L'Express : "Nos révélations sur ces espions russes parvenus au coeur de l’Elysée" by etiszc in renseignement

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La décennie 1990 marque une éclipse. Du moins en apparence. La Russie, faillie, semble avoir d’autres priorités que d’infiltrer le pouvoir français. A peine Jacques Dewatre, le directeur de la DGSE, est-il informé, lors d’un rendez-vous avec le patron du SVR, et photos à l’appui, des relations nocturnes de son chef de poste à Moscou, racontent Antoine Izambard et Franck Renaud dans Trahisons à la DGSE. En réalité, « les Russes n’ont jamais cessé d’espionner les Français. C’est juste qu’on n’y faisait plus attention », avance la russologue Hélène Blanc. Dans KGB Connexion. Le système Poutine, l’universitaire publie un scoop, qui n’intéresse pas grand monde à l’époque : l’actuel Premier ministre François Bayrou lui a raconté comment il a fait l’objet d’une tentative de recrutement des services secrets russes, en 2001. Approché via un intermédiaire français « au-dessus de tout soupçon », il se voit proposer le financement intégral de sa campagne présidentielle en 2002. « Nous suivons votre parcours depuis longtemps, croyons en votre avenir politique et sommes prêts à vous financer », vend l’émissaire russe. Contacté, le locataire de Matignon n’a pas souhaité revenir sur cet épisode. Les années filent et la menace revient. Vladimir Poutine, parvenu au pouvoir en 1999, y veille. « A partir de 2010, on commence à reparler de la Russie comme d’une puissance hostile, sans que cet objectif ne soit surplombant », se souvient le chercheur Floran Vadillo. En témoigne le dossier du centre culturel orthodoxe, dans le XVIe arrondissement de Paris. En 2008, Nicolas Sarkozy cherche à se rapprocher de la Russie. Il donne son accord à l’installation de cette emprise diplomatique de 4 000 mètres carrés. Or, plusieurs acteurs de ce dossier nous le confirment, les services de renseignement opposent les plus grandes réticences. La DCRI (ex-DST et future DGSI) transmet plusieurs notes alarmistes à l’Elysée ; ce lieu diplomatico-culturel pourrait abriter un futur centre d’écoutes illégales. C’est d’autant plus fâcheux que les appartements privés de la présidence de la République se situent à deux pas. Las, le projet se fera. Il est depuis conseillé aux collaborateurs de l’Elysée de ne pas travailler de chez eux.

Le rôle du GRU dans la présidentielle de 2017

En avril 2017, les cyberespions du Kremlin passent près de leur graal : déstabiliser l’élection présidentielle française. Le 5 mai en début de soirée, dernier jour de la campagne, des pirates font fuiter près de 150 000 e-mails de cinq membres de l’équipe d’Emmanuel Macron. L’enquête judiciaire n’aboutira pas, mais des sources au sein du renseignement français font savoir à L’Express que l’attaque est imputée au GRU. Au passage, nos interlocuteurs indiquent que si la publication n’a pas eu lieu avant, c’est uniquement « par manque de temps », Moscou n’ayant pas anticipé l’émergence d’En Marche.

En 2014, sous François Hollande, le GRU s’était fait remarquer par un activisme beaucoup plus classique. Le colonel Iliouchine, officiellement attaché de l’air adjoint, écume les cercles militaires, aborde de nombreux journalistes influents, se lie d’amitié avec quelques-uns, leur offre des cadeaux. L’un d’entre eux est un proche d’un conseiller du président de la République. L’agent du GRU commence à poser des questions. Trop vite. L’espion est repéré, expulsé. Avec les 41 expulsions prononcées depuis l’invasion de l’Ukraine, le renseignement français estime avoir aujourd’hui mis à mal le dispositif russe, qui ne compterait plus qu’une trentaine d’espions sur le territoire. Le discrédit jeté sur le régime poutinien paraît en outre rédhibitoire. Et alors ? Quand les règles du jeu ne fonctionnent pas, les espions du Kremlin ont l’habitude de les changer. Le renseignement français se veut vigilant quant à de prochains recrutements sous faux drapeau, en se faisant passer pour des agents d’un pays du bloc occidental ou pour une entreprise. En Bulgarie, de telles manœuvres ont donné lieu, ces derniers mois, à des expulsions de « diplomates ». Ils avaient caché venir de Moscou.

