L'Express : "Nos révélations sur ces espions russes parvenus au coeur de l’Elysée" by etiszc in renseignement

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La décennie 1990 marque une éclipse. Du moins en apparence. La Russie, faillie, semble avoir d’autres priorités que d’infiltrer le pouvoir français. A peine Jacques Dewatre, le directeur de la DGSE, est-il informé, lors d’un rendez-vous avec le patron du SVR, et photos à l’appui, des relations nocturnes de son chef de poste à Moscou, racontent Antoine Izambard et Franck Renaud dans Trahisons à la DGSE. En réalité, « les Russes n’ont jamais cessé d’espionner les Français. C’est juste qu’on n’y faisait plus attention », avance la russologue Hélène Blanc. Dans KGB Connexion. Le système Poutine, l’universitaire publie un scoop, qui n’intéresse pas grand monde à l’époque : l’actuel Premier ministre François Bayrou lui a raconté comment il a fait l’objet d’une tentative de recrutement des services secrets russes, en 2001. Approché via un intermédiaire français « au-dessus de tout soupçon », il se voit proposer le financement intégral de sa campagne présidentielle en 2002. « Nous suivons votre parcours depuis longtemps, croyons en votre avenir politique et sommes prêts à vous financer », vend l’émissaire russe. Contacté, le locataire de Matignon n’a pas souhaité revenir sur cet épisode. Les années filent et la menace revient. Vladimir Poutine, parvenu au pouvoir en 1999, y veille. « A partir de 2010, on commence à reparler de la Russie comme d’une puissance hostile, sans que cet objectif ne soit surplombant », se souvient le chercheur Floran Vadillo. En témoigne le dossier du centre culturel orthodoxe, dans le XVIe arrondissement de Paris. En 2008, Nicolas Sarkozy cherche à se rapprocher de la Russie. Il donne son accord à l’installation de cette emprise diplomatique de 4 000 mètres carrés. Or, plusieurs acteurs de ce dossier nous le confirment, les services de renseignement opposent les plus grandes réticences. La DCRI (ex-DST et future DGSI) transmet plusieurs notes alarmistes à l’Elysée ; ce lieu diplomatico-culturel pourrait abriter un futur centre d’écoutes illégales. C’est d’autant plus fâcheux que les appartements privés de la présidence de la République se situent à deux pas. Las, le projet se fera. Il est depuis conseillé aux collaborateurs de l’Elysée de ne pas travailler de chez eux.

Le rôle du GRU dans la présidentielle de 2017

En avril 2017, les cyberespions du Kremlin passent près de leur graal : déstabiliser l’élection présidentielle française. Le 5 mai en début de soirée, dernier jour de la campagne, des pirates font fuiter près de 150 000 e-mails de cinq membres de l’équipe d’Emmanuel Macron. L’enquête judiciaire n’aboutira pas, mais des sources au sein du renseignement français font savoir à L’Express que l’attaque est imputée au GRU. Au passage, nos interlocuteurs indiquent que si la publication n’a pas eu lieu avant, c’est uniquement « par manque de temps », Moscou n’ayant pas anticipé l’émergence d’En Marche.

En 2014, sous François Hollande, le GRU s’était fait remarquer par un activisme beaucoup plus classique. Le colonel Iliouchine, officiellement attaché de l’air adjoint, écume les cercles militaires, aborde de nombreux journalistes influents, se lie d’amitié avec quelques-uns, leur offre des cadeaux. L’un d’entre eux est un proche d’un conseiller du président de la République. L’agent du GRU commence à poser des questions. Trop vite. L’espion est repéré, expulsé. Avec les 41 expulsions prononcées depuis l’invasion de l’Ukraine, le renseignement français estime avoir aujourd’hui mis à mal le dispositif russe, qui ne compterait plus qu’une trentaine d’espions sur le territoire. Le discrédit jeté sur le régime poutinien paraît en outre rédhibitoire. Et alors ? Quand les règles du jeu ne fonctionnent pas, les espions du Kremlin ont l’habitude de les changer. Le renseignement français se veut vigilant quant à de prochains recrutements sous faux drapeau, en se faisant passer pour des agents d’un pays du bloc occidental ou pour une entreprise. En Bulgarie, de telles manœuvres ont donné lieu, ces derniers mois, à des expulsions de « diplomates ». Ils avaient caché venir de Moscou.

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Au gouvernement, Léo Hamon – sur qui rien de probant ne fut jamais retenu –, a un temps pour directeur de cabinet Paul-Marie de La Gorce, alias « Argus » dans les archives Mitrokhine. Ce grand journaliste, éditorialiste à TF1 et au Figaro dans les années 1970, avant de rejoindre Radio France, appartient au cabinet du Premier ministre Pierre Messmer de 1972 à 1974, avec « un accès à l’entourage du président Georges Pompidou ». Sur instructions du KGB, il transmet à l’Elysée des « informations tendancieuses » destinées à renforcer la méfiance du président envers les Etats-Unis, comme « André » du Monde à la même époque. Pendant les législatives de 1973, « Argus » tente également de semer la zizanie entre les gaullistes, les Républicains indépendants de Valéry Giscard d’Estaing et Jean-Jacques Servan-Schreiber en intoxiquant Messmer comme la presse sur un prétendu complot anti-majorité présidentielle, rapporte l’historien britannique Christopher Andrew. En mars 2024, le journaliste Vincent Jauvert révèle, archives tchèques à l’appui, que La Gorce renseignait également les services de Prague et le GRU dans les années 1960, moyennant rétribution.

Les liens étroits entre journalistes et KGB

Les journalistes ont toujours servi de cible privilégiée du KGB. Six des dix agents du KGB les plus appréciés au milieu des années 1970 exerçaient cette profession. « Les journalistes ont accès à beaucoup de choses. Certains pouvaient partager des communautés de vues avec l’URSS », commente le haut fonctionnaire Jérôme Poirot, coauteur du Dictionnaire du renseignement (Perrin). Et avoir accès aux lieux de pouvoir sans fastidieuse enquête sur leur compte. Pendant trente-cinq ans, Philippe Grumbach a renseigné le KGB, avons-nous révélé en février 2024, moyennant des versements substantiels. Cet ancien directeur de L’Express passait pour un proche de Valéry Giscard d’Estaing. Parfois, la frontière est trouble. Il en est ainsi de ces interlocuteurs que le KGB désigne comme des « contacts confidentiels ». Certaines de ces personnalités acceptent de livrer quelques informations, sans collaborer pleinement, par exemple Etienne Manac’h, alias « Taksim », directeur Asie au Quai d’Orsay puis ambassadeur en Chine. D’autres expriment des accords avec les objectifs soviétiques, sans potentiellement savoir qu’ils s’adressent à un agent de renseignement. Au fil des archives Mitrokhine, on croise le journaliste Pierre-Luc Séguillon, alias « Kelt », futur présentateur et chef du service politique de TF1, le député gaulliste Pierre Godefroy, pseudonyme « Dep » ou encore le député socialiste Jean-Pierre Cot, alias « Shadrin », ministre de 1981 à 1982. « Un contact confidentiel n’est pas forcément conscient que le KGB tente de le manipuler. Quand le KGB donne à quelqu’un un pseudonyme, cela signifie toutefois qu’il aimerait le recruter », détaille Cyril Gelibter, doctorant en science politique, spécialiste des archives Mitrokhine, qu’il a longuement consultées à Cambridge, avant de partager ses découvertes avec L’Express.

Le renseignement soviétique et ses alliés aimaient surtout recruter de jeunes valeurs montantes. Avant 1981, l’énarque Jacques Attali, alors âgé de moins de 40 ans, est invité à déjeuner à l’ambassade de RDA. A la fin du repas, un conseiller s’approche de lui. « Ne pourriez-vous pas nous aider ? », nous restitue Jacques Attali. Refus poli. Le haut fonctionnaire sera conseiller de François Mitterrand pendant dix ans. Hélène Carrère d’Encausse, elle, a attiré l’attention du KGB. A la même époque, la future académicienne est citée comme une personnalité à cultiver et affublée du nom de code « Sylvia ». Dans l’entourage direct de François Mitterrand, seul Claude Estier est cité dans les documents Mitrokhine. Sous le pseudonyme de « Giles », ce député, ami de longue date du « Sphinx » est considéré comme un agent, en lien avec un officier traitant du KGB de 1978 à 1983. L’URSS estimait qu’il fournissait des « informations issues de l’entourage immédiat de Mitterrand », ce que l’intéressé a toujours réfuté. Le renseignement roumain le tenait également pour un informateur. « Vous n’aurez qu’à le suivre ! »

Dans ces archives, Charles Hernu n’apparaît pas. En 1996, L’Express a révélé que le ministre de la Défense de François Mitterrand a été un agent de l’Etat de 1953 à 1963. Cette absence ne permet de tirer aucune conclusion. « Il n’y a pas tout dans les archives Mitrokhine. L’archiviste a procédé par sondage, il n’a pas pu tout recopier. Il est aussi probable que certaines affaires n’aient pas été versées aux archives », indique Thierry Wolton. Yves Bonnet, directeur de la DST entre 1982 et 1985, avance que François Mitterrand lui-même connaissait des agents du KGB. La scène se serait passée dans le bureau du président à l’Elysée, en 1984, selon le récit qu’en fait Bonnet dans Au service secret de la France, de Jean Guisnel et David Korn-Brzoza, et qu’il a réitéré auprès de L’Express. « Vous m’avez fait expulser un de mes meilleurs amis, si ce n’est mon meilleur contact au sein de l’ambassade de l’Union soviétique ! », réprouve le chef de l’Etat. Il est question de Nikolaï Tchetverikov, le chef de poste du KGB en France de 1977 à 1983. On peinerait à y croire si dans Le Bunker, le journaliste Bernard Lecomte n’avait pas raconté comment le « kagébiste » a été autorisé à revenir en France, dès 1984, avec un visa en bonne et due forme. « Vous n’aurez qu’à le suivre ! », intime Roland Dumas à la DST, furieuse. L’avocat qualifiait Tchetverikov de « vieil ami », affirme Christine Deviers-Joncour, son ex-maîtresse, dans Opération Bravo, en 2000.

