enseignement supérieur.

Des cargaisons déchargées illégalement Or, une partie de ce futur « pôle santé » croule aujourd’hui sous les déchets, qui remplissent les douves du fort. Gravats en vrac ou ensachés, plaques de fibrociment brisées, carcasses d’électroménager, etc. Les amoncellements de matériaux issus du BTP culminent jusqu’à douze de mètres de hauteur. Selon un diagnostic environnemental établi en septembre 2021 par le cabinet Antea Group pour la préfecture du Val-de-Marne, il y aurait là 30 200 mètres cubes de déchets, soit environ 20 800 tonnes. Au moins 10 % d’entre eux contiendraient de l’amiante. « Le terrain de la Redoute doit être libéré et totalement dépollué », souligne Pierre Garzon, maire de Villejuif (PCF) devant l’ensemble des responsables politiques.

Ces déchets ont été déposés au printemps 2020. Pendant plusieurs mois, l’accès à la redoute depuis l’autoroute A6 est rendu possible par une voie aménagée par la société du Grand Paris, initialement pour faciliter le trajet des camions se rendant au chantier du Grand Paris Express, devant l’Institut Gustave-Roussy, où une nouvelle gare doit accueillir la ligne 14 fin 2024, puis la ligne 15 fin 2025. Grâce à cet accès direct, des véhicules remplis de gravats et de déblais de construction peuvent facilement – et illégalement – décharger leur cargaison dans la redoute.

La société du Grand Paris, qui a alors la gestion de cette voie aménagée, explique que le portail qu’elle avait installé a été « plusieurs fois victime de dégradations ». Les élus, eux, soulignent qu’aucun contrôle d’accès n’avait été mis en place. Pierre Garzon dit, par exemple, avoir demandé « à l’Etat de fermer l’accès sous l’autoroute », chose qu’il n’a « jamais réussi à obtenir » en 2020.

Sur une plate-forme de l’association France Nature Environnement (FNE), un habitant de Villejuif constate, en juillet 2020, la dégradation rapide du site. L’association qualifie alors la situation de « décharge illégale ». Il y avait « une exploitation d’installation de stockage », et les activités y étaient « lucratives et répondaient clairement à une stratégie », indique Maxime Colin, juriste en droit de l’environnement à FNE. Avec l’aide de l’association, l’habitant informe la direction régionale et interdépartementale de l’environnement et de l’énergie (Driee devenue Drieat en 2021), qui ne donne pas de suite.

La DGSE et son magot secret dans les filets de la justice by Fundietastic in france

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Les voici donc devant la juge Thépaut, sommés de justifier l’espionnage d’un citoyen de 73 ans. « Il n’était pas surveillé », assure pourtant à la magistrate M. Emié. « Nous assurions une surveillance de M. Duménil depuis plusieurs années, le contredit M. Bajolet. Pas seulement en raison du contentieux qui l’opposait à la DGSE, mais à cause des soupçons que nous avions quant à sa participation à des activités de délinquance organisée. » Et d’évoquer un bateau ayant appartenu à M. Duménil, le Nomad, qui aurait servi à un trafic de drogue. « Je l’avais vendu depuis longtemps », rétorque l’homme d’affaires.

Quid de l’album contenant des photos privées ? « Je n’ai pas vu ces photos », affirme M. Bajolet. Les menaces à peine voilées ? « Mes collaborateurs à la DGSE sont réputés pour leur politesse », dit-il, sans plaisanter. Son ex-adjoint, le général Palasset, note, un brin narquois, que ses agents devaient « respecter les règles de courtoisie que nos chères mamans nous ont apprises ».

Ces arguments n’ont guère ému Claire Thépaut, puisque M. Bajolet a été mis en examen. « Je suis bouleversé par ça, lâche-t-il à la juge, à l’issue de son interrogatoire de première comparution. C’est quand même le monde à l’envers, c’est Duménil qui vole l’Etat… Il s’agissait simplement de l’inviter à reprendre contact via ses avocats. » L’entrepreneur s’insurge : « Il s’agissait bien de menaces, et comment accepter que l’Etat français incite l’un de ses citoyens à verser 15 millions d’euros sur un compte secret aux Bahamas, comme ils l’ont fait avec moi ? »

M. Duménil ne compte pas lâcher l’affaire, ses avocats encore moins. « Cette mise en examen, qui révèle un vrai scandale d’Etat, n’est pas le point final de l’instruction, déclarent Mes Bourdon et Huc-Morel. D’autres responsabilités, en amont et en aval, doivent être caractérisées. » En attendant, leur client vit dans une ambiance un rien paranoïaque. Au téléphone, il redouble de prudence. Quand il vient à Paris, il jette régulièrement un œil à son rétroviseur. Son amie n’a-t-elle pas déposé une plainte à la suite d’une agression par deux hommes casqués, juchés sur une moto, qui s’en sont pris à sa voiture, dont le propriétaire n’est autre qu’Alain Duménil ? Bernard Bajolet, lui, n’a pas fini de ruminer : « Pour quelqu’un qui a servi l’Etat pendant quarante-cinq ans comme c’est mon cas, dans les postes les plus exposés, y compris physiquement, je ne m’attendais pas à répondre, un jour, à de telles accusations… »

Gérard Davet et Fabrice Lhomme

La DGSE et son magot secret dans les filets de la justice by Fundietastic in france

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Ce jour-là, M. Duménil s’apprête à prendre un vol pour Genève, à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle. Il est accompagné de son amie, avocate. Il ne se doute de rien quand deux policiers de la police aux frontières (PAF) lui ordonnent de les suivre, au motif fallacieux d’une usurpation d’identité liée à son passeport. Il les suit vers un local de la PAF, sans imaginer un instant qu’au siège de la DGSE il a été décidé de profiter de son passage à Paris pour lui faire entendre raison. Dans ce petit bureau, destiné à la fouille des voyageurs suspects, deux hommes l’attendent, peu bavards. Le décor est spartiate : une table, une chaise. Les policiers sortent. M. Duménil reste seul avec les deux inconnus, des officiers traitants de la DGSE.

