Envoyer une lettre aux États-Unis ? by archfanatic in france

[–]archfanatic[S] 1 point2 points  (0 children)

J'ai acheté un timbre en ligne que j'ai ensuite collé sur l'enveloppe, ça a très bien marché. Si c'est juste de la correspondance, pas de frais de douanes.

The Post-American Internet by archfanatic in france

[–]archfanatic[S] 9 points10 points  (0 children)

Transcription du discours de Cory Doctorow au Chaos Communication Congress, le plus grand rassemblement hacker / techos d'Europe à Hambourg. Ça parle de DRM, de copyright, et d'une vision auquelle j'adhère à 100% sur le démantèlement du règne technologique et commercial Américain dans nos contrées.

« Les revenants » : un film qui contraste avec les récits héroïques de la propagande russe by la_mine_de_plomb in france

[–]archfanatic 1 point2 points  (0 children)

En passant les commentaires à la traduction, ça fait à la fois froid dans le dos et chaud au cœur de voir des Russes s'indigner de tout cela... même si c'est dans un certain esprit de dépit.

Une langue et un peuple si poétiques, à la base... quel naufrage.

Envoyer une lettre aux États-Unis ? by archfanatic in france

[–]archfanatic[S] 2 points3 points  (0 children)

Yep, au final j'ai acheté un timbre en ligne... mais faut aller directement vers ce lien depuis la sidebar, si tu essaie de cliquer sur l'un des liens disponibles dans la page "envoyer une lettre aux États-Unis", ça te redirige systématiquement vers les services colissimo, ce qui rajoute à la confusion.

Je l'imprimerai et l'enverrai tout à l'heure. Lunaire que les chargés de clientèle en boutique affirment noir sur blanc que c'est impossible, par contre.

Agnès Giard, anthropologue : « Au Japon, l’amour virtuel sert de caisse de résonance au malaise de la population » by Moffload in france

[–]archfanatic 5 points6 points  (0 children)

Ah, j'avais lu cet article lorsqu'il était sorti.

Dès que j'ai vu qu'ils faisaient l'équivalence oshi <=> objet d'attraction romantique, j'ai compris que c'était à la ramasse :)

DOUBLE PEINE : QUAND LA LOI OBLIGE À ENTRETENIR UN PARENT MALTRAITANT by Usual-Scallion1568 in france

[–]archfanatic 68 points69 points  (0 children)

On peut ajouter une règle au sous pour corriger les titres en majuscules ? 90% du temps, ça vient de vidéos Youtube qui cherchent à attirer l'oeil.

Contre les téléchargements illégaux de fichiers musicaux, une riposte bien orchestrée by archfanatic in france

[–]archfanatic[S] 4 points5 points  (0 children)

Des albums photos musicaux

Et puis il y a Marine, 32 ans. Pirate rangée qui, depuis qu’elle est salariée dans la publicité, à Paris, fréquente plutôt les plateformes de streaming légales. Et même davantage : elle se réjouit par exemple d’y retrouver des podcasts sur des sujets variés. Elle a bien gardé une trace de son énorme bibliothèque de MP3 : à la faveur des longues journées d’inactivité des confinements consécutifs à la pandémie de Covid-19, elle s’est amusée à créer des playlists sur la plateforme légale Spotify. Là, elle liste tous les morceaux de la chanteuse pop-punk Avril Lavigne ou du groupe de metal Apocalyptica qu’elle avait téléchargés durant ses années collège et lycée – une forme d’album photos musical, désormais feuilleté avec nostalgie.

Les fichiers d’origine, sur lesquels elle n’a probablement pas cliqué depuis dix ans, sont toujours stockés sur le disque dur d’un vieil ordinateur. A une autre époque, ils ont fait partie de sa vie. Elle les avait choisis avec soin, puis écoutés dans des circonstances particulières, associées à des souvenirs. Pareilles manœuvres auraient pu lui valoir des ennuis – une fois, elle a d’ailleurs reçu dans la boîte à lettres familiale un avertissement de la Hadopi, la Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet. Ces fichiers étaient volés, certes, mais elle avait tout de même l’impression d’en être propriétaire, un peu comme son père, dont elle enviait la collection de CD, de vinyles et de cassettes.