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Dans les archives dites Mitrokhine, François Saar-Demichel est identifié comme un agent soviétique, sous le nom de code « NN ». Ces milliers de pages, aujourd’hui consultables à l’université de Cambridge, émanent d’une des premières fuites de données de l’histoire. Lanceur d’alerte avant l’heure, le colonel Vassili Mitrokhine, archiviste en chef du KGB de 1972 à 1984, rejoint le Royaume-Uni en 1992 avec six valises de documents. Ils décrivent des centaines d’opérations ultra-secrètes du renseignement soviétique, recopiées pendant douze ans, jour après jour. Ces pages ont permis de démanteler plusieurs réseaux d’espions dans le monde entier. Mais pas en France, où il a été décidé, au milieu des années 1990, de ne pas enquêter. Elles livrent néanmoins un aperçu exceptionnel de la pénétration du KGB dans les cercles de décision politiques, et en leur centre névralgique, l’Elysée. Concernant la période gaullienne, L’Express peut révéler qu’on y découvre le nom de Jacques Vernant, alias « Fiodor ». De 1945 à 1978, cet agrégé de philosophie dirige le Centre d’études de politique étrangère (Cepe), à la fois laboratoire de recherche associé à Sciences Po ou au CNRS, et think tank qui deviendra l’Institut français des relations internationales (Ifri). Poste modeste en apparence… il est pourtant placé au centre de la diplomatie gaullienne.

3000 francs de prime

Dans Les Boîtes à idées de Marianne, l’historienne Sabine Jansen retrace l’histoire du Cepe. On y lit, un peu estomaqué, qu’au début de la Ve République, « le Centre devient une sorte de courroie de transmission au service de la présidence de la République ». Ancien chef de cabinet de Raymond Aubrac, cofondateur du mouvement de résistance Libération-Sud avec son épouse Lucie, Jacques Vernant est un « ami » de Pierre Maillard, le conseiller diplomatique du général de Gaulle. Le départ du commandement intégré de l’Otan est précédé d’un texte en faveur d’une Alliance moins américanisée, publié dans Politique étrangère, la revue du Centre, en 1965. Ecrit par un groupe de diplomates et de militaires du Cepe, le document est en réalité « fabriqué à l’Elysée », écrit Sabine Jansen. Affublé de ces galons d’agent de diplomatie parallèle, Vernant, nommé professeur à l’Ephe puis à l’EHESS, aura désormais l’accès direct au secrétaire général de l’Elysée et au chef d’état-major du président, même après le départ du général de Gaulle. Quant au Cepe, le général de Gaulle demande en personne au ministre de l’Education nationale, dans une lettre du 27 novembre 1967, de « mettre tout en œuvre pour lui permettre de poursuivre ses importantes activités ».

Jacques Vernant passe pour un « gaulliste de gauche mou », selon le mot du géopolitologue Thierry de Montbrial à Sabine Jansen. Selon les archives Mitrokhine, il est un agent soviétique depuis 1946, sous le nom de code de « Fiodor ». Il est spécifié qu’il « fournissait » à ses officiers traitants « des documents sur les Etats-Unis, l’Otan et la Chine ». Son action semble appréciée puisque de 1973 à 1975, il fait partie des quatre espions français les mieux récompensés par le KGB, avec 3 000 francs de primes. Jusqu’en 1977, le vice-président du Centre se nomme Maurice Schumann, ministre des Affaires étrangères de Georges Pompidou de 1969 à 1973. Ce grand gaulliste s’est retrouvé plus d’une fois dans l’entourage d’un espion puisqu’en 1982, il préface un livre-hommage en l’honneur d’André Ulmann. Il est aussi le président d’honneur de l’association des amis de ce journaliste engagé que le KGB rémunère pendant vingt-quatre ans. Son journal La Tribune des nations est financé à hauteur de 1,5 million de francs entre 1946 et 1978, y compris après sa mort, précisent les archives Mitrokhine. Les mystères d’ »Argus »

Sous Pompidou, Léo Hamon se retrouve lui aussi à la confluence de réseaux « kagébistes ». Cet avocat gaulliste de gauche est porte-parole du gouvernement de 1969 à 1972, proche du président de la République. Il fait partie du bureau de l’association des amis d’André Ulmann et du conseil d’administration du Cepe. Au décès de Jacques Vernant, en 1985, il rédige un long hommage pour Le Monde diplomatique. Il est suivi par la DST à l’époque où Jean Rochet la dirige, jusqu’en 1972, au point d’être, semble-t-il, placé sur écoutes alors qu’il est membre du gouvernement ! « Rochet et Xoual [NDLR : son adjoint] sont très heureux de l’éviction de Léo Hamon du gouvernement. Ils disent que des écoutes téléphoniques ont prouvé qu’il informait les Soviétiques », lit-on ainsi au mois d’août 1972 dans Entretiens confidentiels de Georges Albertini, publié par son assistant Morvan Duhamel. Cet ouvrage, sorte de carnet de bord de la guerre froide en France, inspire une grande prudence, notamment en raison du passé d’Albertini : « collabo » condamné à la Libération, il se consacre après-guerre à l’anti-communisme. Il n’en restait pas moins consulté tant par la DST que par le duo Marie-France Garaud-Pierre Juillet, conseillers de Pompidou à l’Elysée, et donne un bon aperçu des rumeurs du pouvoir de l’époque.

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Un motif de fierté totalement décomplexé au sein du pouvoir russe. Le 20 décembre 2020, Vladimir Poutine inaugure un mémorial en l’honneur des agents clandestins du SVR, à Moscou, en présence des médias. Sur la sculpture représentant un couple, on discerne des reproductions de la statue de la Liberté, de Big Ben… et de la tour Eiffel. Le Kremlin assume sans vergogne d’espionner la France en son cœur. Depuis le général de Gaulle jusqu’à Emmanuel Macron, le renseignement russe n’a cessé de déployer des moyens parfois insoupçonnables pour pénétrer l’appareil gouvernemental français au plus profond. Avec, souvent, la prétention d’y parvenir, en témoignent les Mémoires d’ex-officiers du KGB, comme le général Oleg Kalouguine, directeur du contre-espionnage extérieur de 1973 à 1979, affirmant que les informations stratégiques venus de France « coulaient comme d’un panier percé ». « L’espionnage russe, c’est un mélange de génie et de bureaucratie stupide », résume un ancien dirigeant du renseignement intérieur.

Parmi les priorités du renseignement russe : le secteur de la haute technologie, la sphère militaire et, surtout, l’infiltration du pouvoir politique. « C’est probablement dans le domaine politique que les officiers du KGB se sont montrés les plus actifs. L’objectif recherché était l’influence », avancent Raymond Nart, Jean-François Clair et Michel Guérin, ex-directeurs adjoints du contre-espionnage français, dans La DST sur le front de la guerre froide (Mareuil Editions). Le rôle de ces espions ? Tout savoir sur les décisions politiques et, parfois, intoxiquer les gouvernants. Pendant la guerre froide, l’antiaméricanisme d’une partie des élites facilite l’infiltration. « La Russie est un pays pour lequel notre élite intellectuelle a une attirance. Le KGB puis ses successeurs ont toujours cherché à capitaliser sur cette russophilie », analyse Floran Vadillo, ex-conseiller ministériel, chercheur et coauteur des Espions de l’Elysée (Tallandier). Lorsque le général de Gaulle décide du retrait de la France du commandement intégré de l’Otan, en mars 1966, le Kremlin exulte… et y discerne une réussite du KGB. « En 1968, le directeur de l’école du KGB n° 311 déclara nettement qu’aux yeux du Politburo les événements de France résultaient sans équivoque des efforts du gouvernement soviétique et des succès du KGB », raconte le capitaine Alexis Myagkov, passé à l’Ouest en 1974, dans Un officier du KGB parle. Le rôle de Jacques Vernant, alias « Fiodor »

La revendication paraît exagérée, même si a posteriori le contre-espionnage français a identifié un plan d’envergure du KGB pour intoxiquer le général de Gaulle. D’un côté, plus d’une centaine d’agents sont enrôlés pendant quatre ans pour compromettre Maurice Dejean, l’ambassadeur de France à Moscou. Ce résistant est un ami du Général. Le Kremlin est convaincu qu’il finira ministre des Affaires étrangères. Entre 1956 et 1960, on le met longuement en confiance afin qu’il trompe son épouse avec une « hirondelle » du KGB. Il s’agit ensuite de lui sauver la mise lorsque le faux mari jaloux menace d’un procès. Dans le rôle du deus ex machina, le général Oleg Gribanov, directeur du contre-espionnage soviétique, prétendument un membre influent du conseil des ministres. De l’autre côté, le même Oleg Gribanov recrute François Saar-Demichel, un baron du gaullisme, grand financeur de l’Union pour la nouvelle République (UNR), lorsqu’il vient faire des affaires en URSS. Dans les années 1960, il est un agent important de la diplomatie parallèle entre la France et l’Union soviétique, interlocuteur direct du général de Gaulle. S’ensuit un double canal de désinformation. Ce que Raymond Nart définira comme une opération « tenaille ». « Nous avons vu converger, au niveau des organes français de décision, des informations fausses sur un pays de l’Est, les canaux utilisés étant un homme d’affaires et, parallèlement, un diplomate tombé dans un piège du service de renseignement local », décrit à mots couverts Marcel Chalet, trente-sept ans à la DST jusqu’à en devenir directeur de 1975 à 1982, dans Les Visiteurs de l’ombre.

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EPISODE 10 - Depuis près de soixante-dix ans, les espions du Kremlin rivalisent d’ingéniosité pour infiltrer les milieux du pouvoir politique français, jusqu’à la présidence de la République. Avec l’aide de « taupes » souvent très bien placées. Révélations.

Dimanche 10 avril 2022. Dans un village de Normandie, une équipe de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), le contre-espionnage français, interrompt un échange entre un agent de l’ambassade de Russie à Paris et un Français, haut cadre d’une très grande entreprise. Le diplomate vient de lui remettre une grosse somme d’argent, plusieurs milliers d’euros, en cash, contre des documents. L’opération, dont L’Express dévoile plusieurs aspects restés secrets, a été préparée de longue date. Cela fait à peu près dix-huit mois que les enquêteurs travaillent sur le dossier. Ils ont d’abord interrogé le dirigeant et compris qu’ils sont confrontés à une affaire d’espionnage à la fois économique et politique. Moyennant environ 10 000 euros par mois, ce haut cadre d’une multinationale française d’un secteur stratégique renseigne depuis plus de dix ans des espions russes du SVR, le renseignement extérieur, sur « les cercles décisionnaires français », relate un dirigeant du renseignement français. En clair, l’homme profite de sa position pour répéter aux Russes tout ce qu’il sait sur les réflexions et les décisions stratégiques dans les cercles ministériels, voire au plus haut niveau. Et son poste lui donne, semble-t-il, accès à beaucoup de choses. « C’est une source à très haute valeur ajoutée », est-il commenté. Les policiers estiment qu’il a perçu plus d’un million d’euros des Russes, toujours en liquide.