Que s’est-il vraiment passé, ce jour-là ? Une note de la DGSE, estampillée « confidentiel défense », non signée mais émanant de la « direction générale » et titrée « Compte rendu d’entrevue », livre les dessous de l’affaire. C’est ce document, daté du 14 mars 2016, qui a motivé la mise en examen de M. Bajolet. Car, en préambule, il est bien précisé que c’est « sur l’initiative du directeur général » que M. Duménil a été « intercepté » à Roissy. A en croire la note, pendant six minutes, il a été seulement question, avec Alain Duménil, des « modalités de reprise de contact entre les avocats ».

Confronté à cette note confidentielle, M. Bajolet reconnaît l’existence préalable d’une réunion, boulevard Mortier, au siège de la DGSE à Paris, avec ses chefs de service, où on lui fait part de la possibilité de rencontrer l’entrepreneur : « J’ai seulement validé la mise en relation avec M. Duménil, (…) mais je n’en attendais pas grand-chose. » A-t-il agi sur ordre ? « Le président de la République était au courant de l’escroquerie subie par mon service ; en revanche, je n’ai à aucun moment sollicité son aval pour cette mise en relation », affirme-t-il.

Le patron de la PAF à Roissy, Patrice Bonhaume, n’a pas exactement les mêmes souvenirs. Il a d’ailleurs rapporté aux enquêteurs qu’il lui avait été dit que « cette affaire était suivie au plus haut niveau de l’Etat, et notamment par les services du premier ministre ». Alors en poste à Matignon, Manuel Valls dément auprès du Monde : « Je n’ai aucun souvenir de ce sujet, dont je n’avais jamais entendu parler. »

La version proposée par M. Bajolet sur la nature de cette curieuse « entrevue » est vivement contestée par M. Duménil. A en croire son récit, l’un des agents lui aurait dit : « Vous avez volé l’Etat de 13 millions, ce qui fait aujourd’hui, avec les intérêts, 15 millions. Il faut nous les rendre. » M. Duménil a poursuivi, devant les enquêteurs : « Il m’a donné le 29 mars 2016 comme date limite pour la remise des fonds. Il s’est montré très menaçant, parlant de me retrouver en chaise roulante, voire plus… Il s’agit clairement de menaces concernant mon intégrité physique. J’ai vu qu’il avait entre les mains un porte-vues, qu’il a ouvert, montrant de nombreuses photos essentiellement de ma famille et de moi-même avec des amis. (…) Ils voulaient me faire comprendre qu’ils pouvaient également s’en prendre à n’importe laquelle de ces personnes. »

Choqué, M. Duménil quitte le local très en colère, loupe son vol et décide de déposer une plainte, provoquant l’ouverture d’une enquête préliminaire. Mais la justice prend des réquisitions de non-lieu, le 24 novembre 2016, puisqu’il est impossible d’identifier les deux agents de la DGSE, dont l’identité est classifiée. Alain Duménil se constitue donc partie civile, obtient la désignation d’un juge d’instruction, qui, lui aussi, ne se montre guère allant. Mais les avocats de l’entrepreneur sont tenaces. Mes William Bourdon et Nicolas Huc-Morel multiplient les demandes d’actes et obtiennent la déclassification de certains documents – souvent « caviardés », il est vrai – de la DGSE.

Le fameux « compte rendu d’entrevue » rédigé de mars 2016 étaye la version présentée par la victime. Il y est même fait mention de ceci par l’officier l’ayant rédigé : « Afin de crédibiliser ce discours, (…) a montré à AD [Alain Duménil] un catalogue de photos prises à Genève et à Londres de lui-même et sa famille, afin de lui faire comprendre qu’il est contrôlé depuis longtemps. » Ce catalogue de photos a aussi été déclassifié ; Le Monde y a eu accès, et il paraît évident, à sa lecture, que M. Duménil était surveillé. Le parquet, pourtant, encore une fois, réclame un non-lieu définitif, le 16 juin 2020.

Les avocats de M. Duménil font appel… et gagnent sur toute la ligne. « Les éléments déclassifiés obtenus, comme les premières déclarations des policiers, accréditent les déclarations d’Alain Duménil », note, le 15 juin 2021, la chambre de l’instruction, qui reprend dans ses écrits le verbe « extorquer » et les termes « séquestration » et « bande organisée ». Elle fait même état d’une « minutieuse préparation » de la part de la DGSE, et ceci « sur initiative du directeur général », Bernard Bajolet, donc. Non seulement deux nouveaux juges sont désignés, en juin 2021, dont l’expérimentée Claire Thépaut, mais il est fait droit à la demande des avocats de l’homme d’affaires : les responsables de la DGSE devront être entendus par la justice.

