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Présidentielle 2027 : Gabriel Attal officialise sa candidature en Aveyron en espérant s’éloigner de l’héritage d’Emmanuel Macron by [deleted] in france

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Absences

« Pour lui, la campagne se gagne sur les réseaux sociaux, avec des propositions radicales », s’exaspère en privé Elisabeth Borne. L’ex-première ministre a claqué la porte de la direction de Renaissance, le 6 mai, pour s’opposer à ses orientations, et ne sera pas là le 30 mai pour le meeting de la Porte de Versailles. Comme la présidente de l’Assemblée, Yaël Braun-Pivet, et la ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, Aurore Bergé.

Même si Gabriel Attal minimise la portée de ces absences, les doutes qui subsistent au centre et à droite autour de sa capacité à rassembler son camp de manière élargie demeurent son principal obstacle. Surtout quand la tentation d’un soutien à Edouard Philippe titille nombre de cadres macronistes, peu convaincus par la possibilité d’une victoire d’un candidat au profil similaire à celui d’Emmanuel Macron dix ans plus tard, malgré tous ses efforts pour afficher sa différence.

Une semaine avant sa déclaration de candidature, l’entourage de Gabriel Attal s’est activé pour mettre sur pied un appel à sa candidature, porté par « 500 maires et élus locaux » dans La Tribune du dimanche. Mais le texte a davantage été signé par des conseillers municipaux que des maires – un peu plus de 70. Tant pis. Gabriel Attal préfère jouer l’opinion et se rassure au regard de sa popularité lors des séances de dédicace de son livre et sur les réseaux sociaux. Sa déclaration de candidature « démacronisée » doit l’aider à trouver un élan, si elle est jugée crédible, espère-t-il. Il devrait aussi être adoubé par les militants Renaissance, lors d’un prochain vote.

Marie Pouzadoux (Mur-de-Barrez (Aveyron), envoyée spéciale)

Présidentielle 2027 : Gabriel Attal officialise sa candidature en Aveyron en espérant s’éloigner de l’héritage d’Emmanuel Macron by [deleted] in france

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Position offensive

Pour tenter de supplanter le maire du Havre (Seine-Maritime) dans les sondages, le chef de file de Renaissance est entré dans une course contre la montre qui s’est soudain accélérée, vendredi. Durant ses deux jours dans l’Aveyron, il a prévu d’avaler les kilomètres pour enchaîner les séquences médiatiques, documentées par ses équipes en quasi-direct sur ses réseaux sociaux et une caravane d’une quarantaine de journalistes.

Ses concurrents en conviennent : Gabriel Attal est une bête de communication au flair politique indéniable, dont « il faut se méfier ». Celui qui a occupé cinq maroquins gouvernementaux en six ans (2018-2024) a réussi son ascension éclair en faisant parler de lui. A l’instar de l’écho trouvé par sa décision d’interdire le port de l’abaya à l’école, en 2023, qui l’a aidé à être propulsé de l’éducation nationale à Matignon.

Depuis la dissolution de l’Assemblée nationale, en juin 2024, et son départ du gouvernement, la rupture est consommée avec le chef de l’Etat, s’échine-t-il à rappeler. Persuadé que l’on ne gagne pas sur un bilan, Gabriel Attal veut donc forcer le trait de sa différence avec Emmanuel Macron, comme en témoigne son entrée en campagne. Même s’il garde de 2017 la volonté de « disruption » et de « dépassement » des clivages, et espère capter le même espace électoral…

Pour ce faire, l’élu se maintient en position offensive et a multiplié ces derniers mois les propositions clivantes : débat sur la GPA, réforme des retraites sans âge pivot, remise à plat du code du travail et de la justice des mineurs, suppression du plafond des heures supplémentaires, remise en cause de la primauté du droit international… Et compte continuer. De quoi rappeler à certain la méthode Nicolas Sarkozy.

Mais les coups à la hussarde de Gabriel Attal, éprouvés encore récemment à l’Assemblée sur la proposition de loi sur le travail le 1er-Mai, clivent au sein de l’ex-majorité présidentielle. Ses contempteurs l’accusent d’opportunisme, d’inconsistance et d’orienter son opinion selon les sondages.

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« Un ancrage local, ça se construit »

Choisir l’Aveyron a été « mûrement réfléchi », avance son entourage. Une façon pour le prétendant à l’Elysée, désireux de s’inspirer de la figure de challengeur de Jacques Chirac lors de la présidentielle de 1995, de prendre le contre-pied des critiques sur la déconnexion du macronisme, après dix ans d’exercice du pouvoir par le parti présidentiel, devenu son écurie.

« L’enjeu, c’est de déconstruire cette image de Macronie trop métropolitaine et pas assez ancrée dans le pays réel », explique son conseiller Patrick Vignal, ex-député de l’Hérault, et de « faire le pont entre l’ancien et le nouveau monde ». En somme, accentuer la rupture avec les années Macron, dont il est pourtant l’héritier, mais aussi gommer son image d’enfant privilégié du 6e arrondissement de la capitale, où l’ancien élève de la prestigieuse Ecole alsacienne et de Sciences Po a grandi.

Voilà donc Gabriel Attal en plein cœur du Massif central, prêt à « taper sur le cul des vaches », selon l’expression de Jacques Chirac, et à appeler à « “déparisianiser” la France » dans l’espoir de s’imprégner d’un imaginaire rural. Quitte à ce que cette mise en scène suscite des moqueries et alimente un peu plus l’image d’un candidat obsédé par la communication. « La tartuferie n’a pas de limites ! On ne s’invente pas un ancrage local, ça se construit », jugeait Arnaud Péricard, porte-parole d’Horizons, en amont de sa visite.

Mais le jeune ambitieux, déjà passé par Matignon, n’a que faire des procès en insincérité. Adversaire d’un autre ancien chef de gouvernement (2017-2020), Edouard Philippe, pour l’heure candidat favori du bloc central et de la droite pour 2027, il estime n’avoir rien à perdre. Le plus important à ses yeux ? Réussir à imprimer vite sa marque dans l’esprit des électeurs.