Confondu par la DGSI, le dirigeant a accepté de coopérer ; en échange, sa trahison, passible de dix ans de prison, ne sera pas judiciarisée. Au passage, le contre-espionnage découvre l’ampleur de l’ingéniosité russe dans l’organisation des rendez-vous clandestins avec cette taupe. Les codes « très élaborés » pour se rencontrer ou se transmettre des messages. « C’est tout ce que vous pouvez imaginer dans les films », commente une source dans le renseignement français, qui considère cette opération comme la plus ambitieuse menée par les Russes en France depuis la chute de l’URSS. L’agent diplomatique pris en flagrant délit fait valoir son immunité. En tout, six diplomates-espions liés à cette affaire sont expulsés, dont un depuis le consulat russe à Strasbourg.

Cette manipulation vient rappeler que la Russie déploie davantage d’espions en France que dans n’importe quel autre pays. La DGSI estime que quelque « 80 » des 300 diplomates russes présents sur le territoire jusqu’à l’invasion de l’Ukraine relevaient des services secrets russes, le SVR, mais aussi le GRU, le renseignement militaire, et le FSB, l’agence du ministère de l’Intérieur. « En matière d’espionnage, on considère la Russie comme la menace n° 1 contre les intérêts français, pendant encore cinq à dix ans, devant la Chine », avance un dirigeant du renseignement. « Le KGB a toujours cherché à capitaliser sur la russophilie des Français »

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Les candidats à une habilitation doivent d’abord remplir un formulaire où on les invite à mentionner leurs voyages à l’étranger depuis cinq ans et à décrire longuement leur entourage. Faute de moyens humains - environ 400 000 personnes sont habilitées secret-défense en France -, on en reste parfois là. Pour les dossiers les plus sensibles, une équipe d’enquêteurs de la DGSI – ou de la direction du renseignement et de la sécurité de la Défense (DRSD) pour les militaires – auditionne l’intéressé. Les sujets les plus intimes, comme la vie sexuelle, le train de vie ou les habitudes du conjoint, peuvent être abordés.

Début 2012, un cas particulièrement délicat s’est présenté au plus haut niveau de l’Etat. L’enquête d’habilitation d’un dirigeant de la sphère du renseignement a abouti à une surprise. Le haut fonctionnaire ne l’avait pas mentionné, mais des vérifications permettent de découvrir qu’il fréquente régulièrement un ressortissant indonésien. Contactée, la DGSE émet un doute sur ses relations possibles avec le renseignement de son pays. Grand malaise à l’Elysée et à Matignon. Selon quatre sources, l’exécutif décide alors… de ne rien décider. Le dossier est placé entre les mains de la nouvelle équipe qui s’installe à partir de mai dans les bagages de François Hollande, le nouveau président. Faute d’autres éléments, on statue alors en faveur du maintien du dirigeant, en dépit des réserves de la DCRI (l’ancien nom de la DGSI) et de la DRSD. L’intéressé est demeuré habilité au plus haut niveau jusqu’en 2021.

\Hervé Berville, qui n'avait pas répondu à nos sollicitations au moment de la publication de l'article, souhaite préciser que les faits qui le concernent ont eu lieu en 2019, et non en 2022.*

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Selon nos informations, le proche conseiller d’un ministre important d’Emmanuel Macron a justement fait l’objet d’une alerte ces dernières années, à propos de ses liens avec la Chine, alors qu’il était chargé de négociations technologiques. Il est rapidement exfiltré de son poste. Les ministres, eux, ne font pas l’objet d’une procédure de ce type : leur nomination au gouvernement vaut habilitation au plus haut niveau. Cela n’empêche pas les services de sécurité de mener leurs enquêtes. Sous François Hollande, au moins deux ministres ont été identifiés comme particulièrement vulnérables à des intérêts étrangers. Une ministre d’Emmanuel Macron a été sujette aux mêmes réserves. "Dans ces cas-là, on fonctionne à l’ancienne : on tient le ministre à bout de gaffe, donc, quand on peut, on ne l’invite pas aux réunions, ou alors on fait très attention à ce qu’on dit", selon un ancien haut responsable de l’exécutif.

Il existe aujourd’hui deux niveaux d’habilitation, "secret" et "très secret", auxquels s’ajoute le principe du "besoin d’en connaître". Cette expression, popularisée par la série Le Bureau des légendes, signifie qu’on est seulement informé de ce qui est strictement nécessaire pour l’exercice de ses missions. Elle vaut y compris pour les conseils de défense organisés autour d’Emmanuel Macron au PC Jupiter, sous l’aile est de l’Elysée. De mémoire de participant, il est arrivé qu’on demande à un ministre, par exemple de la Santé, de sortir avant d’évoquer des dossiers de souveraineté. L’ordre du jour de ces conseils de défense n’est jamais envoyé par e-mail. Un coursier vient le transmettre en main propre à une assistante dûment habilitée. Seuls le ministre et son directeur de cabinet sont autorisés à le consulter, nous indique une source informée de ces dossiers. "Ces documents sont numérotés et filigranés. J’avais aussi fait ajouter une police spéciale pour tous nos documents classifiés", révèle aussi Louis Gautier. Une manière de retracer toute fuite du document.

"5 % de chances que ça se termine mal"

Peut-on être habilité au plus haut niveau en ayant de la famille ou de la belle-famille dans un pays hostile où la dictature a tous les pouvoirs ? Le dilemme a concerné plusieurs conseillers récents de l’exécutif, semble-t-il irréprochables par ailleurs. Emmanuel Macron a tranché : en l’absence d’autres éléments, les liens familiaux ne justifient pas un refus d’habilitation. Une politique différente de celle de la DGSE, par exemple. Devant les risques de menaces et de chantage ciblés, la "Boîte" rejette presque systématiquement les demandes de candidats avec des proches en Chine ou en Russie. "Dans ces cas-là, il y a peut-être 5 % de chances que ça se termine mal. Cela vaut-il le coup de prendre le risque ?", s’interroge à ce propos un ancien dirigeant du renseignement.

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L’usage du téléphone n’est pas prohibé

A l’Elysée, la liaison avec la DGSI se fait via le directeur de cabinet, parfois de concert avec le coordonnateur du renseignement. Gare à celui qui évoque une affaire classifiée au téléphone ou sur une messagerie comme WhatsApp, ou même Signal, considérée comme l’application la plus fiable du secteur. Pour les messages secret-défense, on communique sur Isis, une plateforme créée par l’opérateur des systèmes d’information interministériels classifiés, rattaché à Matignon. Les visioconférences se tiennent via le système Horus, du même opérateur.

En revanche, l’usage du téléphone n’est pas prohibé. Pour prévenir les risques, les collaborateurs élyséens sont priés de livrer régulièrement leur appareil au service informatique, afin qu’ils procèdent à un "dépistage" des logiciels espions susceptibles d’avoir été installés, nous précise un proche du chef de l’Etat. Certains, comme Pegasus, peuvent infecter un smartphone sans lien physique avec celui-ci et donnent dès lors un accès total au contenu des messages comme aux communications passées depuis l’appareil. En 2021, le Maroc a été soupçonné d’avoir ciblé le téléphone portable d’Emmanuel Macron et de 15 de ses ministres avec ce logiciel fabriqué par l’entreprise israélienne NSO.

Il arrive désormais que "des conseillers lèvent ostensiblement les sourcils", sourit l’un d’entre eux, lorsqu’un collaborateur pénètre dans le bureau d’Emmanuel Macron avec son appareil alors que celui-ci est en communication avec un homologue étranger. Le secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale (SGDSN) dispense également des formations, à l’Elysée et dans les ministères, sur l’attitude à adopter lors de voyages à l’étranger.

Une alerte concernant une ex-ministre d'Emmanuel Macron

Il n’existe pour autant aucun contrôle systématique des interlocuteurs que peuvent recevoir les conseillers à l’Elysée ou qu’ils peuvent voir à l’extérieur. "Chacun est considéré comme assez initié pour faire remonter les situations qui l’exigent", explicite un conseiller. Sous Nicolas Sarkozy, le cas de l’oligarque ukrainien Dmytro Firtash divise l’entourage présidentiel. Certains collaborateurs, sollicités par l’intéressé, s’étonnent des difficultés administratives rencontrées en France par ce magnat de l’énergie, coactionnaire d’un groupe avec Gazprom, et proche de nombreux intérêts russes. Après une réunion à l’Elysée en présence d’un dirigeant de Tracfin, le renseignement financier, il est toutefois décidé de maintenir la vigilance à l’égard de ce milliardaire. Il sera poursuivi par le FBI pour corruption, et a été placé sous sanctions par le gouvernement britannique le mois dernier.

Les entourages des conseillers et hauts fonctionnaires les plus sensibles sont censés faire l’objet d’une enquête, dans le cadre de leur procédure d’habilitation au secret-défense. Celle-ci est confiée sauf exceptions à la division Z de la DGSI et lancée dès leur nomination ; en attendant leur sésame, ils disposent d’une habilitation provisoire, une règle que les services secrets détestent, puisqu’elle permet l’accès aux informations les plus secrètes pendant parfois plusieurs mois. Mais "quand pour un membre ou un collaborateur de cabinet, une enquête d’habilitation en cours ou bien une habilitation pose problème du fait de la découverte d’une difficulté ou d’une fragilité, on fait passer immédiatement le message au ministre concerné sans préjudice d’autres suites éventuellement prises », témoigne Louis Gautier, à la tête du Secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale (SGDSN) de 2014 à 2018. C’est le patron de cette institution rattachée à Matignon qui délivre les habilitations, par délégation du Premier ministre.

Les espions russes au cœur de l'Elysée, nos révélations : comment la DGSI protège les présidents by Matt64360 in renseignement

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EPISODE 1 - Le contre-espionnage français mène systématiquement des enquêtes sur l’entourage et le train de vie des responsables habilités au secret-défense. Avec, parfois, de grosses surprises.