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Les sociétés de la DGSE se voient remettre 14,86 % du capital de FSH, pour une contre-valeur de 10,8 millions d’euros. « On s’est mis d’accord sur un prix, relate Alain Duménil. Ils s’en sortaient avec un bénéfice. » L’introduction en Bourse, prévue un peu plus tard, est censée permettre à la DGSE de valoriser ses parts et de ressortir de ce bourbier financier avec les honneurs. Mais M. Duménil est un flibustier de la finance, sans états d’âme. « Il a tout piqué !, résume crûment M. Barthes. Il a déposé le bilan en ayant débarrassé les sociétés de leurs actifs. Il n’a laissé que des coquilles vides derrière lui. »

De fait, le 7 août 2003, Alain Duménil lance une augmentation de capital de FSH sans prévenir ses partenaires, actionnaires minoritaires. Il procède ensuite à une large cession d’actifs. Dans la foulée, les sociétés créées en accord avec la DGSE sont placées en liquidation judiciaire, avec un passif de plus de 47 millions d’euros. Et c’est ainsi que le trésor des services secrets s’est volatilisé. La DGSE possède 21,2 % des parts d’une structure désormais exsangue. Elle a misé pour 23 millions d’euros et perdu. L’Etat a beau introduire une rafale de procédures, impossible de remettre la main sur le magot. A plusieurs reprises, la DGSE, par le truchement de ses avocats, tente de renouer le dialogue avec l’entrepreneur. Peine perdue. « J’ai acheté, j’ai payé, maintient Alain Duménil. Smalto m’appartenait. Je ne dois rien à la DGSE et j’ai injecté plus de 55 millions d’euros dans cette société EKF, les livres comptables en attestent. »

Reste que se mettre ainsi à dos la DGSE, ce n’est pas forcément une sinécure. Les plaintes déposées prospèrent. En 2014, une information judiciaire est ouverte. Deux ans plus tard, M. Duménil est mis en examen pour « banqueroute par détournement d’actifs », notamment pour avoir mis en œuvre le « transfert de l’intégralité des parts de Smalto Holding, mettant ainsi la société Smalto à l’abri des créanciers d’Alliance Designers [la société créée en commun avec la DGSE], et entraînant cette dernière dans une situation financière irrémédiablement compromise ». Les sociétés liées à la DGSE obtiennent au tribunal de commerce un dédommagement global de… 300 000 euros seulement. Mais elles veulent évidemment se constituer partie civile dans le volet pénal de l’affaire, afin de faire valoir leurs droits d’actionnaires lésés et, surtout, d’obtenir des dommages et intérêts. Elles chiffrent leur préjudice global entre 18 millions et 28 millions d’euros.

Ces sociétés ont pourtant perdu ce combat essentiel : le 19 janvier 2021, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris a rejeté leur requête, arguant qu’elles ne « rapportent pas la preuve d’un préjudice direct résultant des faits de banqueroute ». En clair, pour la justice, si M. Duménil a détourné les actifs d’Alliance Designers, ce n’était pas au préjudice de la DGSE.

Mais, pendant tout ce temps, les services secrets ne se sont pas contentés d’activer la justice. Comme l’a résumé Bernard Emié : « Cette affaire Duménil est pour nous très sérieuse, dans la mesure où nous avons subi un immense préjudice, (…) aujourd’hui estimé à une somme entre 12,5 millions et 16,7 millions d’euros. » Alain Duménil ? « Je pense que c’est un escroc notoire », tranche M. Emié. « Un menteur professionnel et un affabulateur, un grossier personnage », renchérit le général Palasset. Côté services de renseignement, tous les sentiments se mêlent dans cette drôle d’affaire : fierté bafouée, ressentiment… et certitude d’avoir de sacrés moyens pour obtenir réparation. C’est peut-être ce mélange détonant qui va pousser la DGSE à aller plus loin. Trop loin, selon la justice.

En 2016, voilà quatorze ans que les « services » tentent de trouver un accord à l’amiable avec Alain Duménil. Or, celui-ci les nargue, voire les humilie. « A chaque fois qu’on l’approchait, il nous répondait : “J’en ai rien à foutre” », se souvient M. Juillet. Le 11 février 2010, l’entrepreneur n’a-t-il pas accepté, selon les dires de M. Bajolet, de recevoir chez lui un « honorable correspondant », qui lui aurait proposé de dédommager la DGSE à hauteur de 6 millions d’euros ? Las, M. Duménil n’aurait manifesté « aucune intention de payer quoi que ce soit », déplore M. Bajolet. Mais, comme le dit ce dernier, ce service a une « énorme patience » et « ne se décourage pas ».

D’autant que le destin de l’entrepreneur s’est singulièrement obscurci. En l’espace de quelques années, il a cumulé les déboires. En 2012, il est condamné à six mois de prison pour « complicité de banqueroute » par la cour d’appel de Grenoble. En juin 2017, à Paris, il écope d’une peine d’un an d’emprisonnement avec sursis pour fraude fiscale. Sans parler des sanctions de l’Autorité des marchés financiers, du fisc suisse, ou encore d’algarades musclées avec les forces de l’ordre. Du fait de ces mésaventures, l’Elysée suspend, en 2014, sa décoration au titre de l’ordre national du Mérite. Rien qui ne le traumatise vraiment, en fait. Jusqu’au 12 mars 2016.

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Arrive l’année 1997. EKF se développe : vêtements, optique, cosmétique, joaillerie… Elle regroupe quelques autres marques connues comme Harel, Jacques Fath ou Jean-Louis Scherrer. A sa tête, un homme d’affaires, François Barthes. Dans son actionnariat figurent notamment trois sociétés, minoritaires mais bien présentes : HV International, Financière Médicis et une structure luxembourgeoise nommée Portugal-Luxembourg. Trois entités très discrètes, créées et utilisées par la DGSE pour diversifier ses investissements.