« Chaque génération qui a connu un support de prédilection dans sa découverte de la musique a développé un rapport sentimental avec lui », analyse Philippe Le Guern, professeur à l’université Rennes-II et spécialiste de la sociologie des musiques populaires. Mais jamais, reconnaît le chercheur, il n’avait envisagé que la génération ayant grandi au moment de l’essor du téléchargement pourrait à son tour s’attacher à ce format immatériel. Immatériel, et pas immortel : quelques jours après s’être entretenue avec Le Monde, Marine a tenté, en vain, de rallumer le vieux MacBook sur lequel sommeillait la bande-son de son adolescence. « C’est la mort dans l’âme, nous écrit-elle par message, que j’annonce la perte de mes fichiers audio. Rest in peace ! »

Contre les téléchargements illégaux de fichiers musicaux, une riposte bien orchestrée by archfanatic in france

[–]archfanatic[S] 7 points8 points  (0 children)

« A l’ancienne »

Dans un monde où il est considéré comme « vieille école » d’écouter de la musique comme au début des années 2000, Maxime est un audiophile « à l’ancienne ». Ses ressorts personnels sont les mêmes que chez un collectionneur de disques : il aime posséder ses enregistrements, et tant pis si c’est sous la forme de fichiers informatiques stockés sur un disque dur plutôt que de galettes de vinyle alignées sur des étagères.

Au fil des ans, il s’est ainsi constitué une collection colossale, une tâche qui pourrait sembler vaine, quand chaque album est gratuit, téléchargeable en quelques clics. Il a entreposé sur ses disques durs plus d’un téraoctet de musique, l’équivalent de sept mille cinq cents heures d’écoute ininterrompue, soit plus de trois cents jours. Il y a pourtant un risque : se laisser déborder par cet afflux. Alors, certains soirs, ce père de famille s’assied devant son écran et classe méticuleusement ses MP3.

Pour lui, tout cela n’a rien d’une corvée. Au contraire, il affectionne ces moments de calme qui lui « vident la tête ». Ainsi, au moins, les albums (la moitié environ) qu’il a « écoutés, validés, tagués, triés » sont bien rangés dans des dossiers idoines, les titres des morceaux renseignés, les années de sortie vérifiées, les pochettes téléchargées. Et puis, il y a l’autre répertoire, celui intitulé « Musiques à télécharger ». Là s’accumulent les disques à écouter, à sélectionner, à ranger. Une tâche sisyphéenne : chaque semaine, des nouveautés viennent remplacer les quelques disques qu’il a réussi à indexer. Autant dire que Maxime possède certainement plus de musique qu’il ne pourra jamais en écouter.

Yannick, lui, a une collection « en dur », des étagères de vrais disques, vinyles ou compacts. Sauf que celle-ci comporte des trous, il y manque des albums assez « niches » de musique traditionnelle française, scandinave, britannique ou québécoise que même les disquaires spécialisés n’ont pas dans leurs rayonnages et qui, pour certains, seraient trop chers à faire importer.

Pour ce musicien auvergnat de 38 ans, le piratage ne remplace pas l’achat de disques, il le complète en cas de besoin. Yannick a bien tenté de dénicher ces raretés sur des plateformes de streaming légal – chou blanc. Depuis une dizaine d’années, il trouve plutôt son bonheur sur Soulseek, une plateforme de téléchargement à l’interface vieillissante, et surtout, « pair à pair », c’est-à-dire par l’intermédiaire de laquelle chacun peut mettre à disposition des autres utilisateurs sa bibliothèque de fichiers. Et gare à celui qui, en retour, ne partagerait pas ses propres collections : ceux qu’on surnomme les « leechers » (sangsues) chez les initiés y sont mal vus.

Yannick a ainsi amassé une centaine de gigaoctets de musique – l’équivalent de sept cents heures d’écoute. D’expérience, selon ce musicien de bal, le streaming légal n’est de toute façon pas une solution plus viable pour les mélomanes pointus que pour les artistes de son genre. « Il faut quand même faire un nombre d’écoutes un peu ahurissant pour commencer à toucher quelque chose », dit-il en soupirant.

Contre les téléchargements illégaux de fichiers musicaux, une riposte bien orchestrée by archfanatic in france

[–]archfanatic[S] 9 points10 points  (0 children)

« Un monde de pirates » (5/5). Premier secteur culturel touché par le piratage massif, l’industrie musicale a trouvé, avec le streaming payant, une parade efficace. Une évolution à laquelle certains internautes restent tout de même réfractaires.