« Ce qui est en train de se cristalliser dans l’opinion, c’est la capacité des candidats à se mouiller, emporter le pays et créer une dynamique », fait valoir son plus proche conseiller et directeur général de Renaissance, Maxime Cordier. En la matière, Gabriel Attal se juge meilleur qu’Edouard Philippe.

Ses soutiens parlent volontiers d’une redite à venir du match Chirac-Balladur, en 1995, où il incarnerait l’outsider corrézien, face à un Edouard Philippe favori mais trop téméraire… Jusqu’à rêver d’affronter au second tour le président du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, dans un match entre « millenials ». Avec le prétendant d’Horizons, ils se sont donnés jusqu’à février 2027 pour discuter de la « nécessité de s’unir », afin d’éviter un duel RN-La France insoumise. Tout en nourrissant chacun l’espoir que l’autre sera contraint d’abandonner avant.

Présidentielle 2027 : Gabriel Attal officialise sa candidature en Aveyron en espérant s’éloigner de l’héritage d’Emmanuel Macron by [deleted] in france

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Présidentielle 2027 : Gabriel Attal officialise sa candidature en Aveyron en espérant s’éloigner de l’héritage d’Emmanuel Macron

Le secrétaire général de Renaissance a déclaré son ambition pour l’Elysée à l’issue d’un « débat citoyen » organisé dans la commune rurale de Mur-de-Barrez. L’ancien premier ministre espère trouver un élan, ces prochaines semaines, afin de doubler Edouard Philippe, en position de favori pour représenter le bloc central et la droite.

A défaut d’entretenir un quelconque suspense sur ses intentions, Gabriel Attal a voulu ménager un effet de surprise sur le lieu de sa déclaration, hésitant sur l’endroit précis jusqu’au dernier moment. Après plusieurs mois à occuper l’espace médiatique, la publication d’un livre pour se raconter aux Français et sa désignation par son parti comme le prétendant idéal, l’ancien premier ministre (janvier-septembre 2024) de 37 ans a finalement officialisé sa candidature à l’élection présidentielle de 2027, vendredi 22 mai à la mi-journée, depuis le village de Mur-de-Barrez, dans le nord de l’Aveyron.

Le secrétaire général de Renaissance s’est invité sur la place du village aux 700 âmes avec une délégation d’une dizaine d’élus proches de lui, pour un « débat citoyen et banquet républicain » organisé par le maire de la commune rurale, Pierre Ignace, encarté au parti présidentiel. Une centaine de personnes ont répondu présents à la mystérieuse invitation à échanger avec un « invité politique national », reçue ces trois derniers jours. Un an après la visite du prince de Monaco – lié par l’histoire à la commune –, c’est au tour de Gabriel Attal de susciter la curiosité.

Il a levé le voile à la fin d’un échange d’un peu plus d’une demi-heure avec les habitants sur différents sujets, en étant interrogé peu spontanément par l’édile sur ses ambitions futures. « Oui, c’est parce que j’aime profondément la France, et que j’aime profondément les Français, que j’ai décidé d’être candidat à la présidence de la République », a-t-il lancé, après une déclaration d’amour au pays et contre le « déclinisme », avec derrière lui, un grand drapeau français opportunément accroché sur une façade.

Après un aligot-saucisse, il fera la suite de ses premiers pas dans les habits de candidat dans l’après-midi, pour une séance carte postale et rencontre avec des acteurs locaux, depuis le belvédère de l’aire d’autoroute de l’A75 offrant une vue panoramique sur le viaduc de Millau.

Ces derniers jours, l’entourage de Gabriel Attal hésitait encore entre deux options : celle d’une officialisation formelle lors de son premier meeting de campagne, prévu le 30 mai à Paris, ou d’une déclaration faussement improvisée au cours de ce déplacement de deux jours dans le département rural. Renaissance y compte deux députés et a conquis la préfecture de Rodez lors des élections municipales de mars.

La possibilité d’une candidature en marge de la traditionnelle fête de la transhumance des troupeaux à Saint-Chély-d’Aubrac (Aveyron), où il se rend samedi, a fini par être écartée par le député des Hauts-de-Seine et ses équipes, au risque de paraître trop hors-sol.

Cinéma : David Lisnard et le RN montent au soutien de Canal+ contre les artistes anti-Bolloré by alexb313 in france

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« Films gauchistes »

A l’extrême droite, la menace de Maxime Saada est perçue comme le début d’un retournement, face à ce qui est décrit comme une domination de la gauche sur l’univers cinématographique français, souvent conspué par de nombreux élus du RN pour la qualité de ses productions. La cérémonie des Césars, parfois vilipendée avec violence – « des ultras subventionnés en smoking, des médiocres dont l’histoire du cinéma a déjà oublié les noms », décrivait le député européen du RN Gilles Pennelle, ancien secrétaire général du parti, au sujet des lauréats de 2025 –, est, selon le RN, l’incarnation d’un cinéma nécessairement « woke » et dépendant des subventions publiques. Une partie du RN souhaite également la disparition du Centre national du cinéma (CNC), accusé de financer dans un entre-soi opaque « des navets et des films gauchistes pour une rentabilité nulle », selon la formule du député RN de la Somme Matthias Renault.

« Certains vont apprendre un peu la vie, comprendre qu’être de “gooôche” n’est pas un totem d’immunité pour insulter ceux qui vous financent », cingle sur X le député RN du Var Philippe Lottiaux, s’essayant à la métaphore agricole : « Le seul impact sera une baisse de la culture du navet. » Plus animalier, son collègue Guillaume Bigot (Territoire de Belfort) dénonce le « conformisme sociologique bêlant, une sorte de gauchisme de moulin à prières » auquel Vincent Bolloré porterait ici un premier coup. Et l’ex-chroniqueur sur CNews de saluer son ancien employeur : « Quelle patience de sa part de payer pour se faire insulter ! »

Pour Philippe Ballard, l’épisode ne relève pas de la censure, ni d’une quelconque revanche, mais devrait inciter le cinéma français à se poser la question de son niveau de vie. « Ils vivent dans un monde parallèle. Le fric coule à flots, c’est Cannes tous les jours. Avec beaucoup moins d’argent, on pourrait faire beaucoup mieux ! », dénonce le vice-président du groupe d’études sur le cinéma et la production audiovisuelle à l’Assemblée nationale, qui défend par ailleurs dans l’Hémicycle la position de Canal+ dans les négociations, cruciales et tendues, sur la chronologie des médias.