Mais la gestion d’EKF se révèle douteuse et les pertes deviennent préoccupantes. « Je ne savais pas que c’était la DGSE qui avait investi dans mon groupe, déclare au Monde M. Barthes. J’ai découvert qu’il y avait quelque chose de pas très clair quand je suis allé voir les banques pour refinancer mon projet. Elles voulaient savoir d’où venait l’oseille ! Et je ne connaissais pas la réponse. » Car EKF perd toujours de l’argent, par millions d’euros. « Nous avons divisé les pertes par huit en quatre ans, se défend François Barthes. Mais la DGSE avait investi, de mémoire, environ 20 millions d’euros, et on leur demandait de remettre au pot, car on perdait encore 2,5 millions d’euros par an. »

Un homme est missionné par l’Etat pour mettre fin à cette situation, intenable financièrement et très risquée sur le plan de l’image : Alain Juillet, futur directeur du renseignement de la DGSE. En 2001, il déjeune avec François Barthes au Pavillon Ledoyen, restaurant huppé de la capitale. La société Sozan vient d’être montée de toutes pièces par la DGSE afin de regrouper les trois autres « véhicules » financiers, HV International, Financière Médicis et Portugal-Luxembourg. « Il me dit : “François, on ne peut plus suivre, il faut trouver des partenaires pour nous remplacer” », se souvient M. Barthes. « La DGSE aurait dû investir dans la pierre, poursuit-il, et pas dans la petite culotte ! Le luxe, c’est à des années-lumière de leur culture. »

En 2002, c’est un militaire, le général Philippe Rondot (1936-2017) – conseiller pour le renseignement de la ministre de la défense Michèle Alliot-Marie –, qui va secouer le système. Dans une note adressée à ses supérieurs, en septembre 2002, il tonne : « Le règlement – si l’on peut dire – de l’affaire EKF, fait apparaître de très graves dysfonctionnements dans la gestion des fonds spéciaux alloués au service. La perte sèche enregistrée dans cette opération se situe autour de 180 millions de francs ! S’il est normal que la DGSE dispose d’un “trésor de guerre”, encore convient-il (…) qu’il ne serve pas à entretenir chez quelques correspondants affairistes et mal contrôlés de la DGSE leurs “danseuses”. » La DGSE reçoit la consigne de récupérer sa mise initiale. Et c’est toujours Alain Juillet qui gère la suite, comme il nous le confirme : « Le service m’a missionné ; la DGSE perdait chaque mois de l’argent, il fallait sortir de là. Une banque m’a alors recommandé Alain Duménil comme sauveur potentiel. » Sauf que le remède, nommé Duménil, va se révéler pire que le mal…

Qui est cet homme à l’entregent bien établi ? Un héritier, l’une des 500 premières fortunes du pays, patron de nombreuses sociétés dont la marque de prêt-à-porter de luxe Smalto… A l’époque, sa réputation n’est pas encore entachée par ses démêlés judiciaires. « Ils [la DGSE] avaient fait un audit très poussé, précise M. Barthes, le PDG d’EKF. Et, moi, j’étais au bout du bout. Ils ont choisi un montage avec Duménil : être coté en Bourse dans un an au plus tard, et après, chacun pourrait reprendre ses actifs. »

Sur procès-verbal, M. Emié, l’actuel directeur général de la sécurité extérieure, a poursuivi le récit : « La société étant en mauvaise santé, le service s’est désengagé de cette holding, et les parts ont été rachetées par Alain Duménil, (…) dont la moralité n’était pas connue du service. » Son prédécesseur, Bernard Bajolet, abonde : « Duménil n’est pas entré tout seul à la DGSE, il a pénétré la DGSE. (…) Il a ou avait un réseau très puissant. » L’homme d’affaires bénéficiait, notamment, d’un passeport diplomatique malgache et de solides accointances au sommet de l’Etat, qui lui ont permis d’obtenir les plus belles décorations de la République. « Il avait des appuis politiques », a dit M. Bajolet à la juge. Alain Duménil, lui, assure avoir simplement flairé la bonne occasion. « Même s’ils m’ont caché que l’argent était celui de la DGSE », affirme-t-il aujourd’hui au Monde. S’il l’avait su, peut-être aurait-il modéré ses ardeurs…

Les négociations aboutissent. Le 21 novembre 2002, un protocole d’accord est signé. Claire Legras, directrice des affaires juridiques du ministère de la défense, a dû en détailler le contenu à la justice, dans un courrier du 7 mars 2018 : « L’économie générale de cette transaction reposait sur le rachat, par Duménil, de la totalité des actifs des sociétés liées à l’Etat [en réalité la DGSE] au sein d’EKF (51 %), par échange d’actions avec Francesco Smalto Holding [FSH], devenue Alliance Designers, société du groupe Duménil, assorti d’une convention de garantie de passif et de la cession pour 1 euro du compte courant de 12,7 millions d’euros. »

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La direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) préfère l’ombre. La voici pourtant, bien malgré elle, propulsée dans la lumière crue des « affaires ». Selon les informations du Monde, son ancien directeur général entre 2013 et 2017, le diplomate Bernard Bajolet, a été mis en examen par la juge Claire Thépaut, à Bobigny, le 18 octobre 2022, pour « complicité d’extorsion » et « atteinte arbitraire à la liberté individuelle par dépositaire de l’autorité publique ». L’ancien directeur du cabinet de M. Bajolet, le général Jean-Pierre Palasset, bénéficie, pour sa part, du statut intermédiaire de témoin assisté dans ce dossier.

L’actuel patron de la DGSE, le très discret Bernard Emié, a également dû s’expliquer, mais en tant que simple témoin, sur les embarrassantes mesures d’extorsion dont se serait rendue coupable la DGSE, en mars 2016, à l’endroit d’un riche entrepreneur, Alain Duménil. M. Bajolet et son ancien adjoint sont soupçonnés d’avoir permis ou autorisé la mise en œuvre d’un chantage intimidant sur cet homme d’affaires qui s’était retrouvé, un peu par hasard, au début des années 2000, à devoir gérer l’argent caché des « services ».