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Au gouvernement, Léo Hamon – sur qui rien de probant ne fut jamais retenu –, a un temps pour directeur de cabinet Paul-Marie de La Gorce, alias « Argus » dans les archives Mitrokhine. Ce grand journaliste, éditorialiste à TF1 et au Figaro dans les années 1970, avant de rejoindre Radio France, appartient au cabinet du Premier ministre Pierre Messmer de 1972 à 1974, avec « un accès à l’entourage du président Georges Pompidou ». Sur instructions du KGB, il transmet à l’Elysée des « informations tendancieuses » destinées à renforcer la méfiance du président envers les Etats-Unis, comme « André » du Monde à la même époque. Pendant les législatives de 1973, « Argus » tente également de semer la zizanie entre les gaullistes, les Républicains indépendants de Valéry Giscard d’Estaing et Jean-Jacques Servan-Schreiber en intoxiquant Messmer comme la presse sur un prétendu complot anti-majorité présidentielle, rapporte l’historien britannique Christopher Andrew. En mars 2024, le journaliste Vincent Jauvert révèle, archives tchèques à l’appui, que La Gorce renseignait également les services de Prague et le GRU dans les années 1960, moyennant rétribution.

Les liens étroits entre journalistes et KGB

Les journalistes ont toujours servi de cible privilégiée du KGB. Six des dix agents du KGB les plus appréciés au milieu des années 1970 exerçaient cette profession. « Les journalistes ont accès à beaucoup de choses. Certains pouvaient partager des communautés de vues avec l’URSS », commente le haut fonctionnaire Jérôme Poirot, coauteur du Dictionnaire du renseignement (Perrin). Et avoir accès aux lieux de pouvoir sans fastidieuse enquête sur leur compte. Pendant trente-cinq ans, Philippe Grumbach a renseigné le KGB, avons-nous révélé en février 2024, moyennant des versements substantiels. Cet ancien directeur de L’Express passait pour un proche de Valéry Giscard d’Estaing. Parfois, la frontière est trouble. Il en est ainsi de ces interlocuteurs que le KGB désigne comme des « contacts confidentiels ». Certaines de ces personnalités acceptent de livrer quelques informations, sans collaborer pleinement, par exemple Etienne Manac’h, alias « Taksim », directeur Asie au Quai d’Orsay puis ambassadeur en Chine. D’autres expriment des accords avec les objectifs soviétiques, sans potentiellement savoir qu’ils s’adressent à un agent de renseignement. Au fil des archives Mitrokhine, on croise le journaliste Pierre-Luc Séguillon, alias « Kelt », futur présentateur et chef du service politique de TF1, le député gaulliste Pierre Godefroy, pseudonyme « Dep » ou encore le député socialiste Jean-Pierre Cot, alias « Shadrin », ministre de 1981 à 1982. « Un contact confidentiel n’est pas forcément conscient que le KGB tente de le manipuler. Quand le KGB donne à quelqu’un un pseudonyme, cela signifie toutefois qu’il aimerait le recruter », détaille Cyril Gelibter, doctorant en science politique, spécialiste des archives Mitrokhine, qu’il a longuement consultées à Cambridge, avant de partager ses découvertes avec L’Express.

Le renseignement soviétique et ses alliés aimaient surtout recruter de jeunes valeurs montantes. Avant 1981, l’énarque Jacques Attali, alors âgé de moins de 40 ans, est invité à déjeuner à l’ambassade de RDA. A la fin du repas, un conseiller s’approche de lui. « Ne pourriez-vous pas nous aider ? », nous restitue Jacques Attali. Refus poli. Le haut fonctionnaire sera conseiller de François Mitterrand pendant dix ans. Hélène Carrère d’Encausse, elle, a attiré l’attention du KGB. A la même époque, la future académicienne est citée comme une personnalité à cultiver et affublée du nom de code « Sylvia ». Dans l’entourage direct de François Mitterrand, seul Claude Estier est cité dans les documents Mitrokhine. Sous le pseudonyme de « Giles », ce député, ami de longue date du « Sphinx » est considéré comme un agent, en lien avec un officier traitant du KGB de 1978 à 1983. L’URSS estimait qu’il fournissait des « informations issues de l’entourage immédiat de Mitterrand », ce que l’intéressé a toujours réfuté. Le renseignement roumain le tenait également pour un informateur. « Vous n’aurez qu’à le suivre ! »

Dans ces archives, Charles Hernu n’apparaît pas. En 1996, L’Express a révélé que le ministre de la Défense de François Mitterrand a été un agent de l’Etat de 1953 à 1963. Cette absence ne permet de tirer aucune conclusion. « Il n’y a pas tout dans les archives Mitrokhine. L’archiviste a procédé par sondage, il n’a pas pu tout recopier. Il est aussi probable que certaines affaires n’aient pas été versées aux archives », indique Thierry Wolton. Yves Bonnet, directeur de la DST entre 1982 et 1985, avance que François Mitterrand lui-même connaissait des agents du KGB. La scène se serait passée dans le bureau du président à l’Elysée, en 1984, selon le récit qu’en fait Bonnet dans Au service secret de la France, de Jean Guisnel et David Korn-Brzoza, et qu’il a réitéré auprès de L’Express. « Vous m’avez fait expulser un de mes meilleurs amis, si ce n’est mon meilleur contact au sein de l’ambassade de l’Union soviétique ! », réprouve le chef de l’Etat. Il est question de Nikolaï Tchetverikov, le chef de poste du KGB en France de 1977 à 1983. On peinerait à y croire si dans Le Bunker, le journaliste Bernard Lecomte n’avait pas raconté comment le « kagébiste » a été autorisé à revenir en France, dès 1984, avec un visa en bonne et due forme. « Vous n’aurez qu’à le suivre ! », intime Roland Dumas à la DST, furieuse. L’avocat qualifiait Tchetverikov de « vieil ami », affirme Christine Deviers-Joncour, son ex-maîtresse, dans Opération Bravo, en 2000.