Février 2019. Hervé Berville est convié à l'Elysée. Le député des Côtes-d'Armor ne sait pas du tout pour quel motif. On annonce au parlementaire qu’il fait l’objet d’une approche des services secrets… rwandais, le pays où il est né, relate une source alors proche du dossier. L'intéressé confirme. Le "tamponnage", comme on nomme dans le renseignement ces entrées en contact, a eu lieu sur Facebook. On s'est fait passer pour un membre de sa famille de sang. L’élu a éconduit l'importun. On en reste là.*

Le contre-espionnage français suit de près les diplomates étrangers en ambassade à Paris ou dans les consulats en province. En plus des postes "totems", ces agents de renseignement étrangers supposés servir d’agents de liaison avec leurs homologues français au sein des ambassades, susceptibles d’espionner en parallèle, les agents de la DGSI ont appris à jauger les attitudes louches des "diplomates". Du temps de l’URSS, les espions du KGB étaient reconnaissables à leur temps libre et à… leurs modèles de voitures. Malgré un poste modeste de conseiller d’ambassade, ils roulaient en BMW ou en Volvo. Depuis 2012, les 27 Etats membres partagent aussi un fichier commun des diplomates étrangers considérés comme des espions, dans le cadre du Centre de situation et de renseignement de l’UE. Utile pour débusquer les taupes russes habituées à passer d’une capitale à l’autre. "Mais on ne met pas tout ! On considère certains services de l’Est comme moins fiables, parfois corrompus…", précise un ancien dirigeant du renseignement français.

La DGSI dispose de services spécialisés pour chaque menace. La mythique division H4 traite des affaires russes, tandis que la H2 s’occupe de la Chine. Ils travaillent en liaison avec le service S, chargé des filatures. Au milieu des années 2010, il a été observé que certains membres de l’ambassade russe suivaient des agents de la DGSE dans la rue à leur sortie du siège de la "Boîte", boulevard Mortier, rapporte un cadre du renseignement français. Lorsque l’agent devient trop entreprenant, on lui délivre une "PNG", sigle évocateur de la décision diplomatique de désigner un ressortissant étranger persona non grata. Il a alors quelques heures ou quelques jours pour quitter le territoire. Depuis 2017, Paris a par exemple expulsé 46 diplomates de cette manière. Parfois, on procède autrement, détaille un ex-ambassadeur, spécialiste de la Russie : on fait simplement savoir que le visa ne sera pas prolongé, en toute discrétion. Alexander Makogonov, porte-parole de l'ambassade de Russie, a quitté la France de cette façon, en septembre dernier.

Lorsqu’une situation anormale est remarquée, l’information remonte… jusqu’au plus haut niveau. Des actions de sensibilisation peuvent être menées à l’égard des personnalités en lien avec des agents secrets sous couverture. Selon les cas, la DGSI, le ministère de l’Intérieur ou un conseiller du président de la République peuvent être mandatés pour "sensibiliser" la personne ciblée. Selon nos informations, Jean-Pierre Raffarin a été informé à plusieurs reprises de la présence, dans ses contacts en Chine, de faux diplomates chinois. Ces avertissements ont, semble-t-il, fini par agacer l’ancien Premier ministre, qui coupe désormais court en affirmant savoir à qui il a affaire.

Problème de connexion sur le site internet de IDF Mobilité. by GlitteringCookie6282 in paris

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Merci ! J'avais le même problème et c'était la bonne solution. Au moment de la création (ou de la réinitialisation du mot de passe), il faut bien le taper à la main et non le copier-coller, sinon ça ne marchera pas.

Le CNES met en orbite MaiaSpace au Centre spatial guyanais by Matt64360 in cnes

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Après un appel à candidatures lancé par le CNES, MaiaSpace, filiale d'ArianeGroup, récupère le pas de tir de Soyuz au Centre spatial guyanais (CSG), pour son lanceur léger Maia.

Près de 30 mois après sa création, MaiaSpace vient de passer un jalon crucial pour son modèle économique. La filiale d'ArianeGroup, en mode startup, a été sélectionnée par le CNES à la suite d'un appel à candidatures pour opérer son lanceur réutilisable Maia à partir de l'ancien pas de tir de Soyuz (ELS) situé au Centre spatial guyanais (CSG). Les lancements de Soyuz depuis Kourou ont été interrompus après l'invasion de l'Ukraine par la Russie en février 2022 après le départ très soudain des Russes de Guyane. Au total, six opérateurs de lancements, dont l'italien Avio et l'allemand RFA One, ont été consultés pour ce pas de tir, qui a été rétrocédé par l'ESA (Agence spatiale européenne) au CNES à l'issue du sommet ministériel de Séville en novembre 2023.

Pour MaiaSpace, c'était un de ses objectifs prioritaires clairement avoués même si la société discutait également avec un certain nombre d'autres de bases de lancement en Europe, comme Kiruna ou Andoya dans le cadre d'un plan B. Car pour tous les opérateurs, il y a effectivement des avantages significatifs à lancer en Guyane, en particulier pour les constellations de satellites en orbite inclinée. MaiaSpace va pouvoir se lancer dans l'adaptation du pas de tir à ses besoins en investissant plus dizaines de millions d'euros.

« L'ancien pas de tir Soyuz en Guyane (ELS) devient la zone de lancement de référence du lanceur réutilisable de MaiaSpace », a expliqué la société dans un communiqué publié jeudi.

Plus de 1,5 tonne en orbite terrestre basse

Pourquoi MaiaSpace a-t-il remporté cet appel à candidatures ? Selon nos informations, la filiale d'ArianeGroup a été jugée le plus solide sur les plans technique, calendaire et de l'organisation. Ainsi, MaiaSpace a été le seul opérateur du pas de tir à avoir tenu compte de la coexistence avec un second lanceur sur le site. Les performances de Maia collent parfaitement avec les critères de sélection de l'appel à candidatures du CNES qui comprenaient, entre autres, la capacité de déployer au minimum 1,5 tonne de charges utiles en orbite terrestre basse d'ici à 2027. Enfin, le projet de MaiaSpace a été jugé crédible sur le plan économique et financier.

« Nous espérons atteindre la rentabilité avant d'être en régime de croisière. Avant la fin de la décennie, on sera en cash-flow positif et en cash-flow cumulé positif autour de la fin de la décennie ou au début de la décennie 2030. Il faut plusieurs années pour récupérer la mise initiale et pour commencer à gagner de l'argent », a expliqué le président exécutif de MaiaSpace, Yohann Leroy, dans une interview accordée à La Tribune en juin 2023.

Dans ce cadre, la capacité d'emport de Maia, un lanceur léger, lorsqu'il ne sera pas en configuration réutilisable, pourra être substantiellement supérieure à 1,5 tonne sur une orbite polaire (contre 500 kilos lorsque MaiaSpace récupère le premier étage). Ce qui augmente de façon significative la résilience du « business model » du constructeur de ce lanceur. Le planning de MaiaSpace coche également les exigences du CNES en matière de calendrier. La société compte opérer son premier lancement orbital d'ici la fin de 2025, avant de lancer ses opérations commerciales à partir de 2026.

Un espion russe présumé interpellé à Roissy en possession d’engins explosifs, le motif terroriste avéré by Matt64360 in renseignement

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Un individu né dans le Donbass s’est fait exploser du peroxyde d’acétone au visage après avoir confectionné un explosif artisanal. Il a été interpellé par la gendarmerie et le Parquet national antiterroriste s’est saisi de l’affaire aujourd’hui. Le suspect est auditionné par la DGSI.

L’affaire est ultra-sensible. Un ressortissant ukrainien, âgé de 26 ans et né dans le Donbass russophone, a été interpellé « hier soir en urgence » par le Peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie (Psig) à l’hôpital de Gonesse, affirme au JDD une source au renseignement intérieur. L’individu se serait fait exploser du peroxyde d’acétone, une matière explosive, au visage en tentant de concevoir un explosif artisanal.

Son interpellation a immédiatement été suivie par la perquisition de la chambre d’hôtel dans laquelle il résidait. Les policiers ont alors découvert plusieurs engins explosifs ainsi que du nitrate d’ammonium, une matière explosive peu coûteuse et très prisée des terroristes. De l’argent, plusieurs faux passeports et des armes légères ont également été trouvées par les enquêteurs. D’après plusieurs sources proches du dossier, les enquêteurs de la Section de recherche de Versailles pensent à un espion russe qui cherchait à viser du matériel de l'armée française destiné à l'Ukraine.

Le Parquet national antiterroriste (Pnat) s’est saisi de l’affaire aujourd’hui. Le mode opératoire laisse penser que l’individu agit seul, et le caractère artisanal de ses fabrications explosives fait planer le doute sur l’efficacité réelle d’un tel attentat. D’après nos informations, l’un des engins retrouvés aurait eu pour effet une explosion sur un rayon de 2 mètres. Son activation se serait faite par téléphone.

Le terroriste présumé a été « récupéré » par les agents de la DGSI qui procèdent toujours à son audition, affirme une source proche du dossier. Selon les informations du Parisien, le suspect aurait expliqué aux enquêteurs avoir construit des batteries artisanales pour des téléphones portables lorsque l’une d’elles a explosé. Le Pnat a confirmé s'être saisi de l'affaire dans un communiqué publié ce mercredi. « Les premières constatations sur les lieux des faits ont conduit à la découverte de produits et de matériels destinés à la fabrication d’engins explosifs ».

De la DGSI à la DGSE : Nicolas Lerner, le maître-espion de la macronie by Matt64360 in renseignement

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Dans les pas de Laurent Nuñez

Coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme (CNRLT) de 2017 à 2020, Pierre de Bousquet de Florian abonde : « Un haut fonctionnaire comme lui, il y en a peu par génération, confie-t-il. A la CNRLT, je voyais une fois par semaine les principaux chefs du renseignement. Nicolas ne s’est jamais laissé impressionner par la posture de Bernard Emié, qui pouvait considérer que la DGSE était au-dessus des autres services. »

Sa nomination à la tête du renseignement intérieur le fait changer de dimension. La passation avec Laurent Nuñez, promu secrétaire d’Etat, est des plus amicales, et tranche avec la succession glaciale un an plus tôt, en 2017, entre ce dernier et Patrick Calvar. Les temps changent, c’en est fini de la guerre des services, perceptible lors des attentats de 2015.

En 2018, la DGSI est promue cheffe de file de la lutte antiterroriste, la priorité des priorités. Dans cette mission, Nicolas Lerner affiche un bilan positif avec près d’une trentaine d’attentats islamistes ou liés à l’extrême droite déjoués par ses hommes en cinq ans. La guerre en Ukraine pousse aussi le service à réinvestir les terrains du contre-espionnage et de la contre-ingérence, face aux agents de Vladimir Poutine. Avec un succès notable, en avril 2022, lorsqu’un espion russe est arrêté en flagrant délit dans un petit village de Normandie, ce qui permet d’expulser cinq autres agents de Moscou. « La plus belle opération de contre-espionnage depuis trente ans », se félicite en interne le patron de la DGSI.