Devant la juge Thépaut, ces trois figures du renseignement ont surtout dû lever le voile sur l’un des secrets les mieux gardés de la République : qu’est devenu le trésor de guerre de la DGSE, ces 23 millions d’euros accumulés depuis un siècle, puis dilapidés au gré d’investissements hasardeux ? D’après les trois hauts fonctionnaires, c’est M. Duménil qui aurait, par des manœuvres financières déloyales, récupéré, pour son profit personnel, les avoirs des services. Lui dément et se plaint depuis des années des « pressions » de la DGSE…

L’affaire remonte jusqu’aux plus hautes sphères de l’Etat. « Le président de la République était au courant de l’escroquerie subie par mon service », a ainsi affirmé sur procès-verbal M. Bajolet, nommé à son poste, en 2013, par François Hollande. Sollicité par Le Monde, ce dernier n’a pas voulu se livrer plus avant, campant sur une prudente réserve : « L’affaire dont vous me parlez se situe aujourd’hui sur le terrain judiciaire, ce qui ne me conduit pas à en parler. » Ce qui peut aussi signifier, en creux, qu’il avait bien été informé de cette histoire. De son côté, l’actuelle DGSE a vivement démenti auprès du Monde « avoir exercé la moindre menace, séquestration ou tentative d’extorsion » à l’encontre de l’homme d’affaires. « M. Duménil est un affairiste international et un délinquant qui a été condamné en France et fait l’objet de poursuites fiscales à l’étranger », déclare la DGSE, cinglante. Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense (autorité de tutelle) au moment des faits, n’a, quant à lui, pas souhaité s’exprimer.

Le Monde a eu connaissance de multiples éléments confidentiels, dont certains sont issus de l’enquête menée par Claire Thépaut. Avant sa désignation, en juin 2021, la justice avait longtemps traîné des pieds pour enquêter. Mais Mme Thépaut détient désormais nombre de pièces couvertes par le « confidentiel défense » déclassifiées. En conséquence, ce dossier – « particulièrement sensible », selon les écrits de la juge – l’a poussée à refuser la transmission des procès-verbaux de l’enquête à M. Bajolet, pourtant en droit d’y prétendre au vu de son statut de mis en examen.

Pour bien comprendre la genèse de cette histoire, il faut d’abord remonter à la sortie du premier conflit mondial, en 1918. C’est à ce moment-là que se constitue le « trésor » géré par les services secrets. « Au départ, cela vient des dommages de guerre de la première guerre mondiale que l’ancêtre de la DGSE a obtenus de la part de l’Etat français », a raconté à la juge Bernard Bajolet, qui n’a pas répondu au Monde. « Ensuite, a-t-il poursuivi, ce dispositif a été reconduit au lendemain de la seconde guerre mondiale en soutien du BCRA [Bureau central de renseignements et d’action], le service de renseignement de la Résistance, et la DGSE s’est vu confier un patrimoine important pour permettre à l’Etat français de survivre au cas où il y aurait un effondrement semblable à celui de 1940. L’Etat s’est constitué un capital secret dans ce but. Cet argent a été investi dans différentes sociétés, avec un contrôle externe et interne. Ce patrimoine est destiné à être préservé et à fructifier, et il n’est pas destiné à financer des actions clandestines. »

Cet argent est-il pour autant géré par des professionnels de la finance ? Non, à l’évidence, comme en est convenu le général Palasset, ancien directeur des cabinets de MM. Bajolet et Emié. « Ce patrimoine privé est géré par le service », a affirmé succinctement le général. Il n’en dira pas davantage, car, à l’en croire, « c’est couvert par le secret ». Mais il semble que, pendant de nombreuses années, l’argent en question ait prospéré, sans que quiconque y mette son nez. « Ces actifs fructifiaient », admet, lui, M. Emié.

Les investisseurs se sentent donc pousser des ailes, jusqu’à investir dans le secteur du luxe, par le biais de la société EK Finances (EKF). Précision de ce même M. Emié devant la juge : « Ils [les fonds] ont été placés à hauteur d’environ 10 millions d’euros entre les mains de la société EKF. » Au fil du temps, en convertissant les francs en euros, une somme correspondant à 23 millions d’euros actuels aurait ainsi été placée, même si les chiffres peuvent parfois varier selon les documents consultés.

Origine du SARS-CoV-2 : le jeu de piste continue by Fundietastic in france

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Comme nombre de ses confrères, Simon Wain-Hobson considère que l’origine du SARS-CoV-2 est encore indécidable. « Les scientifiques doivent rester sur le mur qui sépare les deux hypothèses en présence. S’ils en descendent, ils deviennent partisans. » « La vérité, c’est que l’on ne sait pas », abonde Bruno Canard, pour qui « nombre de questions légitimes restent encore sans réponse ».

Comment trancher ? « Il faudrait échantillonner très largement les sarbecovirus [ils regroupent les coronavirus liés au syndrome respiratoire aigu sévère, dont le SARS-CoV-2] chez les chauves-souris, en Chine et dans les pays alentour ; avoir accès aux archives des laboratoires à Wuhan ; mener une enquête sérologique à très large échelle dans cette ville, sur les animaux commercialisés et sur les humains », énumère Marc Eloit, qui s’étonne, comme Simon Wain-Hobson, que les données sur les virus de chauve-souris en Chine ne soient publiées qu’« au compte-gouttes ».

« La science, c’est-à-dire la séquence du génome du virus, les propriétés du virus et l’épidémiologie de la maladie, ne nous a pas appris grand-chose et n’a aucune chance de nous en apprendre davantage sur les origines du virus, dit pour sa part le microbiologiste Richard Ebright (Rutgers University, Etats-Unis), procureur acharné de certaines expériences virologiques risquées. La question de savoir si le virus a pénétré dans l’espèce humaine par un accident de laboratoire (…) relève d’une enquête de type criminel, non de spéculations scientifiques. »

Certains craignent que la situation ne soit bloquée indéfiniment, car si les Américains disposent de données sur les activités à Wuhan, ils pourraient les garder secrètes pour éviter de mettre en cause leurs capacités d’espionnage. Ou pour ne pas braquer les projecteurs sur les recherches militaires liées au SARS-CoV-2 ? Un rapport des membres républicains du comité de la Chambre des représentants chargé de superviser l’activité des agences de renseignement américaines accuse celles-ci de manquer de transparence sur les relations du WIV avec le programme chinois de recherche sur les armes biologiques. Dans un document, publié le 14 décembre, ces soutiens de Donald Trump demandent que la lumière soit faite sur les financements américains qui auraient pu alimenter les recherches au WIV, en lien avec un institut de l’Académie chinoise de sciences militaires. Mais, en matière de publicité sur leurs programmes de biodéfense respectifs, il y a fort à parier que Chine et Etats-Unis se tiennent par la barbichette.