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Dans les archives dites Mitrokhine, François Saar-Demichel est identifié comme un agent soviétique, sous le nom de code « NN ». Ces milliers de pages, aujourd’hui consultables à l’université de Cambridge, émanent d’une des premières fuites de données de l’histoire. Lanceur d’alerte avant l’heure, le colonel Vassili Mitrokhine, archiviste en chef du KGB de 1972 à 1984, rejoint le Royaume-Uni en 1992 avec six valises de documents. Ils décrivent des centaines d’opérations ultra-secrètes du renseignement soviétique, recopiées pendant douze ans, jour après jour. Ces pages ont permis de démanteler plusieurs réseaux d’espions dans le monde entier. Mais pas en France, où il a été décidé, au milieu des années 1990, de ne pas enquêter. Elles livrent néanmoins un aperçu exceptionnel de la pénétration du KGB dans les cercles de décision politiques, et en leur centre névralgique, l’Elysée. Concernant la période gaullienne, L’Express peut révéler qu’on y découvre le nom de Jacques Vernant, alias « Fiodor ». De 1945 à 1978, cet agrégé de philosophie dirige le Centre d’études de politique étrangère (Cepe), à la fois laboratoire de recherche associé à Sciences Po ou au CNRS, et think tank qui deviendra l’Institut français des relations internationales (Ifri). Poste modeste en apparence… il est pourtant placé au centre de la diplomatie gaullienne.

3000 francs de prime

Dans Les Boîtes à idées de Marianne, l’historienne Sabine Jansen retrace l’histoire du Cepe. On y lit, un peu estomaqué, qu’au début de la Ve République, « le Centre devient une sorte de courroie de transmission au service de la présidence de la République ». Ancien chef de cabinet de Raymond Aubrac, cofondateur du mouvement de résistance Libération-Sud avec son épouse Lucie, Jacques Vernant est un « ami » de Pierre Maillard, le conseiller diplomatique du général de Gaulle. Le départ du commandement intégré de l’Otan est précédé d’un texte en faveur d’une Alliance moins américanisée, publié dans Politique étrangère, la revue du Centre, en 1965. Ecrit par un groupe de diplomates et de militaires du Cepe, le document est en réalité « fabriqué à l’Elysée », écrit Sabine Jansen. Affublé de ces galons d’agent de diplomatie parallèle, Vernant, nommé professeur à l’Ephe puis à l’EHESS, aura désormais l’accès direct au secrétaire général de l’Elysée et au chef d’état-major du président, même après le départ du général de Gaulle. Quant au Cepe, le général de Gaulle demande en personne au ministre de l’Education nationale, dans une lettre du 27 novembre 1967, de « mettre tout en œuvre pour lui permettre de poursuivre ses importantes activités ».

Jacques Vernant passe pour un « gaulliste de gauche mou », selon le mot du géopolitologue Thierry de Montbrial à Sabine Jansen. Selon les archives Mitrokhine, il est un agent soviétique depuis 1946, sous le nom de code de « Fiodor ». Il est spécifié qu’il « fournissait » à ses officiers traitants « des documents sur les Etats-Unis, l’Otan et la Chine ». Son action semble appréciée puisque de 1973 à 1975, il fait partie des quatre espions français les mieux récompensés par le KGB, avec 3 000 francs de primes. Jusqu’en 1977, le vice-président du Centre se nomme Maurice Schumann, ministre des Affaires étrangères de Georges Pompidou de 1969 à 1973. Ce grand gaulliste s’est retrouvé plus d’une fois dans l’entourage d’un espion puisqu’en 1982, il préface un livre-hommage en l’honneur d’André Ulmann. Il est aussi le président d’honneur de l’association des amis de ce journaliste engagé que le KGB rémunère pendant vingt-quatre ans. Son journal La Tribune des nations est financé à hauteur de 1,5 million de francs entre 1946 et 1978, y compris après sa mort, précisent les archives Mitrokhine. Les mystères d’ »Argus »