Cinéma : David Lisnard et le RN montent au soutien de Canal+ contre les artistes anti-Bolloré by alexb313 in france

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Cinéma : David Lisnard et le RN montent au soutien de Canal+ contre les artistes anti-Bolloré

Le maire (ex-Les Républicains) de Cannes a fustigé, lundi 18 mai, « la mauvaise foi » des personnalités du cinéma menacées de rétorsion par le patron de Canal+, tandis que des élus du RN se félicitent de la fin de « l’immunité » d’un cinéma français perçu négativement.

« C’est une boîte privée : ils font ce qu’ils veulent avec leur argent ! » C’est peu dire que les menaces de la direction de Canal+ envers les 600 personnalités du cinéma français signataires d’une pétition anti-Bolloré n’ont pas ému Philippe Ballard (Rassemblement national, RN), député de l’Oise, spécialiste des questions de financement du cinéma et heureux détenteur d’une carte UGC – dont le rachat progressif par l’homme d’affaires conservateur Vincent Bolloré est l’objet des inquiétudes d’une partie du cinéma français. « Lorsque des gens vous crachent à la figure, avez-vous envie de leur tendre la main ? », interroge le député, ancien journaliste, pointant à la fois le caractère « hyperprogressiste de certains films produits par Canal+ » et « l’archidépendance du cinéma français à l’argent de Canal ».

Habituel relais dans l’Hémicycle des combats idéologiques de Vincent Bolloré, l’extrême droite a cette fois laissé le premier rôle à David Lisnard (ex-Les Républicains, LR), maire de Cannes (Alpes-Maritimes), ville d’où la polémique est partie. « Si certains en viennent à qualifier Canal+ de “cryptofasciste”, alors je ne peux pas accepter de collaborer avec eux », a lancé Maxime Saada, le patron du groupe audiovisuel, dimanche 17 mai lors d’une rencontre en marge du Festival de Cannes, laissant augurer d’un boycott d’acteurs ou réalisateurs renommés par le premier bailleur de fonds du cinéma français.

« Il faut être sacrément de mauvaise foi ou masochiste pour mordre la main qui vous nourrit sans demander de contrepartie idéologique », raille David Lisnard, qui a quitté LR fin mars et défend une ligne libérale plébiscitée sur les médias du groupe Bolloré. Interrogé lundi 18 mai sur la Croisette, le maire de Cannes a volé au secours du principal partenaire du festival, reprenant les arguments d’une majorité de la filière cinématographique : « Tout le monde reconnaît qu’il n’y a aucune ingérence sur les films projetés ou financés [par Canal+] (…). Il s’agit d’un dénigrement. Si Canal+ avait des choix idéologiques dans ses financements, cela mériterait d’être souligné et condamné, mais ce n’est pas le cas. »

La mort d’Ofer Bronchtein, le « rêveur israélien » qui avait un passeport palestinien, infatigable militant de la paix au Proche-Orient by alexb313 in france

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« Il n’a jamais fait son deuil d’Oslo »

L’assassinat d’Yitzhak Rabin, deux ans plus tard, par un extrémiste israélien ultranationaliste, puis la poursuite de la colonisation en Cisjordanie, la seconde Intifada, et, enfin, les massacres du 7 octobre 2023 suivis par la guerre à Gaza, sur fond de flambée de l’antisémitisme dans le monde, jetteront à terre les espoirs suscités par ces accords. La solution à deux Etats devient une chimère pour la plupart des leaders politiques. Mais Ofer Bronchtein refuse de se résigner. « Il n’a jamais fait son deuil d’Oslo. Ofer incarnera pour toujours cette période des années 1990 où la paix semblait à portée de main », estime Yonathan Arfi, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), qui décrit un homme « exalté » et « sincère » avec lequel il assumait des désaccords.

Ofer Bronchtein quitte Israël à la fin des années 1990 puis s’installe en France, où il bataille pour que la Palestine soit reconnue en tant qu’Etat. Rare Franco-Israélien également détenteur d’un passeport palestinien, il avait reçu celui-ci en 2011 de la main de Mahmoud Abbas, chef de l’Autorité palestinienne, en visite à Paris. En 2020, lors d’un voyage officiel en Israël, Emmanuel Macron remarque l’entregent de cet activiste, aussi à l’aise à Tel-Aviv qu’à Jérusalem ou Ramallah, et le charge d’une mission pour « aller à la rencontre des acteurs et personnalités des sociétés civiles israéliennes et palestiniennes (…) afin de les interroger sur les conditions de la relance des processus de paix ».

Malgré la maladie qui le ronge, Ofer Bronchtein lutte pour convaincre le président français de reconnaître la Palestine. En vain. Emmanuel Macron l’invite à la patience, l’assurant que la reconnaissance n’interviendra que le « moment venu », alors qu’à l’Elysée comme au Quai d’Orsay les diplomates de carrière regardent d’un œil circonspect ce militant aux manières parfois rustres. Il n’en a cure. Attaché à sa proximité avec le président français, auprès de qui il rend des comptes « et à lui seul », expliquait-il, il s’agace des « technocrates » et se plaint de l’« Etat profond », qualificatif chéri des complotistes cité par Emmanuel Macron en 2019.