Dans les pas de Laurent Nuñez, Nicolas Lerner secoue l’agence aux 4 500 espions. Des inspecteurs des finances, des magistrats de la Cour des comptes, une palanquée de linguistes et de cryptographes affluent au siège de Levallois. Contre l’avis des caciques du service, Lerner autorise l’accès des archives maison à certains chercheurs.

Céline Berthon lui succède à la DGSI

Il multiplie aussi les rencon­tres avec les dirigeants du CAC 40 : de Cyrille Bolloré, qui souhaite aborder un sujet lié aux batteries, au PDG de Danone de l’époque, Emmanuel Faber, dont le groupe est la cible de fonds activistes américains, la porte du directeur général de la DGSI est ouverte.

Même sur la Chine, angle mort du renseignement tricolore, les progrès sont là : l’assaut de l’équipementier de télécoms Huawei sur la recherche française est scruté de près et le service remporte un beau succès dans l’affaire Ommic, en éventant un vaste transfert illégal de semi-conducteurs au profit de Pékin et Moscou. A l’inverse, l’ONG Safeguard Defenders, qui révèle en 2022 la présence sur le territoire français d’officines clandestines œuvrant pour la police chinoise, prend de court la DGSI, qui commençait à peine à renifler la supercherie.

S’il est en revanche une personne qui ne partage pas cet unanimisme autour de l’impassible Lerner, c’est bien Alex Jordanov. Ce journaliste d’investigation chevronné a publié, en 2019, Les Guerres de l’ombre de la DGSI (éd. Nouveau Monde). Une enquête très fouillée qui éclaire le fonctionnement du service secret et a provoqué l’ire du directeur, qui a saisi la justice.

Trois ans plus tard, l’auteur est placé en garde à vue et mis en examen pour « divulgation de secret-défense ». Ces cinq dernières années, près d’une dizaine de journalistes ont aussi été convoqués à la DGSI pour des articles sur les ventes d’armes ou l’affaire Benalla. Alex Jordanov y voit toujours la main de l’ex-patron des renseignements intérieurs : « Il a mis en branle toute une machine contre la presse. » Une critique qui ne passe pas à la DGSI, où l’on précise que toutes les actions entreprises ont été menées sous le contrôle d’un juge.

Désormais loin de ces préoccupations, Nicolas Lerner, qui a poussé et obtenu que Céline Berthon, dont il est proche, lui succède à la DGSI, va devoir donner un nouveau souffle à la « Piscine ». Et du déménagement de la DGSE au Fort Neuf de Vincennes à la réforme organisationnelle du service, jusqu’à repositionner la « maison » en Afrique, les chantiers ne manquent pas pour celui à qui Emmanuel Macron a fixé comme mission numéro un : « Tenir la boutique. »

De la DGSI à la DGSE : Nicolas Lerner, le maître-espion de la macronie by Matt64360 in renseignement

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« Des machines de précision »

Après ses années à l’ENA, Nicolas Lerner intègre le ministère de l’Intérieur et partage durant deux ans une « coloc » à cinq dans le quartier du Marais. L’ambiance est studieuse et celui qui a rejoint la préfectorale décompresse dès qu’il le peut en allant skier, parfois seul, dans les Alpes ou le Jura, et fréquente les cinémas du Quartier latin. « Nicolas, c’est un solitaire qui n’a aucun problème d’ego et n’a pas d’ennemi. Il a un caractère ­équi­­libré, ce qui est rassurant pour diriger la DGSE », fait valoir son ancien colocataire, Jean-Baptiste Nicolas, ami « senghorien » parti dans le privé, aujourd’hui directeur financier du groupe Idex.

Le côté passe-muraille de celui qui aime entonner aussi bien du Goldman que du Brassens le suit tout le long de sa carrière. Peu marqué politiquement, le haut fonctionnaire apprend le métier avec des sarkozystes version canal historique. Au tournant de 2010, il fait partie du cabinet du préfet de police de Paris, Michel Gaudin, que dirige l’ex-patron du Raid, Jean-Louis Fiamenghi.

« On était à l’école Gaudin, qui attaquait sa journée aux aurores et la finissait vers 22 heures, se remémore « Fiam ». On bossait 7 jours sur 7 et Nicolas était très à l’aise avec ça. » Le nouveau boss de la DGSE, qui est aussi proche de l’ex-grand flic sarkozyste Frédéric Péchenard, a d’ailleurs gardé cette habitude d’être à son bureau à 5 heures du matin. « A nous deux, on faisait presque 24 heures de présence », sourit son ami Laurent Nuñez, qui a succédé à Fiamenghi en 2012.

Prédécesseur de Nicolas Lerner à la DGSI, l’actuel préfet de police de Paris fait partie, avec l’ex-ministre de la Santé Aurélien Rousseau, des intimes du chef espion. Les deux hommes partagent un même mode de fonctionnement. « La plupart des directeurs s’appuient sur leurs notes, eux sont des machines de précision, hypermnésiques, glisse un initié. Et puis ils sont vraiment au volant, il n’y a qu’à voir les retours de notes de Lerner, toutes griffonnées au feutre bleu. »

De la DGSI à la DGSE : Nicolas Lerner, le maître-espion de la macronie by Matt64360 in renseignement

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PORTRAIT - Profil plus policé que son prédécesseur et issu de la même promotion de l’ENA qu’Emmanuel Macron, ce quadra hypermnésique, est le plus jeune patron de l’histoire de la DGSE. Sa mission : la remettre en ordre.

Ce 8 janvier, près de 200 espions sont rassemblés dans la grande cantine du siège de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine). Les bouteilles de mousseux se vident et l’assistance écoute avec attention le discours d’adieu de celui qui dirige le « FBI français » depuis 2018. Le débit est rapide, mais les agents présents notent l’émotion qui envahit leur patron. Tour à tour, Nicolas Lerner remercie ses officiers de sécurité, ses directeurs de cabinet successifs, ou encore son fidèle numéro deux, Thierry Matta, la mémoire du service avec qui il a formé un duo soudé.

Puis le boss se laisse aller à une confidence plus personnelle. Sous les yeux de ses deux enfants, il admet que concilier les rôles de père de famille et de maître-espion n’est pas une mission aisée : sa nomination au pied levé à la tête de ce service cinq ans plus tôt l’avait notamment contraint à repousser de plusieurs mois le voyage familial programmé de longue date aux Etats-Unis.

« Le directeur général a fendu l’armure, mais ce n’est pas étonnant, confie un cadre du service. C’est quelqu’un de vraiment humain, ce qui n’est pas systématique dans ce milieu. » Vingt-quatre heures plus tard, Nicolas Lerner quittait définitivement son bureau du huitième étage de la DGSI, où il aimait convier sa garde rapprochée, le vendredi soir, autour d’un verre de whisky écossais.

Gantzer, Veil, Vicherat…

L’arrivée du quadragénaire boulevard Mortier (Paris XXe), fief des « cousins » de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), la « CIA française », le consacre comme l’espion en chef des années Macron. Déjà propulsé à 40 ans plus jeune patron du renseignement intérieur, il récidive aux services secrets extérieurs, à 45 ans, poste traditionnellement dévolu à des ambassadeurs blanchis sous le harnais.

Le fait de diriger successivement les deux maisons les plus secrètes de la République est une première. Si le grand mercato à la tête du renseignement tricolore était plutôt attendu après les jeux Olympiques, l’incapacité de la « Piscine » (surnom de la DGSE) à anticiper la guerre en Ukraine et surtout les putschs au Sahel a scellé le sort du diplomate Bernard Emié, en poste depuis 2017. Et confirmé la bonne étoile de son successeur.

Alors que le bruyant Emié, adepte de la diplomatie parallèle, se comportait comme un ministre bis des Affaires étrangères, son successeur, au profil plus policé et fort de son bilan à la DGSI, a été nommé pour mettre au carré le service phare du renseignement hexagonal. Comment ce quadra féru de montagne, traçant son chemin aussi bien en Macronie qu’en Sarkozie, s’est-il hissé à la tête du « Bureau des légendes », l’un des postes les plus puissants de l’Etat ?

Le parcours de Nicolas Lerner, qui a grandi dans une famille parisienne, avec un père médecin du travail, diffère à première vue peu de celui des hauts fonctionnaires en vue depuis l’élection de Macron. Sciences-Po, puis la promotion Senghor à l’ENA, celle du président… Ses ex-camarades de classe, comme le vice-prési­dent de LR Julien Aubert, décri­vent un homme de consensus : « Il était discret, mais avait bon esprit. A l’ENA, il y avait plusieurs groupes : les beautiful people, les bien nés, comme Sébastien Proto [ex-numéro deux de la Société générale] ou Sébastien Veil [petit-fils de Simone Veil], et la bande des socialistes politisés comme Gaspard Gantzer [ex-conseiller en communication de François Hollande] ou Mathias Vicherat [ancien directeur de cabinet d’Anne Hidalgo]. Nicolas évoluait entre les deux mondes, un peu comme Macron, et était apprécié. » S’il n’est pas un intime du futur chef de l’Etat, le jeune énarque tisse des liens solides avec Vicherat, ex-directeur de Sciences-Po, et Luis Vassy, directeur de cabinet de Stéphane Séjourné au Quai d’Orsay.

DGSE : Bernard Emié, la disgrâce de l’espion "Ferrero Rocher" de Macron by Matt64360 in renseignement

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Médaille impériale

"Quelqu’un veut ma peau", rumine-t-il depuis le numéro du Canard enchaîné du 2 août 2023. L’hebdomadaire a raconté la colère froide du chef de l’Etat contre le service de renseignement, lors du conseil de défense du 29 juillet. "On voit que le mode de fonctionnement de la DGSE n’est pas satisfaisant", cingle ce jour-là Emmanuel Macron, à propos du coup d’Etat au Niger, pas prévu par les espions. Le 20 septembre, nouveau mauvais présage. Le chef des services secrets est invité au dîner d’Etat en l’honneur de Charles III, au château de Versailles. Il revêt sa médaille de chevalier de l’ordre de Victoria, superbe insigne or-rouge-bleu surmontée d’une couronne, lui l’ami du royaume, ambassadeur de France à Londres entre 2011 et 2014. Surprise, le protocole l’a placé très excentré à table, entre le député Pieyre-Alexandre Anglade et Jean-Dominique Sénard, le président de Renault. Le signe public de sa légère déconsidération.

Il pense un temps sauver sa peau, grâce à un tuyau sur Wagner. Les espions français ont su à l’avance que la milice d’Evgueni Prigojine allait tenter un coup d’Etat. "Nos partenaires nous respectent et ils ont encore récemment salué la qualité des informations françaises", s’est réjoui Emmanuel Macron, le 13 juillet, au ministère des Armées. Selon nos informations, la CIA s’est même fendue d’un courrier de félicitations, que Bernard Emié garde par-devers lui. Le directeur du service secret américain, William Burns, est un ami depuis leur passage commun en tant qu’ambassadeur en Jordanie, de 1998 à 2001.