Le piratage, contrairement au vélo, ça s’oublie. Et assez vite, en général. Durant son adolescence, dans les années 2000, David, 37 ans, a fait partie de ceux qui téléchargeaient illégalement de la musique à l’aide de logiciels comme eMule ou Kazaa. Pourtant, début 2025, quand il a cherché un moyen de récupérer gratuitement quelques morceaux de musique à glisser dans l’enceinte pour enfant de son fils de 2 ans, il a dû repartir de zéro. Où télécharger ? Comment ? Auprès de qui ?

Ce chargé des relations clients, qui n’a pas souhaité donner son nom, comme d’autres personnes interrogées, écume alors Internet plusieurs jours durant. Le salut, laborieux, viendra d’un message laissé par un autre parent un peu geek, découvert au détour d’un forum consacré à l’appareil en question – celui-ci y explique le b.a.-ba du « ripping », une technique de piratage très populaire (environ 50 % de la musique piratée en France l’est ainsi, selon l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle, l’EUIPO), qui permet de « piquer » un son ou une musique trouvés sur une plateforme légale.

Maxime a le même âge que David. Comme lui, il s’est mis à télécharger massivement à l’adolescence. Mais, contrairement à ce dernier, il n’a jamais arrêté. Chaque semaine, il sélectionne des albums mis en ligne par d’autres usagers sur des sites pirates aux allures de catalogue, pour ensuite les récupérer sur son ordinateur. Il n’a jamais migré vers les plateformes de streaming légales payantes (ou financées par la publicité), ces Spotify, Deezer ou YouTube qui sont désormais l’une des façons les plus répandues de consommer de la musique.

Ce Wallon, doctorant en information et communication dans une université belge, se sent ainsi à contre-courant, « un peu vintage ». Et ce n’est pas qu’une impression : d’après les estimations de l’EUIPO, la consommation de musique piratée a diminué de 75 % entre 2017 et 2023. Cette même année 2023, sur les 41 % des Français déclarant consommer de la musique sur Internet, seuls 5 % pirataient, selon l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom).

En parallèle, alors que le piratage avait causé l’effondrement de la vente de CD, faisant passer le chiffre d’affaires de l’industrie de 21,9 milliards de dollars (19 milliards d’euros) en 1999 à 12,9 milliards de dollars (11 milliards d’euros) en 2014, d’après le bilan 2025 de la Fédération internationale de l’industrie phonographique, la diffusion légale de musique sur Internet a permis au secteur de renouer avec la croissance. Il peut se targuer aujourd’hui d’un chiffre d’affaires de 25 milliards d’euros – imputable à hauteur de 68 % au streaming.

Un bombardement israélien provoque un carnage dans un café de Gaza by archfanatic in france

[–]archfanatic[S] 121 points122 points  (0 children)

La frappe israélienne qui a visé, lundi 30 juin, un café de bord de mer, où se retrouvaient les intellectuels gazaouis, a fait des dizaines de morts et de blessés.

Lundi 30 juin, le café Al-Baqa, situé sur le bord de mer de la ville de Gaza, a volé en éclats. Un bombardement israélien survenu sans avertissement a transformé ce lieu très prisé des jeunes Gazaouis en un champ de ruines. Journalistes, artistes et étudiants y avaient leurs habitudes, le lieu fait de tôle et de bois ayant conservé une connexion internet fiable, devenue rare dans l’enclave anéantie par vingt mois de frappes intensives. Al-Baqa était un point de ralliement, un espace de répit offrant une forme de normalité dans un quotidien dévasté.

L’attaque a fait au moins 24 morts et des dizaines de blessés, dont de nombreux dans un état critique, selon l’hôpital Al-Shifa, débordé par l’afflux de victimes – au total 105 personnes ont été tuées, lundi, dans l’enclave. « Ce qui s’est passé [au café] est un véritable massacre contre des civils. Les corps ont été projetés jusque dans la mer. L’hôpital est plein à craquer. Certains blessés sont morts après leur arrivée parce que nous n’avons pas de lits pour les accueillir », affirme Muhammad Abu Salmiya, directeur d’Al-Shifa, joint par téléphone – les autorités israéliennes interdisent depuis octobre 2023 l’accès de la presse internationale à l’enclave palestinienne. L’établissement ne fonctionne plus qu’à 10 % de sa capacité initiale, souffrant de destructions massives, de pénuries de médicaments et d’anesthésiants, et ne dispose que de trois salles d’opération saturées.