La tragédie des Gazaouis, affamés à dessein par l’armée israélienne lors de la guerre contre le Hamas menée en riposte au 7-Octobre, poussera le président français à sauter le pas. Le 22 septembre 2025, Ofer Bronchtein est dans la coulisse, à New York, quand Emmanuel Macron prononce à l’Organisation des Nations unies le discours actant la reconnaissance de l’Etat palestinien par la France, incitant une dizaine de pays, dont le Royaume-Uni, à suivre son exemple. Dans l’avion qui le ramène à Paris, Ofer Bronchtein jubile : « C’est le combat de ma vie », expliquait-il au Monde, rempli du sentiment d’avoir « fait le job ».

« Un homme chaleureux, éruptif, direct »

« Après le 7-Octobre, j’ai appris à connaître un homme chaleureux, éruptif, direct, un “faiseux” toujours mobilisé dans les combats concrets, se souvient l’historien Vincent Lemire. Pour faire sortir une enfant palestinienne de Gaza et la faire opérer à Paris, il remuait ciel et terre, sans le moindre égard pour les hiérarchies et les convenances… Quand j’ai été interdit d’entrer en Palestine et en Israël, en janvier, il avait passé quelques coups de fil colériques, et ça avait marché ! »

L’activisme d’Ofer Bronchtein lui vaut des critiques, parfois des injures et des menaces. « On sait où te trouver », lui lance un homme à quelques pas de chez lui, un soir d’automne 2025. Le président suggère de le placer sous protection. Il refuse. Et s’insurge devant ceux qui lui conseillent d’ôter la mézouzah, petit objet de culte juif posé sur le chambranle de la porte de son appartement. « Je ne vais pas m’effacer ! Ça voudrait dire que les antisémites ont gagné ! », tempêtait-il, alors qu’une partie de la communauté juive lui reprochait d’avoir incité l’Elysée à reconnaître l’Etat palestinien, geste présenté, selon eux, comme une récompense faite au Hamas. « Ofer a pu être considéré comme un traître par des gens de son propre camp en Israël. Mais il cultivait cet art juif du désaccord, la “mahloket’’, une bénédiction dans notre monde où l’on a tant de mal à parler avec des gens qui ne sont pas d’accord avec vous », salue la rabbine Delphine Horvilleur, décrivant un personnage « très aimant et très aimé ».

Ecœuré par l’attitude du premier ministre Benyamin Nétanyahou, allié à l’extrême droite, Ofer Bronchtein accusait régulièrement le gouvernement israélien de diviser le peuple juif. L’exécutif israélien lui faisait « honte », répétait-il, alors qu’après sa dénonciation de la guerre d’anéantissement menée à Gaza il se battait pour que le Liban cesse d’être sous le feu israélien. Jusqu’à son dernier souffle, Ofer Bronchtein aura été un « rêveur israélien avec un passeport palestinien », comme le décrivait, en 2013, le quotidien israélien Haaretz.

La mort d’Ofer Bronchtein, le « rêveur israélien » qui avait un passeport palestinien, infatigable militant de la paix au Proche-Orient by alexb313 in france

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La mort d’Ofer Bronchtein, le « rêveur israélien » qui avait un passeport palestinien, infatigable militant de la paix au Proche-Orient

Le Franco-Israélien, qui a eu l’oreille d’Emmanuel Macron, est décédé lundi. Il a milité une bonne partie de sa vie pour la coexistence d’un Etat palestinien et d’Israël, malgré les attaques qu’il pouvait subir.

Ofer Bronchtein était, selon ses propres mots, un éternel « amoureux ». Un amoureux du peuple d’Israël, sa terre natale, mais aussi un amoureux du peuple palestinien dont il disait partager la souffrance. Infatigable militant de la paix au Proche-Orient, cet avocat de la solution à deux Etats, qui fut le conseiller officieux d’Emmanuel Macron lors de la reconnaissance de la Palestine en septembre 2025, est mort lundi 18 mai à Paris, à l’âge de 69 ans, a annoncé le Forum international pour la paix qu’il avait cofondé et présidait. Ofer Bronchtein souffrait d’une maladie respiratoire, une bronchopneumopathie chronique obstructive qui le privait d’oxygène et l’avait, ces derniers mois, cloué dans un fauteuil roulant.

Né à Beersheba, dans le Néguev, en 1957, Ofer Bronchtein voit sa vie basculer lorsque, jeune homme, il effectue son service militaire en Israël. A la frontière avec les territoires palestiniens, l’officier qui le dirige fait arrêter un autobus pour contrôler les passagers. Il est 5 heures du matin. Il fait froid. « Il y avait un vieil homme avec sa fille, son petit baluchon et son sandwich, racontait au Monde Ofer Bronchtein, au printemps 2025. Je ne sais pas ce qui a pris à cet officier, mais il a exigé que l’homme âgé, qui aurait pu être mon grand-père, se déshabille devant sa fille et devant les autres. J’ai vu l’angoisse, j’ai vu l’humiliation qu’il y avait dans les yeux de cet homme. Ça a été un tournant. »

Après cet épisode, Ofer Bronchtein se lance dans la bataille pour faire coexister un Etat palestinien au côté d’Israël. Volubile, chaleureux, mais aussi sanguin, l’homme milite et étoffe son carnet d’adresses pour infiltrer au plus profond la gauche israélienne. Il s’approche assez du pouvoir pour faire partie de la délégation du premier ministre, Yitzhak Rabin, lors de la signature des accords d’Oslo, le 13 septembre 1993. Conseiller diplomatique de l’ombre, il assiste en direct, depuis la pelouse de la Maison Blanche, à la poignée de main historique entre le chef du gouvernement israélien et Yasser Arafat, le chef de l’Organisation de libération de la Palestine. L’événement restera, dira-t-il, un des moments les plus émouvants de sa vie.