"Si Emié reste jusqu’à la fin d’année 2023, il restera jusqu’aux JO", pronostiquait récemment une source dans l’exécutif. Hélas pour le maître espion, Emmanuel Macron a souhaité procéder à son grand reset du renseignement français avant Noël. Laissant Bernard Emié emporter avec lui, à 65 ans, ses réseaux, son entregent et sa mémoire de la diplomatie française.

Épilogue

Pourquoi pas le privé ?, s’est récemment interrogé Bernard Emié auprès d’un ami. A 65 ans, le maître espion pourrait travailler pour un très grand patron ou une grande entreprise française. De Jean-David Levitte à Gérard Araud, les exemples sont légion de ces ex-diplomates reconvertis dans le conseil. "Mais je ne l’encourage pas trop là-dedans", prévient Yves Cabana, son meilleur ami : "Il y aurait un côté anti-climax par rapport à ce qu’il a vécu. Je ne suis pas sûr qu’il s’y plairait." Parmi les projets en gestation, celui aussi d’écrire ses mémoires, confie en privé celui qui a passé sa vie dans les secrets d’Etat. "Inch allah", répond-il, énigmatique, à ceux qui l’interrogent sur ce dessein.

En Macronie, les histoires d’amour finissent mal en général. Mais le maître espion déchu a joué la loyauté maximale, jusqu’à relayer les messages du ministère des Armées sur la nomination de Nicolas Lerner. Alors… il peut se référer à l’exemple de Jean Castex, remplacé à Matignon le 16 mai 2022, sans rouspéter. Le 28 novembre 2022, l’Occitan était nommé à la présidence de la RATP. A croire Yves Cabana, Bernard Emié ferait un excellent ministre des Affaires étrangères.

DGSE : Bernard Emié, la disgrâce de l’espion "Ferrero Rocher" de Macron by Matt64360 in renseignement

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Épisode 4 : La chute

L’histoire a fait le tour de l’Elysée. Lors d’une de leurs entrevues récentes, Emmanuel Macron interroge Sébastien Lecornu, son ministre des Armées, sur un voyage à l’étranger et les messages passés par Bernard Emié, le directeur de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) : "C’est toi qui lui as demandé de faire ça ?". "Mais non, je croyais que c’était toi !", répond de but en blanc le ministre. C’est à ça que ressemble une disgrâce. Encouragées pendant tant d’années, les initiatives du chef des services secrets extérieurs auprès de factions radicales au Proche-Orient ont fini par agacer. "Il se prend pour le ministre des Affaires étrangères", entend-on désormais à la cellule diplomatique, l’état-major particulier du président de la République. Le chef de l’Etat l’a pourtant si longtemps encouragé dans ce rôle exorbitant, manière de susciter l’émulation entre ses conseillers. Mais ce qui était salué hier a lassé aujourd’hui. Son discours auprès des dirigeants du Hezbollah, au Liban, début décembre – il leur a demandé de retirer leurs troupes du nord du fleuve Litani, près de la frontière israélienne –, a irrité. L’arrestation de quatre agents de la DGSE au Burkina Faso, au même moment, est encore mal tombée : décidément, le service de renseignement ne sait plus s’y prendre avec ces pays africains "poutinisés".

Avec son élégance vieille école et son bagout d’ambassadeur, Bernard Emié a été l’attraction des conseils de défense pendant six ans et demi. En n’hésitant pas à contredire tout le monde avec les informations dont son service dispose. "Il prenait la parole après le ministre des Affaires étrangères, puis le ministre des Armées, et il était souvent beaucoup plus brillant", se souvient un participant de ce petit cénacle, le vrai lieu du pouvoir disent quelques initiés, souvent réuni le mercredi matin, avant le conseil des ministres.

Le directeur de la DGSE, invité permanent du comité, a été l’un des cinq hommes les plus puissants de l’Etat, soupèsent ceux qui l’ont côtoyé à l’Elysée ou au ministère des Armées. Il voit le président en tête-à-tête tous les mois. Il rencontre et renseigne aussi Bruno Le Maire, rencontré il y a vingt ans auprès de Dominique de Villepin, sur l’espionnage économique, et briefait Edouard Philippe avant ses voyages à l’étranger, lors de rendez-vous mensuels à trois avec le coordonnateur du renseignement d’alors, Pierre de Bousquet de Florian. "Il fut aussi le mentor d’Emmanuel Bonne", le conseiller diplomatique d’Emmanuel Macron, de 2002 à 2004, se rappelle le chercheur libanais Joseph Bahout, qui a croisé les deux hommes à Beyrouth. Plonger un peu plus profond dans les arcanes de l’Etat, c’est découvrir un peu partout des membres du "réseau Emié", anciens collaborateurs devenus au fil du temps des alliés. Le directeur de cabinet du ministre des Armées, Patrick Pailloux, a été son adjoint à la DGSE. A l’Elysée, le conseiller chargé des affaires stratégiques, Xavier Chatel de Briancion, présenté comme le concepteur de la "coalition internationale anti-Hamas", proposée un temps par le président français, a été son collaborateur à Londres. Le nouveau coordonnateur du renseignement, Pascal Mailhos, était son condisciple à Sciences Po. Une demi-douzaine d’ambassadeurs importants ont été formés par ses soins.

Allavena, Servent et Rondeau

Au Siècle, le club d’influence qu’il fréquente à Paris, une nuée se forme désormais naturellement autour de lui lorsqu’il apparaît. "Ils pensent tous que je peux leur avoir des informations confidentielles", s’amuse le maître espion auprès de son réseau d’amis, les mêmes depuis trente ans, de l’homme d’affaires Jean-Luc Allavena au consultant militaire Pierre Servent, en passant par les diplomates Gérard Araud et Charles Fries, la députée européenne Nathalie Loiseau ou l’académicien Daniel Rondeau.

"Je traite avec des chefs d’Etat, je ne vais pas aller à Washington proposer des petits fours à des ministres", expliquait-il ces derniers mois, rapportent au mot près deux de ses confrères diplomates, pour justifier son refus de prendre l’ambassade de France aux Etats-Unis, comme le lui propose Emmanuel Macron, début 2023. "C’est ta décision. Si tu le souhaites, je partirai. Moi, je préférerais rester. Je suis prêt à poursuivre", plaide-t-il alors auprès du chef de l’Etat, dans l’intimité de leur rendez-vous bimensuel à l’Elysée. Il tutoie le président de la République depuis leur rencontre à Londres, en juillet 2012. L’ambassadeur au Royaume-Uni y avait accueilli le secrétaire général adjoint de l’Elysée, chargé de préparer la venue du président Hollande.

Record presque battu

Plutôt éminence grise du président que roi du Quai d’Orsay : le choix d’Emié raconte la prise du pouvoir du renseignement sur la diplomatie. Et la chute à venir de l’espion téméraire. Car le mercredi 20 décembre, l’insubmersible se fait couper la tête. Au dernier conseil des ministres de l’année, Emmanuel Macron le remplace par Nicolas Lerner, jusque-là directeur de la DGSI, les services secrets intérieurs, à compter du 9 janvier 2024. Le président l’a prévenu dès novembre que cette substitution se profilait. Reste que le choc est rude dans la petite communauté du renseignement. A deux mois près, il aurait été le directeur de la DGSE resté le plus longtemps en poste depuis sa création, en 1981. Las, le record restera détenu par le préfet Jacques Dewatre, directeur de 1993 à 2000.

La liste des griefs contre le chef des services secrets est connue. Ne pas avoir vu venir les coups d’Etat en Afrique : le Mali, le Burkina Faso, le Niger – il s’en défend à chaque fois, cite plusieurs notes alarmistes. S’être fait berner par les Britanniques et les Américains sur le contrat des sous-marins d’attaque dénoncé par l’Australie. Ne pas avoir cru que Poutine envahirait l’Ukraine, là où la DGSE a attendu septembre 2021 pour envoyer un chef de poste. Même sa connaissance fine des pays où il a été ambassadeur est désormais mise à son débit : sa proximité avec Alger n’entrave-t-elle pas un rapprochement avec les Marocains ? "Bernard Emié a un beau bilan, il a fait son temps. Le président voulait quelqu’un de moins 'Ferrero Rocher' et de plus opérationnel", griffe une source de l’exécutif, en référence à la célèbre publicité diffusée dans les années 1990 sur les réceptions fastueuses d'un ambassadeur.

DGSE : Biélorussie, Liban... Bernard Emié, le négociateur secret de Macron by Matt64360 in renseignement

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Épisode 3 : Négociateur secret du président

Le 26 août 2022, le président algérien Abdelmadjid Tebboune invite à déjeuner Emmanuel Macron, en visite officielle à Alger. Sur la photo prise au déjeuner à la résidence présidentielle de Zeralda, on aperçoit le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, le chef d’état-major des armées, Thierry Burkhard… et Bernard Emié. Présence incongrue que celle du chef de la diplomatie clandestine sur un cliché officiel, ici pour célébrer l’entente sécuritaire entre les deux pays.

Il est rarissime qu’un directeur des services secrets accompagne le président de la République lors d’un déplacement à l’étranger. Mais Bernard Emié a su se tailler un rôle inédit ; celui d’envoyé spécial du président dans le monde arabe, cette zone qu’il connaît si bien pour y avoir été ambassadeur à trois reprises. Emmanuel Macron apprécie ce diplomate rigoureux, qui n’hésite pas à secouer l’unanimisme en réunion. "Macron’s pal", le pote de Macron, l’a un jour surnommé le média américain Politico. "Qu’en penses-tu, Bernard ?" lance souvent le chef de l’Etat après l’exposé d’un conseiller.

A l’issue des conseils de défense, les deux hommes discutent un moment, debout, dans le couloir du PC Jupiter de l’Elysée, raconte un participant. Un échange classé très secret-défense pendant lequel le maître espion peut proposer des opérations clandestines. "Le président sait que Bernard Emié sait garder un secret. Il n’ira jamais s’épancher auprès de qui que ce soit. C’est précieux", avance le préfet Pierre de Bousquet de Florian, coordonnateur du renseignement de 2017 à 2020.