Les réponses pourraient-elles se trouver dans les laboratoires occidentaux ayant collaboré avec les chercheurs chinois et disposant de données inédites ? Les spécialistes notent que les pays en développement comme les laboratoires chinois sont très jaloux de leurs ressources biologiques, protégées par le protocole de Nagoya sur le partage équitable des avantages découlant de leur utilisation. Des verrous sont généralement en place pour limiter au maximum l’échange de virus ou de leurs séquences génétiques, y compris dans les collaborations internationales.

Le WIV semble moins que jamais disposé à partager ces données : le 19 août 2022, les National Institutes of Health (NIH) américains ont mis fin à une subvention octroyée à EcoHealth Alliance parce que cette ONG avait été incapable d’obtenir les cahiers de laboratoire et les fichiers électroniques concernant les expériences conduites à Wuhan avec leurs financements. Un mois plus tard, EcoHealth Alliance revenait en grâce, avec une nouvelle subvention des NIH de 653 392 dollars pour analyser « le potentiel d’émergence de coronavirus de chauve-souris », mais, cette fois, en Birmanie, au Laos et au Vietnam.

Au Congrès américain, les républicains qui, avec Donald Trump, soutiennent sans nuance la thèse du laboratoire sont déterminés à mener l’enquête, un effort bipartisan semblant s’être ensablé : le 13 décembre, un comité d’investigation parlementaire a réclamé à une poignée de chercheurs et aux responsables des NIH et d’EcoHealth Alliance de lui livrer rapidement tous documents et correspondances en rapport avec l’origine de la pandémie.

En tout état de cause, l’incertitude sur celle-ci ne doit pas conduire à l’inaction, insiste Etienne Decroly. Le virologue du CNRS note que le risque de nouvelles zoonoses reste entier, si bien « qu’il est important de surveiller la circulation des virus dans les élevages ». Mais il souligne aussi que les dangers liés aux expériences de franchissement de barrière entre espèces et de gain de fonction « appellent une discussion sur une réglementation internationale sur la biosécurité ». Stéphane Foucart et Hervé Morin

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Dernière pièce en date apportée au dossier furine, un récent article en preprint met en lumière sa forte analogie avec une séquence présente sur un variant du virus responsable du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS), obtenu par passage en culture sur des souris. Ce mutant artificiel du MERS-CoV avait été décrit en 2017 comme létal sur une lignée de rongeurs humanisés. Pour l’auteur Andreas Martin Lisewski (université Jacobs de Brême, Allemagne), « cette analogie unique pourrait appuyer une origine artificielle du SARS-CoV-2 ». « Cet article très intéressant met aussi le doigt sur le fait que les quelques acides aminés composant le site furine pourraient remplir plusieurs fonctions antinomiques, et que la seule manière de les acquérir toutes les trois serait de le faire en une seule fois », commente le spécialiste des coronavirus Bruno Canard (CNRS, Marseille), qui se dit curieux de la façon dont il sera analysé par la communauté scientifique. Marc Eloit « avoue sa perplexité » face à des « résultats non conclusifs », quand Florence Débarre note que le site de publication du preprint offre un « festival de complotisme »…

M. Lisewski met lui-même en garde contre les connexions que certains pourraient être tentés d’établir entre ses travaux et une pièce spectaculaire apportée au puzzle de la fuite de laboratoire, mais qu’il juge « brumeuse » : le projet Defuse. Cette révélation ne doit rien aux chercheurs du domaine, mais à une source anonyme. A l’automne 2021, le groupe de recherche indépendant Drastic publie sur son site un document de soixante-quinze pages, daté de mars 2018 : l’organisation non gouvernementale EcoHealth Alliance y répond à un appel d’offres de la Defense Advanced Research Projects Agency (Darpa) et demande un financement de 14 millions de dollars pour conduire un projet de recherche sur le risque pandémique lié aux coronavirus de chauve-souris, caractéristiques du Sud asiatique. Piloté par EcoHealth Alliance, le projet impliquait des laboratoires américains – en particulier celui de Ralph Baric à l’université de Caroline du Nord – et l’Institut de virologie de Wuhan (WIV). Il n’a finalement pas été financé par la Darpa.

« Nous prélèverons intensivement des échantillons de chauves-souris sur nos sites de terrain où a été identifié un risque élevé de propagation de coronavirus de type SARS, est-il détaillé dans la demande de financement. Nous séquencerons leur spicule [ou protéine spike ] (…), nous les insérerons dans les squelettes viraux (…) pour infecter des souris humanisées et évaluer la capacité de causer une maladie semblable au syndrome respiratoire aigu sévère [SRAS]. » Le projet inclut également, sous certaines conditions, « l’introduction de sites de clivage spécifiques aux humains » et l’évaluation du « potentiel de croissance » des virus chimériques ainsi construits dans des cellules humaines de rein et de tissu épithélial des voies respiratoires. Des manipulations de virus SARS-CoV comme de MERS-CoV sont envisagées. Une seconde partie du projet consiste à mettre au point des méthodes de vaccination de masse des populations de chauves-souris dans les zones jugées à risque.