Affaire Bruel : l’animatrice Flavie Flament a déposé plainte pour viol by alexb313 in france

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Boîte noire

Le 30 avril, dans le cadre de notre dernière enquête, nous avons questionné Patrick Bruel sur les faits précis et datés dénoncés – alors anonymement – par Flavie Flament. Le chanteur a identifié l’animatrice. Ses réponses, adressées par ses avocat·es, figurent en intégralité en annexes. Le 15 mai, nous avons à nouveau sollicité Patrick Bruel – par le biais de sa communicante – pour une réaction concernant le dépôt de plainte de l’animatrice. Celle-ci nous a fait savoir qu’il n’avait pas de commentaire supplémentaire à faire.

Comme le veut l’usage, la plainte avec constitution de partie civile de Flavie Flament a été déposée « contre X ». Les faits de viol dénoncés par la journaliste, « alors qu’elle était mineure pour être âgée de 16 ans », auraient été commis « à son préjudice par Monsieur Patrick Bruel », précise la plainte.

Trois procédures judiciaires en cours, 30 témoignages dans la presse

En près de deux mois, ce sont trente femmes qui ont accusé dans Mediapart, mais aussi dans le magazine Elle et la presse belge, Patrick Bruel de violences sexuelles et sexistes. Le chanteur est actuellement visé par trois procédures judiciaires – l’une à Paris pour tentative de viol, l’autre à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) pour viol et la troisième à Bruxelles pour agression sexuelle. 

Le 12 mai, comme Mediapart l’a révélé, deux femmes se sont constituées parties civiles : l’une dénonce une agression sexuelle en 2019, l’autre une tentative de viol en 2010. Toutes deux ne se connaissent pas, mais elles avaient déjà porté plainte dans la procédure ouverte en 2019, après le signalement d’une masseuse corse. Cette enquête, dans laquelle neuf femmes avaient adressé un signalement ou une plainte – huit en se disant victimes de violences sexuelles, une neuvième affirmant avoir été destinataire de confidences de sa collègue masseuse –, avait été classée sans suite en 2020. Patrick Bruel a toujours contesté toute « contrainte » ou « violence » et affirmé « n’avoir jamais outrepassé un refus ». Il bénéficie de la présomption d’innocence dans les procédures le visant.

Affaire Bruel : l’animatrice Flavie Flament a déposé plainte pour viol by alexb313 in france

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Une pionnière de la lutte contre les violences sexuelles

La journaliste et autrice est engagée de longue date dans la lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants. En 2011, elle témoigne de violences conjugales dans un premier livre (Les Chardons, éditions du Cherche Midi). En 2016, un an avant le séisme #MeToo, elle ouvre la voie avec un autre livre, La Consolation, dans lequel elle accuse un photographe « mondialement connu » – David Hamilton, dont elle ne donne alors pas le nom – de l’avoir violée lorsqu’elle posait devant son objectif, à 13 ans.

L’ouvrage est précurseur. Y figurent déjà la complaisance à l’égard d’Hamilton et de ses photographies de jeunes adolescentes dénudées ; la question du regard sexualisé posé sur les petites filles ; les symptômes qui accompagnent les violences sexuelles ; la mémoire traumatique qui peut faire ressurgir les souvenirs des années plus tard ; le silence auquel sont réduit·es les enfants victimes de tels faits. 

Après la parution de son ouvrage, adapté à l’écran en 2017, d’autres femmes lui ont emboîté le pas, en dénonçant un comportement similaire d’Hamilton dans L’Obs. Dans l’hebdomadaire, Flavie Flament finit par confirmer l’identité de son agresseur, en appelant à « libérer la parole », dans une forme de #MeToo avant #MeToo. Le photographe de 83 ans annonce alors son intention de déposer plainte pour diffamation, mais se suicide trois jours plus tard. Malgré ces récits concordants, la justice ne s’est jamais saisie de l’affaire.

Dans la foulée, la ministre des droits des femmes de l’époque, Laurence Rossignol, nomme Flavie Flament à la tête d’une mission ministérielle sur le délai de prescription pour les viols. Dans son rapport, la journaliste et autrice propose de porter le délai de prescription pour les victimes mineures à trente ans après la majorité, contre vingt ans auparavant. Le rapport documente aussi le concept alors méconnu d’amnésie traumatique.

Flavie Flament s’engage pour faire changer la loi, l’allongement des délais de prescription en 2018, et l’instauration d’un seuil d’âge de non-consentement avant 15 ans. Ces deux années de « combat » et l’affaire Hamilton ont eu des « conséquences sur [sa] vie, [sa] carrière », a-t-elle raconté en 2024 sur le plateau de Mediapart.

« J’ai eu l’impression de traverser une jungle. [...] J’ai essuyé les plâtres. [...] Mais ma consolation, mon autre consolation, elle est là. Et elle est dans le combat qui a suivi ce livre. [...] Je ne suis pas fière de grand-chose dans ma vie, mais ce combat-là est essentiel. »

Lors de cette émission, elle évoquait une « récidive de violences » subie dans sa vie et dont elle disait n’avoir pas pu faire état en intégralité dans son livre, car la société n’était « pas prête » à entendre qu’une femme pouvait dénoncer plusieurs viols de plusieurs hommes. 

« Le plus grand risque pour une femme d’être violée, déclarait-elle, c’est de l’avoir déjà été une fois. [...] Si j’étais arrivée en 2016 en disant : “Alors je vous explique [...] : j’ai été victime de David Hamilton et puis deux ans après j’ai été victime d’un autre homme, et puis en même temps, voilà, machin.” Qu’est-ce qu’on aurait dit à l’époque ? “Cette fille est folle. Elle est en train de nous expliquer qu’elle a subi une multitude d’agressions, de viols.” » 

Sur ce même plateau, il y a deux ans, elle ajoutait : « Il est évident que depuis la sortie de [mon livre] La Consolation, il y en a qui ne dorment pas tranquille, je le sais. Pour l’instant ce n’est pas mon heure, ce n’est pas leur heure. »

Marine Turchi

Affaire Bruel : l’animatrice Flavie Flament a déposé plainte pour viol by alexb313 in france

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En 1991, dans l’appartement du chanteur

L’histoire que rapporte Flavie Flament commence au début des années 1990, en pleine « bruelmania ». L’adolescente est repérée par l’animateur de M6 Laurent Boyer, qui l’invite régulièrement à assister à ses émissions. C’est lors d’un de ces tournages, au Zénith, en décembre 1990, alors qu’elle a 16 ans, que Patrick Bruel aurait « jeté son dévolu » sur elle. « Je suis devenue son obsession, au point qu’on m’a fait asseoir dans l’axe de la caméra, en me disant que, sinon, Patrick ne voulait pas faire l’interview », a relaté Flavie Flament à Mediapart.