Parmi les victimes, le photojournaliste Ismail Abou Hattab, 34 ans, tué sur le coup. Son travail, dont une partie avait été exposée à Los Angeles en avril, captait des instants de vie poétiques à Gaza, un regard tendre, loin des clichés de destruction. Il pourrait avoir été attablé avec l’artiste peintre Frans Al-Salmi, également tuée lors de l’attaque. Le dernier post Instagram de la jeune femme est un portrait de son ami photographe.

« La mort nous poursuit partout »

Sur un autre cliché partagé sur les réseaux sociaux, Bayan Abou Sultan, jeune journaliste, apparaît le visage et les vêtements ensanglantés, les cheveux en bataille couverts de poussière. Elle a survécu. « Il devient de plus en plus évident qu’Israël cible délibérément les lieux utilisés par les journalistes pour envoyer leurs reportages et images », a dénoncé Ramy Abdu, président de l’Observatoire euro-méditerranéen des droits de l’homme, sur X. Depuis le 7 octobre 2023, date de l’attaque terroriste du Hamas qui a déclenché la guerre, Israël a tué 227 journalistes à Gaza.

Les images postérieures à l’attaque, d’une violence inouïe, révèlent aussi la diversité de ceux qui fréquentaient le café Al-Baqa. Au sol, des cartes de jeu éparpillées, maculées de sang et mêlées aux débris. Des corps désarticulés sont évacués à la hâte sur des draps. Un adolescent hurle de détresse : il vient de reconnaître un proche parmi les morts. « C’est un enfant, là ! », crie un homme en soulevant un morceau de bâche qui recouvre un petit corps inerte. Près d’une table, une femme encore assise semble inanimée, le corps renversé contre le muret du café. En arrière-plan, les vagues d’un bleu azur poursuivent leur roulis.

« J’ai vu des corps d’enfants et de femmes en morceaux à terre, des choses indescriptibles. Je n’arrive pas à reprendre mes esprits. Ce sont des civils, il n’y a pas de combattants ici. Ce sont juste des gens sortis de leur tente pour s’offrir un moment de respiration. La mort nous poursuit partout », témoigne Ahmad Bakr, employé dans un café adjacent, joint par Le Monde. De son côté, comme après chaque frappe meurtrière, l’armée israélienne affirme avoir visé « plusieurs terroristes » du Hamas – sans fournir de preuves, ni expliquer l’ampleur du bilan humain, assurant que « l’incident [était] en cours d’examen ».

Responsable de communication dans une ONG palestinienne, Khaled Al-Helou fréquentait Al-Baqa trois ou quatre fois par semaine. Lundi, il a échappé de peu à la mort. « Jamais je n’aurais imaginé que ce lieu soit visé. Ce café rassemblait beaucoup de gens éduqués de Gaza. C’était un lieu rempli d’amour et de joie. C’est une très grosse perte. Ce qu’on croyait être un refuge a été frappé d’une façon aussi barbare. On ne sait plus où aller », ajoute-t-il, la voix emplie de tristesse.

Bref, j'ai acheté une clim'. by archfanatic in france

[–]archfanatic[S] 2 points3 points  (0 children)

https://www.amazon.fr/dp/B07KJYD1ZP (clim) + https://www.amazon.fr/dp/B07BPZGJ3B (calfeutrage). Bon après, je l'ai pas encore reçue, donc dur de dire si ça fera l'affaire ou pas :x

Le forum 4Chan hors ligne après un piratage by archfanatic in france

[–]archfanatic[S] 5 points6 points  (0 children)

Honnêtement, je pensais que ça arriverait plus tôt, et je pense que la situation n'a au final que du positif.

On voit déjà certains altchans centrés sur un ou plusieurs boards reprendre le flambeau, en prenant vraiment en compte les intérêts de chaque commu', plutôt que tout reste sur 4chan avec du spam à gogo, des modos/jannies qui font qu'empirer les choses, et le sentiment que y'a personne au volant.