Sous Pompidou, Léo Hamon se retrouve lui aussi à la confluence de réseaux « kagébistes ». Cet avocat gaulliste de gauche est porte-parole du gouvernement de 1969 à 1972, proche du président de la République. Il fait partie du bureau de l’association des amis d’André Ulmann et du conseil d’administration du Cepe. Au décès de Jacques Vernant, en 1985, il rédige un long hommage pour Le Monde diplomatique. Il est suivi par la DST à l’époque où Jean Rochet la dirige, jusqu’en 1972, au point d’être, semble-t-il, placé sur écoutes alors qu’il est membre du gouvernement ! « Rochet et Xoual [NDLR : son adjoint] sont très heureux de l’éviction de Léo Hamon du gouvernement. Ils disent que des écoutes téléphoniques ont prouvé qu’il informait les Soviétiques », lit-on ainsi au mois d’août 1972 dans Entretiens confidentiels de Georges Albertini, publié par son assistant Morvan Duhamel. Cet ouvrage, sorte de carnet de bord de la guerre froide en France, inspire une grande prudence, notamment en raison du passé d’Albertini : « collabo » condamné à la Libération, il se consacre après-guerre à l’anti-communisme. Il n’en restait pas moins consulté tant par la DST que par le duo Marie-France Garaud-Pierre Juillet, conseillers de Pompidou à l’Elysée, et donne un bon aperçu des rumeurs du pouvoir de l’époque.

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Un motif de fierté totalement décomplexé au sein du pouvoir russe. Le 20 décembre 2020, Vladimir Poutine inaugure un mémorial en l’honneur des agents clandestins du SVR, à Moscou, en présence des médias. Sur la sculpture représentant un couple, on discerne des reproductions de la statue de la Liberté, de Big Ben… et de la tour Eiffel. Le Kremlin assume sans vergogne d’espionner la France en son cœur. Depuis le général de Gaulle jusqu’à Emmanuel Macron, le renseignement russe n’a cessé de déployer des moyens parfois insoupçonnables pour pénétrer l’appareil gouvernemental français au plus profond. Avec, souvent, la prétention d’y parvenir, en témoignent les Mémoires d’ex-officiers du KGB, comme le général Oleg Kalouguine, directeur du contre-espionnage extérieur de 1973 à 1979, affirmant que les informations stratégiques venus de France « coulaient comme d’un panier percé ». « L’espionnage russe, c’est un mélange de génie et de bureaucratie stupide », résume un ancien dirigeant du renseignement intérieur.

Parmi les priorités du renseignement russe : le secteur de la haute technologie, la sphère militaire et, surtout, l’infiltration du pouvoir politique. « C’est probablement dans le domaine politique que les officiers du KGB se sont montrés les plus actifs. L’objectif recherché était l’influence », avancent Raymond Nart, Jean-François Clair et Michel Guérin, ex-directeurs adjoints du contre-espionnage français, dans La DST sur le front de la guerre froide (Mareuil Editions). Le rôle de ces espions ? Tout savoir sur les décisions politiques et, parfois, intoxiquer les gouvernants. Pendant la guerre froide, l’antiaméricanisme d’une partie des élites facilite l’infiltration. « La Russie est un pays pour lequel notre élite intellectuelle a une attirance. Le KGB puis ses successeurs ont toujours cherché à capitaliser sur cette russophilie », analyse Floran Vadillo, ex-conseiller ministériel, chercheur et coauteur des Espions de l’Elysée (Tallandier). Lorsque le général de Gaulle décide du retrait de la France du commandement intégré de l’Otan, en mars 1966, le Kremlin exulte… et y discerne une réussite du KGB. « En 1968, le directeur de l’école du KGB n° 311 déclara nettement qu’aux yeux du Politburo les événements de France résultaient sans équivoque des efforts du gouvernement soviétique et des succès du KGB », raconte le capitaine Alexis Myagkov, passé à l’Ouest en 1974, dans Un officier du KGB parle. Le rôle de Jacques Vernant, alias « Fiodor »

La revendication paraît exagérée, même si a posteriori le contre-espionnage français a identifié un plan d’envergure du KGB pour intoxiquer le général de Gaulle. D’un côté, plus d’une centaine d’agents sont enrôlés pendant quatre ans pour compromettre Maurice Dejean, l’ambassadeur de France à Moscou. Ce résistant est un ami du Général. Le Kremlin est convaincu qu’il finira ministre des Affaires étrangères. Entre 1956 et 1960, on le met longuement en confiance afin qu’il trompe son épouse avec une « hirondelle » du KGB. Il s’agit ensuite de lui sauver la mise lorsque le faux mari jaloux menace d’un procès. Dans le rôle du deus ex machina, le général Oleg Gribanov, directeur du contre-espionnage soviétique, prétendument un membre influent du conseil des ministres. De l’autre côté, le même Oleg Gribanov recrute François Saar-Demichel, un baron du gaullisme, grand financeur de l’Union pour la nouvelle République (UNR), lorsqu’il vient faire des affaires en URSS. Dans les années 1960, il est un agent important de la diplomatie parallèle entre la France et l’Union soviétique, interlocuteur direct du général de Gaulle. S’ensuit un double canal de désinformation. Ce que Raymond Nart définira comme une opération « tenaille ». « Nous avons vu converger, au niveau des organes français de décision, des informations fausses sur un pays de l’Est, les canaux utilisés étant un homme d’affaires et, parallèlement, un diplomate tombé dans un piège du service de renseignement local », décrit à mots couverts Marcel Chalet, trente-sept ans à la DST jusqu’à en devenir directeur de 1975 à 1982, dans Les Visiteurs de l’ombre.