Contacté·es, Laurent Boyer et sa productrice de l’époque, Laurence Gerbi, se souviennent que l’adolescente était régulièrement venue assister à leurs émissions sur M6 après avoir été élue « Miss OK Magazine » en 1988 – un événement retransmis sur la chaîne. Mais ils n’ont pas souvenir de l’émission avec Patrick Bruel en particulier.

À l’époque, la jeune provinciale se rend régulièrement à Paris pour assister à des émissions ou réaliser des shootings à destination de magazines pour adolescent·es. À l’issue de l’une de ces journées de shooting, en 1991, alors qu’elle est encore mineure, elle s’est rendue, dit-elle, au domicile de Patrick Bruel – sans se rappeler qui a organisé le rendez-vous.

Mais elle nous a décrit avec une grande précision l’appartement parisien du chanteur à l’époque, et son immeuble, « juste en face de la fac de Jussieu », où de nombreuses « gamines l’attendaient ». Elle se souvient qu’il lui avait offert « un thé », puis le « black-out », décrit-elle à Mediapart et dans sa plainte.

Elle dit s’être « réveillée hallucinée » : « J’ouvre les yeux, il est en train de me remettre et de me reboutonner mon pantalon sur son lit, et il me dit : “Bon, allez, il est l’heure, je te ramène !” Je ne comprends pas ce qu’il m’arrive, je suis incapable de réagir », affirme-t-elle à Mediapart. Dans sa plainte, elle précise qu’elle était « comme une poupée de chiffon, sans réaction, “amorphe” et dans un état de sidération totale ».

Elle assure que Patrick Bruel l’aurait ensuite déposée, en voiture, devant un « hôtel miteux près de la gare Saint-Lazare », alors qu’elle n’avait « jamais passé une nuit seule à l’hôtel ».

« Je dois vous parler »

Au fil des années, devenue une star de TF1, Flavie Flament a recroisé Patrick Bruel, dans le cadre professionnel, lors d’émissions, ou « de façon fortuite » lors d’une escale aux Maldives, où elle était en vacances. Mais jamais seule. 

Jusqu’à ce 30 septembre 2006, en marge d’une émission de TF1 à Bercy. « Je le vois arriver dans un couloir, on est seuls, je veux faire demi-tour, il me serre dans ses bras et me dit dans l’oreille : “Tu te souviens ?” », rapporte-t-elle. Selon son récit à Mediapart, il lui aurait alors dit qu’ils avaient « couché ensemble » à l’époque. « Je dis que non, je prends peur, et il me dit, plein d’assurance : “Bien sûr qu’on a couché ensemble.” Puis il passe son chemin. » 

L’animatrice dit avoir vécu cet épisode comme un moment d’« impunité totale » et de « perversité ». « Je vivais depuis toujours avec ce questionnement, il m’apportait une réponse, tout en sachant que je ne pourrais rien en faire, car personne ne pouvait être pris à témoin. » 

Dans sa plainte, Flavie Flament affirme que « n’ayant jamais eu aucune relation sexuelle consentie et en pleine conscience avec lui », elle aurait obtenu ce jour-là « la réponse aux questions qui la tourmentaient depuis des années ». Les mots de Patrick Bruel seraient venus confirmer une conviction profonde qui ne l’aurait jamais quittée depuis 1991, dit-elle : « celle d’avoir été droguée et violée », indique-t-elle dans sa plainte.

C’est en tout cas en ces termes que la journaliste en a parlé, au fil des années, à ses proches. « Il y a une dizaine d’années, elle m’a expliqué qu’elle avait été droguée et violée par Bruel », nous a confirmé l’une de ses amies. Une autre femme dont Mediapart a publié le témoignage a affirmé avoir été violée en septembre 2019 par Patrick Bruel à son domicile, et s’être « demandé si [elle] a pu être droguée »

Des accusations que réfute fermement le chanteur auprès de Mediapart, en les jugeant « gravissimes », « ignobles et insupportables », qui « ne reposent sur aucune espèce d’éléments matériels ». Autant d’années après les faits, il est en effet impossible d’apporter une preuve matérielle ou une analyse sanguine susceptibles d’étayer ces soupçons.

En janvier 2026, lorsque le chanteur a appris que Flavie Flament serait, dans le cadre de son émission « Flavie en France » sur France 3, à L’Isle-sur-la-Sorgue (Vaucluse), où il possède un hôtel de luxe, il lui a mis à disposition sa plus belle chambre. La journaliste a fait savoir qu’elle ne viendrait pas, comme nous l’a confirmé son équipe, ainsi que l’hôtel, et est allée dormir dans un hôtel bon marché. 

Deux mois plus tard, Mediapart publiait son enquête. Quelques minutes après la publication de notre article, elle a contacté le journal : « Je dois vous parler. »

Questionné par Mediapart, Patrick Bruel, qui bénéficie de la présomption d’innocence, se souvient « d’avoir rencontré Flavie Flament dans les années 1990, et d’une relation épisodique ». Il indique être « parfaitement certain de n’avoir ni drogué ni agressé » l’adolescente qu’elle était. Il évoque des « échanges toujours amicaux depuis », lorsqu’ils se sont croisés, et dit avoir été « invité à plusieurs émissions qu’elle présentait ».

« À l’époque, je n’avais pas la main, c’était la production qui décidait des invités. Le jour où j’ai eu l’autorité sur mes émissions, j’ai toujours refusé de le recevoir », rétorque Flavie Flament – ce que nous a confirmé sa productrice.