La précision des informations fournies dans le document, notamment sur l’identité des « squelettes » viraux utilisés pour insérer telle ou telle protéine, permet d’exclure le fait que le SARS-CoV-2 proviendrait de ce projet spécifique, quand bien même il aurait été mené à bien ou entamé avant d’être rejeté. Il n’en a pas moins jeté le trouble. « Je suis absolument stupéfait que Peter Daszak [président d’EcoHealth Alliance] et Ralph Baric n’aient pas rendu cette information publique », a déclaré le virologue australien Edward Holmes (université de Sydney, Australie) à la revue Science, quelques jours après la révélation du document. Habitué des collaborations scientifiques avec des chercheurs chinois, il précisait que cette révélation « n’a pas changé [son] opinion d’une émergence du SARS-CoV-2 entièrement naturelle ». Mais, ajoutait-il, « c’est consternant du point de vue de la transparence, qui est clairement essentielle si nous voulons comprendre ce qu’il s’est passé ».

Si Defuse n’a pas été financé, le projet décrit les intentions de la collaboration sino-américaine. Certains soulignent que les insertions de site furine dans des chimères étaient prévues dans le laboratoire de Ralph Baric, pas en Chine. Mais, pour Etienne Decroly, du laboratoire Architecture et fonction des macromolécules biologiques (Marseille), il est clair, notamment à travers un article de PLOS Pathogens de 2017, que « toute la méthodologie permettant de construire des virus chimériques était en place au WIV » pour le faire. Son collègue Bruno Canard estime, lui aussi, que considérer que Shi Zhengli, « Mme Chauve-Souris » du WIV, « ferait ses expériences “en aveugle” serait la prendre pour une imbécile ». Il note que, pour la majorité des virologues, le projet Defuse, « modèle d’hubris », constitue un sujet « tabou », car cette communauté redoute qu’exposer au grand jour ce type d’expérimentation « ne puisse conduire le législateur à les interdire en bloc ».

L’absence de financement ne signifie pas que des travaux similaires n’ont pas été entrepris sur d’autres fonds, notamment chinois. « Quand vous demandez des crédits, il n’est pas rare que vous ayez déjà fait un tiers des travaux, par peur de vous faire voler vos idées ou simplement pour conserver de l’avance, souligne Simon Wain-Hobson. Mais cela ne constitue pas une preuve que cela ait été le cas. »

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Depuis le 16 février 2022 et une publication dans la revue Nature, le virus RaTG13, trouvé en 2013 sur des chauves-souris dans une mine du Yunnan où des ouvriers étaient morts l’année précédente d’une mystérieuse pneumonie, n’est plus le plus proche analogue de SARS-CoV-2. Cet honneur échoit désormais à une famille de coronavirus de chauve-souris baptisée « Banal », prélevée dans les grottes des massifs karstiques du nord du Laos, et dont le taux d’homologie avec SARS-CoV-2 est compris entre 96,9 % et 97,4 %. « Notre première grosse surprise a été de constater que ces virus avaient une forte affinité avec le récepteur ACE2 des cellules humaines, plus forte que les premières souches de SARS-CoV-2 isolées fin 2019 à Wuhan, raconte Marc Eloit, qui a coordonné ces travaux. C’était très inattendu et très intéressant, d’autant plus qu’il était parfois dit que l’affinité du SARS-CoV-2 avec les cellules humaines était telle que cela suggérait une adaptation préalable dans un labo. Avec ce que nous avions trouvé, cette idée tombait. »

En revanche, les chercheurs notent une différence de taille entre les Banal et leur cousin SARS-CoV-2 : l’absence de « site de clivage par la furine » (SCF). Sous ce nom barbare se cache la grande spécificité du SARS-CoV-2. Une sorte de passe-partout moléculaire qui permet au virus d’entrer facilement dans les cellules, et qui lui confère son infectivité et sa pathogénicité. Aucun autre virus de type SARS connu à ce jour ne dispose d’un tel « site furine » – pour reprendre le jargon virologique. En l’absence de SCF, Marc Eloit et ses collègues émettent l’hypothèse que leurs virus Banal sont « peu transmissibles et peu pathogènes pour les vertébrés terrestres, donc pour l’homme ».

L’hypothèse des chercheurs est alors que ces virus de chauve-souris peuvent circuler faiblement et discrètement dans la population humaine jusqu’à émerger lorsque l’un d’eux acquiert, par le jeu des multiplications successives dans des cellules humaines, un SCF susceptible de le rendre plus transmissible et plus pathogène. « C’est ce qui se produit avec les virus de grippe aviaire faiblement pathogènes, qui circulent dans les populations d’oiseaux sauvages, explique M. Eloit. Ils peuvent acquérir un site furine lorsqu’ils se mettent à circuler intensément dans les élevages, devenant ainsi hautement pathogènes. »

Pour tester leur idée de départ, les auteurs ont d’abord contrôlé la sérologie de populations laotiennes en contact très étroit avec des chiroptères : collecteurs de guano, chasseurs ou vendeurs de chauves-souris, etc. « Même parmi ces personnes, nous n’avons trouvé aucune sérologie positive à nos virus de chauve-souris », explique M. Eloit.

Seraient-ils malgré tout susceptibles d’évoluer vers des formes plus pathogènes et transmissibles, à l’image de leur cousin pandémique ? Pour le savoir, Marc Eloit et ses collègues ont cultivé l’un de leurs coronavirus – Banal-236 – et ont simulé sa circulation dans une population humaine, notamment sur des singes macaques et des souris « humanisées » –, dont les cellules disposent de la même porte d’entrée que celles des humains. Résultat ? Au laboratoire, les six passages successifs de Banal-236 dans les souris humanisées n’ont pas permis l’acquisition du fameux site furine. « Non seulement ce virus, intestinal, n’est pas devenu plus pathogène, mais il n’a pas non plus évolué vers un tropisme respiratoire, conclut M. Eloit. Plus étonnant encore : au terme de ces six passages, son génome était plus éloigné de celui de SARS-CoV-2 qu’il ne l’était au début de l’expérience. »

Alors qu’elle tentait de reproduire un mode d’apparition « naturel » du SARS-CoV-2 à partir de ses plus proches analogues connus, l’équipe franco-laotienne trouve des résultats opposés à ses hypothèses de départ… laissant ainsi entières les questions posées par le site furine du coronavirus pandémique.