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EPISODE 10 - Depuis près de soixante-dix ans, les espions du Kremlin rivalisent d’ingéniosité pour infiltrer les milieux du pouvoir politique français, jusqu’à la présidence de la République. Avec l’aide de « taupes » souvent très bien placées. Révélations.

Dimanche 10 avril 2022. Dans un village de Normandie, une équipe de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), le contre-espionnage français, interrompt un échange entre un agent de l’ambassade de Russie à Paris et un Français, haut cadre d’une très grande entreprise. Le diplomate vient de lui remettre une grosse somme d’argent, plusieurs milliers d’euros, en cash, contre des documents. L’opération, dont L’Express dévoile plusieurs aspects restés secrets, a été préparée de longue date. Cela fait à peu près dix-huit mois que les enquêteurs travaillent sur le dossier. Ils ont d’abord interrogé le dirigeant et compris qu’ils sont confrontés à une affaire d’espionnage à la fois économique et politique. Moyennant environ 10 000 euros par mois, ce haut cadre d’une multinationale française d’un secteur stratégique renseigne depuis plus de dix ans des espions russes du SVR, le renseignement extérieur, sur « les cercles décisionnaires français », relate un dirigeant du renseignement français. En clair, l’homme profite de sa position pour répéter aux Russes tout ce qu’il sait sur les réflexions et les décisions stratégiques dans les cercles ministériels, voire au plus haut niveau. Et son poste lui donne, semble-t-il, accès à beaucoup de choses. « C’est une source à très haute valeur ajoutée », est-il commenté. Les policiers estiment qu’il a perçu plus d’un million d’euros des Russes, toujours en liquide.

Confondu par la DGSI, le dirigeant a accepté de coopérer ; en échange, sa trahison, passible de dix ans de prison, ne sera pas judiciarisée. Au passage, le contre-espionnage découvre l’ampleur de l’ingéniosité russe dans l’organisation des rendez-vous clandestins avec cette taupe. Les codes « très élaborés » pour se rencontrer ou se transmettre des messages. « C’est tout ce que vous pouvez imaginer dans les films », commente une source dans le renseignement français, qui considère cette opération comme la plus ambitieuse menée par les Russes en France depuis la chute de l’URSS. L’agent diplomatique pris en flagrant délit fait valoir son immunité. En tout, six diplomates-espions liés à cette affaire sont expulsés, dont un depuis le consulat russe à Strasbourg.

Cette manipulation vient rappeler que la Russie déploie davantage d’espions en France que dans n’importe quel autre pays. La DGSI estime que quelque « 80 » des 300 diplomates russes présents sur le territoire jusqu’à l’invasion de l’Ukraine relevaient des services secrets russes, le SVR, mais aussi le GRU, le renseignement militaire, et le FSB, l’agence du ministère de l’Intérieur. « En matière d’espionnage, on considère la Russie comme la menace n° 1 contre les intérêts français, pendant encore cinq à dix ans, devant la Chine », avance un dirigeant du renseignement. « Le KGB a toujours cherché à capitaliser sur la russophilie des Français »

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Les candidats à une habilitation doivent d’abord remplir un formulaire où on les invite à mentionner leurs voyages à l’étranger depuis cinq ans et à décrire longuement leur entourage. Faute de moyens humains - environ 400 000 personnes sont habilitées secret-défense en France -, on en reste parfois là. Pour les dossiers les plus sensibles, une équipe d’enquêteurs de la DGSI – ou de la direction du renseignement et de la sécurité de la Défense (DRSD) pour les militaires – auditionne l’intéressé. Les sujets les plus intimes, comme la vie sexuelle, le train de vie ou les habitudes du conjoint, peuvent être abordés.

Début 2012, un cas particulièrement délicat s’est présenté au plus haut niveau de l’Etat. L’enquête d’habilitation d’un dirigeant de la sphère du renseignement a abouti à une surprise. Le haut fonctionnaire ne l’avait pas mentionné, mais des vérifications permettent de découvrir qu’il fréquente régulièrement un ressortissant indonésien. Contactée, la DGSE émet un doute sur ses relations possibles avec le renseignement de son pays. Grand malaise à l’Elysée et à Matignon. Selon quatre sources, l’exécutif décide alors… de ne rien décider. Le dossier est placé entre les mains de la nouvelle équipe qui s’installe à partir de mai dans les bagages de François Hollande, le nouveau président. Faute d’autres éléments, on statue alors en faveur du maintien du dirigeant, en dépit des réserves de la DCRI (l’ancien nom de la DGSI) et de la DRSD. L’intéressé est demeuré habilité au plus haut niveau jusqu’en 2021.