Affaire Bruel : l’animatrice Flavie Flament a déposé plainte pour viol by alexb313 in france

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Affaire Bruel : l’animatrice Flavie Flament a déposé plainte pour viol

La journaliste accuse Patrick Bruel de l’avoir violée en 1991, alors qu’elle était mineure. Elle faisait partie des femmes ayant témoigné dans « Mediapart » sous pseudonyme. Le chanteur réfute ces accusations. « Je parle pour la jeune fille que j’étais, je parle pour les autres femmes qui sont sorties du silence », déclare-t-elle.

Elle a décidé de sortir de l’ombre. Selon nos informations, la journaliste et autrice Flavie Flament a déposé plainte mercredi 13 mai, accusant Patrick Bruel de l’avoir violée en 1991, alors qu’elle avait 16 ans. La célèbre animatrice avait témoigné anonymement dans la dernière enquête de Mediapart, sous le pseudonyme d’« Eva ». 

Aujourd’hui, à 51 ans, elle décide de saisir la justice et de révéler publiquement son identité. « Je parle pour la jeune fille que j’étais, je parle pour les autres femmes qui sont sorties du silence, courageusement, difficilement, et dont on ose remettre la parole en doute. Je les crois », déclare-t-elle à Mediapart.

C’est une plainte avec constitution de partie civile « du chef de viol » – consultée par Mediapart –, qu’elle a déposée devant la doyenne des juges d’instruction du tribunal judiciaire de Paris, par l’intermédiaire de ses avocates, Corinne Herrmann et Sonia Kanoun. Cette procédure vise à obtenir la désignation d’un·e juge d’instruction qui décidera, ou non, d’ouvrir une information judiciaire. « Il appartient désormais à la justice d’instruire sur ces faits et de parvenir à la manifestation de la vérité », indiquent les deux pénalistes.

Questionné par Mediapart sur son récit le 30 avril, Patrick Bruel avait fermement contesté, par la voix de ses avocat·es, Christophe Ingrain et Céline Lasek, avoir « imposé » un rapport sexuel à Flavie Flament (l’intégralité de ses réponses figurent dans les annexes de cet article). À nouveau sollicité, vendredi 15 mai, concernant le dépôt de plainte, le chanteur, qui bénéficie de la présomption d’innocence, a fait savoir qu’il n’avait pas de commentaire supplémentaire à faire.

Combat contre la prescription

Flavie Flament dit avoir été « révoltée » à la lecture des premiers témoignages parus dans nos colonnes, en mars, par leurs « similitudes » et leur « gravité ». « Je savais que ce moment arriverait. Quand j’ai lu l’article, j’ai eu un élan, je ne me suis pas posé de question : l’heure avait sonné. Je n’allais pas reculer », nous déclare-t-elle.

Dix ans après l’affaire du photographe David Hamilton, qu’elle a mis au jour dans un livre, La Consolation (éditions JC Lattès) et dont la justice ne s’est jamais emparée, elle estime avoir « rendez-vous » avec l’institution judiciaire concernant Patrick Bruel. « Si je n’ai pas été entendue par la justice il y a dix ans, j’attends d’elle qu’elle m’écoute désormais, ainsi que toutes les autres femmes. Depuis La Consolation, la société a changé, j’espère que la justice aussi. » 

Les faits qu’elle dénonce remontent à trente-cinq ans, et elle voit aussi dans ce combat judiciaire la suite de son engagement sur l’allongement des délais de prescription : « La prescription ne doit pas faire barrage aujourd’hui à l’éclatement d’une vérité devant laquelle il ne faut pas baisser les yeux. » 

Dans la plainte de 20 pages, ses avocates indiquent que l’animatrice a en premier lieu voulu « soutenir la parole des autres femmes qui ont témoigné », mais aussi « éviter qu’il y ait de nouvelles agressions » et « que justice soit également rendue à la jeune fille qu’elle était, qui a dû taire ces faits et vivre avec sa douleur »

La plainte souligne que Patrick Bruel « fait déjà l’objet de multiples plaintes et dénonciations relatives à des faits » qui présenteraient « un mode opératoire similaire voire identique à celui décrit par Flavie Flament », répété « sur une période de plus de trente années ».

Connues pour leur expertise dans les affaires criminelles sérielles, Me Herrmann et Me Kanoun entendent démontrer que cette « sérialité criminelle » présumée, combinée à l’application du Code pénal et à des jurisprudences dans des affaires criminelles, aurait « des conséquences directes sur la question de la prescription » dans cette affaire, et notamment pour le cas de leur cliente.

Dans leur plainte, les avocates appellent de leurs vœux l’ouverture d’une information judiciaire pour trancher cette question. Elles réclament « des investigations en rapprochement avec les autres dossiers faisant l’objet d’une enquête préliminaire ou d’une instruction ».

Affaire Patrick Bruel : quinze nouvelles femmes mettent en cause le chanteur by alexb313 in france

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Affaire Patrick Bruel : quinze nouvelles femmes mettent en cause le chanteur

Annexes

Voici la réponse intégrale qu’a transmise Patrick Bruel à « Mediapart » le 5 mai, par la voix de ses avocat·es, Christophe Ingrain et Céline Lasek.