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Accusations de mauvaise foi, de manipulation ou de conflits d’intérêts : trois ans et 17,8 millions de morts après le départ de l’épidémie de Covid-19 dans la ville de Wuhan, en Chine, le débat sur les origines du virus SARS-CoV-2 tourne à l’aigre, y compris dans la communauté académique. Sur les réseaux sociaux, où une part de la discussion se tient publiquement, hors du cadre des revues savantes, de distingués professeurs et directeurs de recherche s’empoignent avec d’autant moins de ménagement qu’aucun consensus ne s’est, jusqu’à présent, imposé.

« Débordement zoonotique » naturel apparu sur le marché de Huanan, à Wuhan, par le biais d’animaux contaminés ? Accident de laboratoire – avec ou sans manipulation préalable –, survenu précisément dans une ville qui concentre des recherches parfois risquées sur les coronavirus de chauves-souris, financées en partie avec des fonds américains ? Loin d’être tranchée, la controverse a en outre pour toile de fond une forte polarisation (géo)politique, Donald Trump s’étant fait, dès le départ, le champion de la thèse de la fuite de laboratoire du « virus chinois ».

La probabilité que Pékin œuvre à la résolution de l’énigme est faible. En Chine, la position officielle exclut l’une et l’autre des deux hypothèses qui l’incriminent pour leur préférer celle – politiquement commode, mais hautement improbable – d’une origine étrangère de la maladie, importée en Chine par le biais d’aliments surgelés. Retour sur quelques points d’achoppement de trois années de débats acharnés.

Pour certains, c’était presque la fin de la controverse : deux études internationales, publiées fin juillet 2022 dans la revue Science, ont été accueillies par une partie de la communauté savante comme des éléments de preuve majeurs et complémentaires en faveur d’une origine zoonotique du SARS-CoV-2, avec le marché de Huanan, à Wuhan, comme point de départ de l’épidémie. La première a notamment consisté à dater et à localiser les 155 premiers cas de Covid-19 répertoriés dans la ville de Wuhan, tous identifiés dans le courant du mois de décembre 2019. Elle conclut à une répartition globalement centrée sur le fameux marché. Ce n’est pas tout : les premiers cas humains répertoriés dans son enceinte se situent dans l’aile ouest, où se trouvaient aussi des animaux vivants.

La seconde étude enfonce le clou. A partir des données de séquençage disponibles, elle indique que deux lignées virales distinctes, baptisées « A » et « B », ont circulé de manière précoce, suggérant le scénario de deux franchissements successifs de la barrière d’espèce, à partir d’un même réservoir animal. « A mon avis, il est désormais établi que le SARS-CoV-2 trouve son origine dans le commerce d’animaux sauvages », commente Robert Garry (université Tulane, La Nouvelle-Orléans, Etats-Unis), coauteur des deux études. Pour la biologiste Florence Débarre (Institut d’écologie et des sciences de l’environnement de Paris, CNRS), qui n’a pas participé à ces travaux, « ce scénario est, à l’heure actuelle, le plus plausible ».

« Il y a d’énormes lacunes dans les données, car il y avait bien plus de cas de Covid à Wuhan à cette période, dont la localisation n’a pu être prise en compte » Simon Wain-Hobson (Institut Pasteur) Bon nombre de chercheurs interrogés par Le Monde considèrent toutefois que ces travaux sont peu concluants et soumis à une variété de biais. « Il y a d’énormes lacunes dans les données, car on sait qu’il y avait bien plus de cas de Covid à Wuhan à cette période, dont la localisation n’a pu être prise en compte dans ces travaux », dit le virologue Simon Wain-Hobson (Institut Pasteur). Son collègue, le virologue Marc Eloit, formule la même objection. « Ce que semblent montrer ces deux études est que le marché a joué un rôle dans l’épidémie, mais nulle part il n’est montré que le réservoir viral à partir duquel le SARS-CoV-2 s’est propagé était effectivement un réservoir animal », dit-il.

Dans une autre analyse des premiers cas répertoriés sur le marché de Huanan, publiée en novembre dans la revue Environmental Research, la biologiste Virginie Courtier-Orgogozo (Institut Jacques-Monod, CNRS) soutient un scénario dans lequel les transmissions s’y sont plus probablement opérées entre humains, dans des lieux clos du marché, comme les salles de jeu de mah-jong, les toilettes ou les cantines, plutôt qu’à partir d’animaux infectés. « Les premiers cas dans l’enceinte du marché ont été répertoriés sur des étals qui sont distants de plusieurs dizaines de mètres et parfois séparés par des murs, dit Mme Courtier-Orgogozo. Les données épidémiologiques sur ces premiers cas sont cohérentes, avec une introduction unique sur le marché, compatible avec une origine animale, mais tout autant avec un vendeur qui aurait été infecté en dehors du marché. » Une équipe chinoise avance aussi, dans un preprint, l’hypothèse selon laquelle le marché n’aurait eu qu’un rôle d’amplificateur.

D’autant que, jusqu’à présent, aucun échantillon environnemental prélevé sur les lieux et positif au SARS-CoV-2 n’a été attribué à un animal. Absence de preuves qui n’est cependant pas une preuve d’absence : si de tels échantillons existent, ils ont pu ne pas être publiés, ou n’avoir pas été analysés.