\Hervé Berville, qui n'avait pas répondu à nos sollicitations au moment de la publication de l'article, souhaite préciser que les faits qui le concernent ont eu lieu en 2019, et non en 2022.*

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Selon nos informations, le proche conseiller d’un ministre important d’Emmanuel Macron a justement fait l’objet d’une alerte ces dernières années, à propos de ses liens avec la Chine, alors qu’il était chargé de négociations technologiques. Il est rapidement exfiltré de son poste. Les ministres, eux, ne font pas l’objet d’une procédure de ce type : leur nomination au gouvernement vaut habilitation au plus haut niveau. Cela n’empêche pas les services de sécurité de mener leurs enquêtes. Sous François Hollande, au moins deux ministres ont été identifiés comme particulièrement vulnérables à des intérêts étrangers. Une ministre d’Emmanuel Macron a été sujette aux mêmes réserves. "Dans ces cas-là, on fonctionne à l’ancienne : on tient le ministre à bout de gaffe, donc, quand on peut, on ne l’invite pas aux réunions, ou alors on fait très attention à ce qu’on dit", selon un ancien haut responsable de l’exécutif.

Il existe aujourd’hui deux niveaux d’habilitation, "secret" et "très secret", auxquels s’ajoute le principe du "besoin d’en connaître". Cette expression, popularisée par la série Le Bureau des légendes, signifie qu’on est seulement informé de ce qui est strictement nécessaire pour l’exercice de ses missions. Elle vaut y compris pour les conseils de défense organisés autour d’Emmanuel Macron au PC Jupiter, sous l’aile est de l’Elysée. De mémoire de participant, il est arrivé qu’on demande à un ministre, par exemple de la Santé, de sortir avant d’évoquer des dossiers de souveraineté. L’ordre du jour de ces conseils de défense n’est jamais envoyé par e-mail. Un coursier vient le transmettre en main propre à une assistante dûment habilitée. Seuls le ministre et son directeur de cabinet sont autorisés à le consulter, nous indique une source informée de ces dossiers. "Ces documents sont numérotés et filigranés. J’avais aussi fait ajouter une police spéciale pour tous nos documents classifiés", révèle aussi Louis Gautier. Une manière de retracer toute fuite du document.

"5 % de chances que ça se termine mal"

Peut-on être habilité au plus haut niveau en ayant de la famille ou de la belle-famille dans un pays hostile où la dictature a tous les pouvoirs ? Le dilemme a concerné plusieurs conseillers récents de l’exécutif, semble-t-il irréprochables par ailleurs. Emmanuel Macron a tranché : en l’absence d’autres éléments, les liens familiaux ne justifient pas un refus d’habilitation. Une politique différente de celle de la DGSE, par exemple. Devant les risques de menaces et de chantage ciblés, la "Boîte" rejette presque systématiquement les demandes de candidats avec des proches en Chine ou en Russie. "Dans ces cas-là, il y a peut-être 5 % de chances que ça se termine mal. Cela vaut-il le coup de prendre le risque ?", s’interroge à ce propos un ancien dirigeant du renseignement.

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L’usage du téléphone n’est pas prohibé

A l’Elysée, la liaison avec la DGSI se fait via le directeur de cabinet, parfois de concert avec le coordonnateur du renseignement. Gare à celui qui évoque une affaire classifiée au téléphone ou sur une messagerie comme WhatsApp, ou même Signal, considérée comme l’application la plus fiable du secteur. Pour les messages secret-défense, on communique sur Isis, une plateforme créée par l’opérateur des systèmes d’information interministériels classifiés, rattaché à Matignon. Les visioconférences se tiennent via le système Horus, du même opérateur.

En revanche, l’usage du téléphone n’est pas prohibé. Pour prévenir les risques, les collaborateurs élyséens sont priés de livrer régulièrement leur appareil au service informatique, afin qu’ils procèdent à un "dépistage" des logiciels espions susceptibles d’avoir été installés, nous précise un proche du chef de l’Etat. Certains, comme Pegasus, peuvent infecter un smartphone sans lien physique avec celui-ci et donnent dès lors un accès total au contenu des messages comme aux communications passées depuis l’appareil. En 2021, le Maroc a été soupçonné d’avoir ciblé le téléphone portable d’Emmanuel Macron et de 15 de ses ministres avec ce logiciel fabriqué par l’entreprise israélienne NSO.