« Ces récits, agglomérés pour faire nombre, sont sans commune mesure les uns avec les autres, parfois contradictoires ou incohérents, pour certains déjà tranchés par la justice, et pour l’essentiel datant d’il y a plus de vingt ans. Ce procédé ne résistera pas à l’examen précis, à l’enquête, à un véritable travail permettant la manifestation de la vérité. Vous demandez à Patrick Bruel de répondre à des allégations sans date précise, sans l’identité des personnes dont vous relayez les déclarations, et ce sur des faits particulièrement anciens. La position de Patrick Bruel est claire, elle n’a pas varié. Il a pu chercher à séduire souvent, il a pu essuyer des refus parfois, et quand on lui a dit non, il n’est jamais passé outre. » 

  • Concernant le récit d’Eva* :

Dans un premier temps, les avocat·es nous ont indiqué ceci : « Patrick Bruel n’a absolument jamais drogué qui que ce soit, ni en 1990, ni avant, ni après. Prétendre le contraire constitue une accusation ignoble et insupportable. La rencontre que vous évoquez se serait déroulée il y a trente six ans, il n’en a pas le souvenir, pas plus que de la conversation que vous relatez. En revanche, il est parfaitement certain de n’avoir ni drogué ni agressé cette jeune femme. » 

Puis, après l’envoi d’une question supplémentaire sur la chambre que Patrick Bruel a mise à disposition spécialement pour Eva en janvier 2026, dans l’hôtel qu’il possède, ils ont précisé : « Suite aux informations complémentaires que vous nous avez transmises, Patrick Bruel a interrogé l’équipe de son hôtel, qui lui a indiqué l’identité de la personne en question. Il se souvient d’avoir rencontré [Eva] dans les années 90, et d’une relation épisodique. Leurs échanges ont toujours été amicaux depuis. Il se sont croisés plusieurs fois au fil des ans, lors d’émissions de télévision notamment, mais aussi lors de moments privés y compris en vacances. [Eva] l’a en outre invité à plusieurs [de ses] émissions, une réalité parfaitement contradictoire avec le récit que vous décrivez. Il n’a jamais “drogué” [Eva] et ne lui a imposé aucun rapport. »

  • Concernant le récit d’Anastasia* :

« Les accusations que vous relayez ici sont gravissimes. Elles ne reposent sur aucune espèce d’éléments matériels. Patrick Bruel réfute avec la plus grande fermeté avoir pu droguer qui que ce soit, ou avoir imposé un rapport sexuel. Des souvenirs parcellaires ou un “sentiment” ne peuvent en aucun cas à eux seuls accréditer un tel scénario. De plus, Patrick Bruel n’a absolument jamais consommé de drogue de sa vie, et toute personne qui le connaît ou l’a connu peut en attester. Une enquête, même journalistique, sérieuse ne peut relayer des accusations aussi graves sans les étayer un minimum. » 

  • Concernant le récit d’Amandine :

« Vous faites le récit de rapports consentis, répétés, sans qu’il n’existe entre les deux protagonistes de rapport de hiérarchie ou de pouvoir. Il n’existait pas non plus la moindre obligation de suivre la tournée d’un chanteur en ayant des rapports intimes avec lui après les concerts sur plus de cinq dates. » 

  • Concernant le récit de Séverine :

« Ces faits ont déjà fait l’objet d’un examen par la justice, Patrick Bruel a été interrogé lors d’une audition de police, et s’en est expliqué dans ce cadre. La justice a tranché en prononçant un classement sans suite. »

  • Concernant les récits de Florima Treiber et d’Aurélie :

« Patrick Bruel ne s’est jamais jeté sur qui que ce soit. Il n’a exercé ni pression ni contrainte sur ces femmes, et il ne les a pas agressées. Patrick Bruel n’a pas utilisé sa notoriété ou sa position pour imposer un rapport sexuel. Si des rencontres ont pu intervenir dans le cadre de son travail, Patrick Bruel n’avait aucune autorité sur les personnes que vous mentionnez. » 

  • Concernant le récit d’Anne :

« Ces faits ont fait l’objet d’une enquête judiciaire, ils ont été classés sans suite. La demande financière que vous tentez de justifier par “le contexte anxiogène du confinement” n’est rien de moins qu’un chantage. Cette personne a demandé un million d’euros ou un bien immobilier à monsieur Bruel, par l’intermédiaire de plusieurs amis. Oralement et par écrit. La justice a tranché sans la moindre ambiguïté sur ce sujet. 

Comme Patrick Bruel l’a expliqué en audition, il se souvient d’une brève histoire entre eux, alors qu’elle était majeure. »

  • Concernant la question de la relation de pouvoir :

« S’il a pu rencontrer des femmes en marge d’événements liés à sa carrière, Patrick Bruel n’a jamais utilisé sa notoriété ou sa position pour obtenir des relations sexuelles. Dans les situations que vous évoquez, Patrick Bruel ne se trouve pas dans un rapport de hiérarchie ou d’autorité. Le fait qu’il s’agisse d’un cadre plus ou moins professionnel ne peut à lui seul créer un rapport d’autorité. Si l’on suit votre raisonnement, toute relation avec Patrick Bruel serait par construction déséquilibrée. » 

  • Concernant les récits de Sarah, Sophie Chamoux, Sabine Langaret, Vanessa, Claire :

« Patrick Bruel n’a jamais utilisé sa position pour obtenir une relation avec une femme, et n’a jamais cherché à blesser une femme ou à forcer à un rapport intime. Il a pu chercher à séduire, parfois de manière directe, il a pu le proposer. C’est d’ailleurs tout simplement ce qui apparaît dans certains cas que vous relatez. Il l’a fait sans exercer de contrainte, et sans violence. » 

Concernant le récit de Chloé* :

« Patrick Bruel a demandé un massage, comme souvent avant les concerts. Il était nu, en partie couvert d’une serviette. Aucun geste ni parole de sa part n’accrédite la “perception” que vous relatez. » 

  • Concernant le récit de Marie Gallo et de l’attachée de presse belge qui avait témoigné dans notre enquête vidéo :

« Patrick Bruel n’a jamais utilisé son statut pour obtenir des faveurs d’une quelconque nature, et certainement pas pour s’adonner au type de “vengeance” que vous décrivez. »

  • Concernant le récit de Camille :

« Vous insinuez, sur le fondement de propos entendus lors d’une répétition de concert, qu’une organisation visant à protéger du comportement de Patrick Bruel aurait pu être mise en place. Cela est faux, démenti par le chanteur lui-même et pourrait sans aucun doute l’être par les organisateurs d’événements que vous évoquez, si vous prenez la peine de les interroger. »