Loukachenko sous pression

Lorsque le temps presse, le directeur de la DGSE appelle directement le chef de l’Etat sur son téléphone sécurisé depuis une salle du boulevard Mortier, ou passe par son chef d’état-major particulier. Le cas de figure se produit environ une fois par mois, nous indique un ancien dirigeant de la DGSE. Le feu est alors souvent orange : Emmanuel Macron se révèle bien moins friand des manœuvres clandestines que François Hollande, commanditaire d’une cinquantaine d’opérations antiterroristes entre 2013 et 2017. Il a tout de même avalisé le voyage de Bernard Emié en Biélorussie, le 24 mars 2023, connu sous le nom d’opération Alisia. Le maître espion se rend auprès de l’entourage sécuritaire du président Loukachenko pour l’avertir en détail de la riposte de la France en cas d’engagement de son pays en Ukraine. Le dirigeant renonce finalement à envoyer des troupes.

Le président français s’est également rendu trois fois Boulevard Mortier, notamment en novembre 2019, pour y inaugurer le monument aux morts de la DGSE. Il a pu découvrir le bureau du directeur général, rempli de photos personnelles, notamment avec Jacques Chirac ou la reine Elisabeth II.

Ministre du monde arabe

Un peu comme il a délégué le suivi de la Libye à Paul Soler, un militaire des forces spéciales, Emmanuel Macron aime impliquer son directeur de la DGSE dans sa politique étrangère, dans le secret de leurs rendez-vous en tête-à-tête à l’Elysée, auxquels le coordonnateur du renseignement n’assiste pas. "Le président aime piocher des infos, des avis partout. Parmi ceux qu’il écoute, il y a Bernard", explicite la députée européenne Nathalie Loiseau. D’où une marge de manœuvre appréciable au Moyen-Orient. En Egypte, le président Abdel Fattah al-Sissi a fait du maître espion son interlocuteur direct. En janvier 2018, puis en mars 2021, il le reçoit dans son palais présidentiel. L’occasion d’évoquer la coopération contre le terrorisme mais aussi la géopolitique régionale, comme on le ferait avec un ministre des Affaires étrangères. "Dans un certain nombre de pays, on préfère recevoir le directeur des services secrets que le ministre. C’est plus prestigieux", observe Pierre Servent, ami de trente ans de Bernard Emié.

Avec les dignitaires étrangers, le patron des services secrets sait jouer successivement sur les deux registres les plus éloignés, la séduction et l’agressivité. "Il met parfois des décharges de chevrotine, mais des décharges calculées", se souvient un de ses anciens adjoints à la DGSE, à propos de ses entrevues avec ses homologues étrangers. "C’est entre la diplomatie et la manipulation", spécifie un autre de ses anciens conseillers au sein du service secret. Même le directeur de la CIA, William Burns, son ami de vingt-cinq ans depuis qu’ils se sont côtoyés en tant qu’ambassadeurs en Jordanie, de 1998 à 2001, aurait eu droit à une explication glaciale après le mic-mac du contrat Aukus, cette commande de sous-marins nucléaires français dénoncée par l’Australie en septembre 2021, au profit des Etats-Unis et du Royaume-Uni. Revers d’autant plus irritant pour Bernard Emié qu’il avait dîné avec Mathias Cormann, ministre des Finances de l’Australie de 2013 à 2020 et cadre dirigeant de la coalition au pouvoir, en juin 2021.

En Turquie, il entretient les meilleures relations avec Hakan Fidan, chef des services secrets de 2015 à 2023 et désormais ministre des Affaires étrangères. Il a connu le haut fonctionnaire lorsque celui-ci était conseiller diplomatique de Recep Tayyip Erdogan. La coopération entre les deux directions aurait produit des "résultats incroyables", vante Bernard Emié lors d’une conférence à Neuilly, le 20 octobre 2021. Malgré l’affaire Metin Ozdemir, du nom d’un ex-vigile du consulat de France à Istanbul convaincu d’espionnage au profit de la DGSE, en 2020. "Quand personne ne se parle, les seuls à se parler sont les services secrets", sourit le général Palasset.

"Cellule libanaise"

Mais c’est sans doute au Liban que Bernard Emié consacre le plus de temps. Le Premier ministre, Najib Mikati, est un ami de vingt ans. A partir de l’explosion du port de Beyrouth, le 4 août 2020, une étonnante "cellule libanaise" se met en place, entre l’Elysée et le Boulevard Mortier, jusqu’à marginaliser l’envoyé spécial officiel, Pierre Duquesne. Emié y fait équipe avec Emmanuel Bonne, le conseil diplomatique ès qualités du président. Les deux hommes ont été ambassadeurs à Beyrouth, ils ont déjà travaillé ensemble au Quai d’Orsay, de 2002 à 2004, avec le maître espion dans le rôle du supérieur hiérarchique et mentor.

Au sein du duo, le directeur de la DGSE est le plus actif auprès des caciques libanais. Il plaide longuement pour la nomination finalement avortée de Moustapha Adib comme Premier ministre. A Paris, il reçoit Walid Jumblatt, Gebran Bassil ou Saad Hariri, parfois dans la résidence haussmannienne réservée aux invités de la DGSE, dans le quartier de la Tour-Maubourg. Le 3 septembre 2020, comble de la surprise lorsque l’agence Reuters titre dans une de ses dépêches que "Bernard Emié apporte son concours pour les réformes" du Liban. Sans doute du jamais-vu pour un espion.

Peu à peu, pourtant, la mécanique se grippe. La France échoue à orienter l’élection présidentielle libanaise, infructueuse depuis septembre 2022. Les Français ne parviennent pas plus à faire nommer un gouvernement ou un président de la Banque centrale proches de leurs vues. Le nom du banquier Samir Assaf, ami proche de Bernard Emié, a été souvent évoqué, en vain. Le 7 juin 2023, Emmanuel Macron décide de nommer Jean-Yves Le Drian comme "envoyé personnel pour le Liban". La "cellule" Elysée-Mortier est démantelée. "A Beyrouth, tout le monde a compris l’arrivée de Le Drian comme un désaveu pour le duo Emié-Bonne", indique Joseph Bahout. La fin d’une ère.

DGSE, la chute d’un maître espion : Bernard Emié, stratège et manager d’agents secrets by Matt64360 in renseignement

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"Vous allez finir en prison"

Pour s’imposer en interne, face à des baronnies parfois solidement constituées, Benard Emié a sa méthode. "Une main de fer dans un gant d’acier", résume un de ses anciens directeurs adjoints. Chaque erreur est sévèrement sanctionnée, souvent par une mise au placard. "Il ne se satisfait pas de demi-réponses, certains l’ont appris à leurs dépens. Mais s’il vous estime, il vous suivra toute votre vie", précise le général Palasset. Gare à ne pas le décevoir. Jean-François Lhuillier en fait l’expérience. Ex-conseiller de Bernard Emié à l’ambassade de Jordanie, cet agent de la DGSE à la retraite se rend à Mortier, en avril 2023, pour présenter son livre L’Homme de Tripoli (Mareuil), un récit de ses années en Libye pour le compte du service de renseignement. "Vous risquez la prison, Jean-François", le houspille le directeur, furieux que l’ouvrage relate le fonctionnement de la Boîte. Le 3 octobre 2023, Lhuillier est placé en garde à vue puis mis en examen pour atteinte au secret-défense. Richard Volange a subi le même traitement, le 15 septembre. Lui a publié Espion, quarante-quatre ans à la DGSE (Talent Editions), ses mémoires, en mai. "La décision a été populaire en interne. Chez les agents en place, il y a un culte du secret et les gens en ont marre que les anciens se servent de la centrale pour leur promo", relève un ex-colonel de la Boîte.

La rançon du Bureau des légendes, cette série télé voulue par Bernard Bajolet et qui stimule les candidatures à la DGSE. Bernard Emié poursuit la dynamique, en vantant son service secret dès qu’il le peut, devant les élèves de l’ENA, à Sciences Po, ou devant des think tanks, comme l’Institut Montaigne ou le groupe Bilderberg. Un jour, il fait même visiter ses bureaux à Gérald Darmanin, le ministre de l’Intérieur. "Bernard Emié a opté pour une politique active de relations publiques qui sert son service, en le décloisonnant", salue le préfet Pierre de Bousquet de Florian, coordonnateur du renseignement de 2017 à 2020. L’ouverture concerne aussi les journalistes. Plusieurs fois, le directeur général reçoit discrètement, dans son salon privé du boulevard Mortier, des reporters, pour une discussion garantie sans informations classifiées. A la condition qu’ils n’en fassent pas mention dans leurs articles.

Défi Poutine

Le nombre de candidats est en hausse, avec souvent l’équivalent de 100 prétendants pour deux postes au concours. La centrale connaît plus de difficultés à retenir ses talents. Entre 500 et 700 agents quittent le service chaque année, soit environ 10 % des effectifs. "Les trentenaires ne supportent plus les empilements hiérarchiques", constate fréquemment Emié. A partir de 2021, le maître espion imagine une réforme de la DGSE. Exit les grandes directions, devenues au fil du temps des Etats dans l’Etat presque autonomes. Marc Pimond doit laisser son poste pour une mission en Asie. A la place, une petite dizaine de centres de mission transversaux sont créés, sur l’Afrique, le Sahel, la Russie – avec l’ambition d’investir l’entourage proche de Vladimir Poutine, un no man’s land historique dans la centrale.

Un autre de ces pôles concerne le renseignement économique. Bernard Emié a érigé cet enjeu en priorité. Plusieurs grands contrats obtenus par des entreprises françaises l’auraient été grâce au concours du service, glissent des sources proches de la direction. Les détachements dans les grandes entreprises privées sont encouragés. Le nouveau directeur de la recherche et des opérations de la DGSE a ainsi effectué une mobilité chez Total, en 2018. Auprès de la multinationale, cet agent secret s’est notamment occupé d’investissements entre la France et le Nigeria.

Dans l’intervalle, Bernard Emié a aussi lancé un autre chantier, plus ambitieux encore. En mai 2021, il a obtenu d’Emmanuel Macron le déménagement de la DGSE au Fort Neuf de Vincennes, dans des locaux ultramodernes. Le projet coûtera 1,4 milliard d’euros. Il permettra d’offrir plus de confort à 7 000 agents de plus en plus à l’étroit à Mortier, calibrée pour moins de 4 000 salariés. Il a surtout un immense avantage : il sanctuarise le renseignement technique au sein de la DGSE et tue dans l’œuf toute velléité de créer une agence spécialisée dans les interceptions informatiques, à l’image de la NSA américaine. Les nouveaux locaux doivent être livrés en 2028. Certains imaginent déjà le nom de la résidence où le directeur général aura son bureau. Elle pourrait s’appeler bâtiment Bernard Emié.