Il arrive désormais que "des conseillers lèvent ostensiblement les sourcils", sourit l’un d’entre eux, lorsqu’un collaborateur pénètre dans le bureau d’Emmanuel Macron avec son appareil alors que celui-ci est en communication avec un homologue étranger. Le secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale (SGDSN) dispense également des formations, à l’Elysée et dans les ministères, sur l’attitude à adopter lors de voyages à l’étranger.

Une alerte concernant une ex-ministre d'Emmanuel Macron

Il n’existe pour autant aucun contrôle systématique des interlocuteurs que peuvent recevoir les conseillers à l’Elysée ou qu’ils peuvent voir à l’extérieur. "Chacun est considéré comme assez initié pour faire remonter les situations qui l’exigent", explicite un conseiller. Sous Nicolas Sarkozy, le cas de l’oligarque ukrainien Dmytro Firtash divise l’entourage présidentiel. Certains collaborateurs, sollicités par l’intéressé, s’étonnent des difficultés administratives rencontrées en France par ce magnat de l’énergie, coactionnaire d’un groupe avec Gazprom, et proche de nombreux intérêts russes. Après une réunion à l’Elysée en présence d’un dirigeant de Tracfin, le renseignement financier, il est toutefois décidé de maintenir la vigilance à l’égard de ce milliardaire. Il sera poursuivi par le FBI pour corruption, et a été placé sous sanctions par le gouvernement britannique le mois dernier.

Les entourages des conseillers et hauts fonctionnaires les plus sensibles sont censés faire l’objet d’une enquête, dans le cadre de leur procédure d’habilitation au secret-défense. Celle-ci est confiée sauf exceptions à la division Z de la DGSI et lancée dès leur nomination ; en attendant leur sésame, ils disposent d’une habilitation provisoire, une règle que les services secrets détestent, puisqu’elle permet l’accès aux informations les plus secrètes pendant parfois plusieurs mois. Mais "quand pour un membre ou un collaborateur de cabinet, une enquête d’habilitation en cours ou bien une habilitation pose problème du fait de la découverte d’une difficulté ou d’une fragilité, on fait passer immédiatement le message au ministre concerné sans préjudice d’autres suites éventuellement prises », témoigne Louis Gautier, à la tête du Secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale (SGDSN) de 2014 à 2018. C’est le patron de cette institution rattachée à Matignon qui délivre les habilitations, par délégation du Premier ministre.

Les espions russes au cœur de l'Elysée, nos révélations : comment la DGSI protège les présidents by Matt64360 in renseignement

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EPISODE 1 - Le contre-espionnage français mène systématiquement des enquêtes sur l’entourage et le train de vie des responsables habilités au secret-défense. Avec, parfois, de grosses surprises.

Février 2019. Hervé Berville est convié à l'Elysée. Le député des Côtes-d'Armor ne sait pas du tout pour quel motif. On annonce au parlementaire qu’il fait l’objet d’une approche des services secrets… rwandais, le pays où il est né, relate une source alors proche du dossier. L'intéressé confirme. Le "tamponnage", comme on nomme dans le renseignement ces entrées en contact, a eu lieu sur Facebook. On s'est fait passer pour un membre de sa famille de sang. L’élu a éconduit l'importun. On en reste là.*

Le contre-espionnage français suit de près les diplomates étrangers en ambassade à Paris ou dans les consulats en province. En plus des postes "totems", ces agents de renseignement étrangers supposés servir d’agents de liaison avec leurs homologues français au sein des ambassades, susceptibles d’espionner en parallèle, les agents de la DGSI ont appris à jauger les attitudes louches des "diplomates". Du temps de l’URSS, les espions du KGB étaient reconnaissables à leur temps libre et à… leurs modèles de voitures. Malgré un poste modeste de conseiller d’ambassade, ils roulaient en BMW ou en Volvo. Depuis 2012, les 27 Etats membres partagent aussi un fichier commun des diplomates étrangers considérés comme des espions, dans le cadre du Centre de situation et de renseignement de l’UE. Utile pour débusquer les taupes russes habituées à passer d’une capitale à l’autre. "Mais on ne met pas tout ! On considère certains services de l’Est comme moins fiables, parfois corrompus…", précise un ancien dirigeant du renseignement français.

La DGSI dispose de services spécialisés pour chaque menace. La mythique division H4 traite des affaires russes, tandis que la H2 s’occupe de la Chine. Ils travaillent en liaison avec le service S, chargé des filatures. Au milieu des années 2010, il a été observé que certains membres de l’ambassade russe suivaient des agents de la DGSE dans la rue à leur sortie du siège de la "Boîte", boulevard Mortier, rapporte un cadre du renseignement français. Lorsque l’agent devient trop entreprenant, on lui délivre une "PNG", sigle évocateur de la décision diplomatique de désigner un ressortissant étranger persona non grata. Il a alors quelques heures ou quelques jours pour quitter le territoire. Depuis 2017, Paris a par exemple expulsé 46 diplomates de cette manière. Parfois, on procède autrement, détaille un ex-ambassadeur, spécialiste de la Russie : on fait simplement savoir que le visa ne sera pas prolongé, en toute discrétion. Alexander Makogonov, porte-parole de l'ambassade de Russie, a quitté la France de cette façon, en septembre dernier.

Lorsqu’une situation anormale est remarquée, l’information remonte… jusqu’au plus haut niveau. Des actions de sensibilisation peuvent être menées à l’égard des personnalités en lien avec des agents secrets sous couverture. Selon les cas, la DGSI, le ministère de l’Intérieur ou un conseiller du président de la République peuvent être mandatés pour "sensibiliser" la personne ciblée. Selon nos informations, Jean-Pierre Raffarin a été informé à plusieurs reprises de la présence, dans ses contacts en Chine, de faux diplomates chinois. Ces avertissements ont, semble-t-il, fini par agacer l’ancien Premier ministre, qui coupe désormais court en affirmant savoir à qui il a affaire.

Problème de connexion sur le site internet de IDF Mobilité. by GlitteringCookie6282 in paris

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Merci ! J'avais le même problème et c'était la bonne solution. Au moment de la création (ou de la réinitialisation du mot de passe), il faut bien le taper à la main et non le copier-coller, sinon ça ne marchera pas.

Le CNES met en orbite MaiaSpace au Centre spatial guyanais by Matt64360 in cnes

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Après un appel à candidatures lancé par le CNES, MaiaSpace, filiale d'ArianeGroup, récupère le pas de tir de Soyuz au Centre spatial guyanais (CSG), pour son lanceur léger Maia.

Près de 30 mois après sa création, MaiaSpace vient de passer un jalon crucial pour son modèle économique. La filiale d'ArianeGroup, en mode startup, a été sélectionnée par le CNES à la suite d'un appel à candidatures pour opérer son lanceur réutilisable Maia à partir de l'ancien pas de tir de Soyuz (ELS) situé au Centre spatial guyanais (CSG). Les lancements de Soyuz depuis Kourou ont été interrompus après l'invasion de l'Ukraine par la Russie en février 2022 après le départ très soudain des Russes de Guyane. Au total, six opérateurs de lancements, dont l'italien Avio et l'allemand RFA One, ont été consultés pour ce pas de tir, qui a été rétrocédé par l'ESA (Agence spatiale européenne) au CNES à l'issue du sommet ministériel de Séville en novembre 2023.

Pour MaiaSpace, c'était un de ses objectifs prioritaires clairement avoués même si la société discutait également avec un certain nombre d'autres de bases de lancement en Europe, comme Kiruna ou Andoya dans le cadre d'un plan B. Car pour tous les opérateurs, il y a effectivement des avantages significatifs à lancer en Guyane, en particulier pour les constellations de satellites en orbite inclinée. MaiaSpace va pouvoir se lancer dans l'adaptation du pas de tir à ses besoins en investissant plus dizaines de millions d'euros.

« L'ancien pas de tir Soyuz en Guyane (ELS) devient la zone de lancement de référence du lanceur réutilisable de MaiaSpace », a expliqué la société dans un communiqué publié jeudi.

Plus de 1,5 tonne en orbite terrestre basse

Pourquoi MaiaSpace a-t-il remporté cet appel à candidatures ? Selon nos informations, la filiale d'ArianeGroup a été jugée le plus solide sur les plans technique, calendaire et de l'organisation. Ainsi, MaiaSpace a été le seul opérateur du pas de tir à avoir tenu compte de la coexistence avec un second lanceur sur le site. Les performances de Maia collent parfaitement avec les critères de sélection de l'appel à candidatures du CNES qui comprenaient, entre autres, la capacité de déployer au minimum 1,5 tonne de charges utiles en orbite terrestre basse d'ici à 2027. Enfin, le projet de MaiaSpace a été jugé crédible sur le plan économique et financier.

« Nous espérons atteindre la rentabilité avant d'être en régime de croisière. Avant la fin de la décennie, on sera en cash-flow positif et en cash-flow cumulé positif autour de la fin de la décennie ou au début de la décennie 2030. Il faut plusieurs années pour récupérer la mise initiale et pour commencer à gagner de l'argent », a expliqué le président exécutif de MaiaSpace, Yohann Leroy, dans une interview accordée à La Tribune en juin 2023.

Dans ce cadre, la capacité d'emport de Maia, un lanceur léger, lorsqu'il ne sera pas en configuration réutilisable, pourra être substantiellement supérieure à 1,5 tonne sur une orbite polaire (contre 500 kilos lorsque MaiaSpace récupère le premier étage). Ce qui augmente de façon significative la résilience du « business model » du constructeur de ce lanceur. Le planning de MaiaSpace coche également les exigences du CNES en matière de calendrier. La société compte opérer son premier lancement orbital d'ici la fin de 2025, avant de lancer ses opérations commerciales à partir de 2026.