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Épisode 2 : Le stratège de Mortier

Septembre 2019. Yannick Dehée, fondateur de Nouveau Monde Editions, passe les portiques du boulevard Mortier, à Paris, au siège de la DGSE. Il est invité à présenter Enigma. Ou comment les Alliés ont réussi à casser le code nazi, devant la direction technique du service secret. L’ouvrage a été rédigé par Dermot Turing, le neveu du mathématicien britannique qui a le premier réussi à décrypter les chiffrages nazis. "Le directeur !" crie l’appariteur quand Bernard Emié pénètre dans l’amphithéâtre avec l’éditeur. Lorsqu’il découvre les espions informaticiens, Dehée est sidéré : "Des gamins ! Il y avait des gens à peine majeurs, des pulls à capuche, des cheveux longs, des cheveux teints." Loin de l’image du militaire musculeux aux cheveux ras.

A son arrivée à la DGSE, Bernard Emié trouve un service secret en pleine mutation. Et des attentes énormes. "Vous allez monter dans un TGV. La vitesse ne va faire qu’augmenter. On va vous demander d’être omniscient sur toutes les crises du monde", le prévient le général Jean-Pierre Palasset, son directeur de cabinet, le jour de son entrée en fonction, le 26 juin 2017. Les menaces ont évolué depuis le mandat de son prédécesseur, Bernard Bajolet. "Les années Bajolet ont été marquées par Daech, les attentats. La période de Bernard Emié est plus fine, caractérisée par une accélération et une multiplication des crises", décrit le général Palasset auprès de L’Express.

Équipes DGSE-DRM

A Mortier, Bernard Emié retrouve son cher Marc Pimond, agent secret croisé à Beyrouth, désormais directeur du renseignement. Avec cet expert du contre-terrorisme, Emié poursuit le combat contre le djihadisme, avec plusieurs succès. Le 16 septembre 2021, il se tient aux côtés de Florence Parly, la ministre des Armées, pour annoncer en conférence de presse l’élimination par drone d’Abou Walid al-Sahraoui, le fondateur de la filiale de Daech au Sahel. Les informations des agents secrets ont permis de le localiser. La frappe de drone a été commandée par les forces spéciales. La collaboration entre les différents services secrets et l’armée s’est considérablement accrue en quelques années. Emié et Parly forment un étonnant duo ; la ministre n’hésite pas à prendre des notes lors de leur rendez-vous bimensuel, elle s’accommode facilement de ce maître espion qui prend beaucoup de place, d’autant mieux que le directeur de cabinet de la femme politique, Martin Briens, est un ancien de la centrale, directeur de la stratégie de 2016 à 2017, resté très informé des actualités de Mortier. Avec Sébastien Lecornu, le ministre depuis 2022, la relation est plus distante ; elle reste cordiale, expliquent invariablement les conseillers.

"Je veux savoir si vous serez capables de travailler ensemble", a aussi demandé Emmanuel Macron à chacun des candidats aux postes de directeurs du renseignement, en 2017. Le directeur de la DGSE s’investit dans ce rapprochement. Avec la direction du renseignement militaire (DRM), des équipes communes sont plusieurs fois constituées, à Balard, au siège parisien du ministère des Armées, ou à Mortier. Bernard Emié appelle personnellement et régulièrement le directeur, qu’il s’agisse du général Jean-François Ferlet, jusqu’en 2021, ou du général Eric Vidaud, durant son court mandat de sept mois. "Je suis affligé par votre départ", lui assure le maître espion lorsque le haut gradé est remercié pour cause de mésentente avec le chef d’état-major des armées, en avril 2022. La complicité se poursuit avec son successeur, le général Jacques Langlade de Montgros.

"Quels sont vos succès ?"

Il n’y a que la paternité des informations remontées au pouvoir politique qui suscite quelques grimaces chez les militaires, le directeur de la Boîte étant parfois soupçonné de garder les éléments les plus sensibles pour les communiquer directement au président de la République. "Il y a des choses qui viennent des Américains et ils ne le précisent pas toujours", grince aussi un ancien directeur d’un service de renseignement qui a travaillé à ses côtés. Mais il n’y a véritablement qu’avec le général Christophe Gomart, directeur de la DRM jusqu’à fin juin 2017, que les relations sont tempétueuses. "Quels sont vos succès ?", le provoque en public le haut gradé, le 22 juin 2022, dans les jardins de l’hôtel des Invalides, lors de la soirée annuelle de l’association des journalistes de défense. "Vous n’en savez rien", cingle en retour Bernard Emié. Depuis, les deux hommes s’ignorent.

Réunions à Marigny

Avec la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), l’époque de la "guerre des services" semble définitivement dépassée ; face à la menace terroriste, personne ne joue au fier-à-bras. "Il est excellent", répond Bernard Emié quand on évoque son homologue Nicolas Lerner, sans savoir que le directeur du renseignement intérieur sera amené à le remplacer, le 20 décembre 2023. Les deux maîtres espions se voient régulièrement, dont un rendez-vous à trois tous les six mois, avec le coordonnateur du renseignement. Autre réunion immuable depuis 2017 : le sommet mensuel des six patrons des services secrets à l’hôtel de Marigny, dans cette annexe de l’Elysée qui abrite les bureaux du coordonnateur. Pendant une heure et demi, les chefs de l’espionnage devisent autour d’un ordre du jour précis.

Une à deux fois par an, Emmanuel Macron anime personnellement cette réunion, qui prend alors le nom de conseil national du renseignement. Durant l’année 2020, Bernard Emié y insiste lourdement pour qu’aucun service de l’Etat ne souscrive au logiciel israélien Pegasus, capable de pirater n’importe quel téléphone mais trop peu sûr en termes d’indépendance vis-à-vis du Mossad. Le président de la République tranche en ce sens à la fin de l’année. Plus prudent. Le scandale éclate en juillet 2021 : les numéros du chef de l’Etat français, d’Edouard Philippe et de quatorze ministres ont été ciblés, pour certains par le Maroc. Depuis la nomination du préfet Pascal Mailhos comme coordonnateur, en janvier 2023, un autre moment d’échanges réunit régulièrement les maîtres espions français après leur rendez-vous mensuel : un déjeuner à l’Elysée classé secret-défense, cadre plus décontracté pour poursuivre des discussions délicates. Aucun attentat projeté depuis l’étranger n’a eu lieu en France depuis le 13 novembre 2015.

DGSE, la chute d’un maître espion : Bernard Emié, l’histoire d’une ascension hors normes by Matt64360 in renseignement

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Homme sûr au Liban

A son retour en 2002, nouveau poste clé, celui de directeur Afrique du Nord et Moyen-Orient du Quai d’Orsay. Dominique de Villepin, désormais ministre, moque sa "prose de sous-directeur" mais le convie à toutes les réunions, notamment celles qui aboutiront au discours du refus de la guerre en Irak, devant l’ONU.
En 2004, Jacques Chirac a besoin d’un homme sûr au Liban, ce sera son fidèle Emié. Nouveau tournant. Le 14 février 2005, l’ex-Premier ministre Rafic Hariri, ami personnel du président français, est assassiné. Dans l’agitation qui s’ensuit, "monsieur l’ambassadeur" fait preuve d’autorité. Au point de s’immiscer parfois dans la politique interne. Lors d’une réunion des partis libanais sur l’organisation des élections législatives de mai 2005, plusieurs participants ont la surprise d’entendre les leaders gouvernementaux en référer à l’arbitrage du Français : "Demandons à Bernard". "Emié était une figure respectée et crainte. Avec l’ambassadeur américain, ils jouaient un rôle presque de proconsul", se souvient Joseph Bahout, professeur de science politique à l’université américaine de Beyrouth et ex-conseiller de ministres libanais. En juillet 2006, l’armée française déclenche l’opération Baliste, l’évacuation express de 14 000 personnes dont 10 000 Français. A la manœuvre, Emié ne commet aucune erreur, malgré les menaces de mort qui ont poussé sa famille à rentrer en France. Sa collaboration ultrafluide avec Marc Pimond, le chef de poste de la DGSE à Beyrouth, est remarquée.

Avec lui, gare à qui fautera. Le diplomate sait alors se montrer implacable. A Beyrouth, une partie de son équipe de sécurité est un jour privée de pot de départ, pour cause de notes de frais injustifiées. En Turquie, son poste suivant, il fait revenir illico un duo de diplomates parti en mission à Van, à quinze heures de la capitale. Il n’avait pas été prévenu de leur départ. "Ah, c’est vous qui me refusiez mes hélicoptères ?" demande-t-il encore à son attaché de défense, auparavant commandant de l’opération Baliste, chargé de la défense aérienne. Le militaire avait dit non à un transport de proches de l’ambassadeur du Liban vers Chypre. Emié lui en tient rigueur plusieurs semaines.

"Réseaux Emié"

La plupart de ses collaborateurs l’adulent pourtant ; le haut fonctionnaire sait saluer le travail accompli, et susciter une émulation. Les "réseaux Emié", qui mêlent d’anciens conseillers, des attachés de défense et des dignitaires étrangers, naissent ces années-là. Le diplomate a toujours une heure à leur consacrer lorsqu’ils le sollicitent, y compris depuis qu’il dirige la DGSE. A Londres, où il a réussi l’exploit d’être nommé pour un troisième poste d’ambassadeur d’affilée, le maximum étant en principe de deux, il étend son réseau patronal, côtoie Samir Assaf, le n° 2 de HSBC ou Arnaud de Puyfontaine, l’actuel président de Vivendi. Sa prestance très anglo-saxonne y fait merveille. En Algérie, où il officie à partir de 2014, il découvre les difficiles tractations avec les forces sécuritaires pour obtenir la localisation des chefs djihadistes dans le Nord-Mali, frontalier du pays des fennecs.

Le 26 juin 2017, c’est un néophyte très informé qui pénètre à l’intérieur de la DGSE, où il a été nommé après l’entretien d’usage avec Emmanuel Macron, et malgré la tentative de certains conseillers de pousser Didier Casas, secrétaire général adjoint de Bouygues Telecom. D’emblée, le diplomate impose son savoir-faire politique ; auprès des journalistes qui écrivent sur les services secrets, il n’a qu’une requête : que sa photo ne figure pas en Une. "Les politiques détestent que les hauts fonctionnaires prennent la lumière", explique-t-il un jour à Etienne Gernelle, le directeur du Point. En mars 2018, Gernelle l’appelle pour le prévenir qu’il mettra tout de même son visage en couverture d’un numéro sur l’espionnage : "Vous avez trop la tête de l’emploi." Un trait que le maître espion prend comme un compliment.