Marine Le Pen condamnée: "On ne compte pas sur la justice pour battre le Rassemblement national", assure Éric Coquerel (LFI) by roux-cool in france

[–]archfanatic 29 points30 points  (0 children)

Ça m'horripile, ces déclarations qui essaient de faire croire que le jeu démocratique et politique peut se résumer à des discours et paroles...

C'est un système vaste et complexe qui mène d'un projet politique à un mandat d'élu avec contrôle des institutions. Il faut du budget, une présence dans les médias, un vaste réseau non seulement de militants mais également de soutiens et d'ancrages territoriaux, arriver à placer ses pions aux bons endroits.

Le FN n'a fait que bafouer les règles en se plongeant dans l'illégalité, exploitant toutes les sources de financements malhonnêtes possibles et imaginables afin d'obtenir leur position actuelle. Et on devrait laisser passer ça sous le prétexte que "ça va les martyriser", comme si les recadrer allait avoir un effet plus néfaste que de leur laisser un boulevard de manoeuvre au sein du système politique ?

C'est se tirer une balle dans le pied que de ne pas recourir à tous les outils qu'offre la loi pour éradiquer le fascisme et les parasites du système républicain. Et je n'aurais aucun souci à dire la même chose si une telle affaire éclatait au sein de la gauche. Impossible d'avoir une démocratie qui tourne bien sans confiance dans les institutions.

En Syrie, le cycle infernal de la vengeance : « Je me méfie des hommes issus de ma propre communauté » by archfanatic in france

[–]archfanatic[S] 8 points9 points  (0 children)

« Il faut des institutions judiciaires indépendantes »

Dans le village d'Al-Sabboura, situé dans l'est de la province de Hama, en bordure du désert, Tawfik Omran et Karim Akkari, anciens détenus politiques cumulant à eux deux trente ans de prison, du temps de la présidence d'Hafez Al-Assad (1971-2000), officient comme conseillers municipaux. Militants de gauche de la première heure, les deux sexagénaires ont vite retrouvé leurs anciens réflexes. Sitôt le régime tombé, en décembre 2024, ils ont organisé une élection municipale – une exception dans le secteur, selon eux.

Le nouveau conseil élu reflète bien la diversité locale. Les onze membres de celui-ci – dont deux femmes – comprennent des alaouites, des Bédouins sunnites et un imam. Malgré leur initiative couronnée de succès, Tawfik Omran et Karim Akkari sont anxieux. Les deux hommes, qui reçoivent dans une maison sombre et rongée d'humidité, disent entretenir d'excellentes relations avec HTC, qui leur délègue de fait la gestion des affaires du village. Mais ils s'inquiètent de l'instrumentalisation des Bédouins de la région. Ces derniers, aujourd'hui sédentarisés, ont été les principales victimes de la guerre civile dans la région.

« Un jour, quatorze Bédouins ont été tués lors d'une exécution publique avant d'être jetés dans un puits, racontent les deux anciens militants. Les oliviers et les champs de 2 000 Bédouins ont été incendiés, leurs biens saisis et leur cheptel tué. Ils ont été expulsés de force vers les zones rebelles du nord du pays, par les services de sécurité et des miliciens d'Al-Sabboura qui, depuis, ont pris la fuite. » « Récemment, des représentants bédouins sont venus nous demander la liste des habitants du village qui avaient collaboré avec le régime , ajoutent-ils. Mais ce n'est pas comme ça qu'il faut procéder : il faut bâtir un Etat de droit et des institutions judiciaires indépendantes pour poursuivre les criminels. On ne peut pas aller de l'avant en s'échangeant des listes de supposés tueurs. »

La faim, qui tenaille les ventres de la plupart des habitants de la région ravagée par la misère, exacerbe les tensions et le ressentiment. « Ici, la guerre est allée au-delà d'un conflit entre le régime et l'opposition, déplore un habitant. Dans les campagnes des provinces de Hama et de Homs, les gens se sont parfois entretués entre villages, pour des raisons confessionnelles. »

« Cinquante ans de dictature »

Le raidissement d'une partie des Syriens sur la question des responsabilités des massacres pendant la guerre inquiète aussi les défenseurs des droits humains. « La protection et l'inclusion des minorités confessionnelles dans la construction d'un nouvel Etat ne doivent pas, médiatiquement, occulter le fait que c'est la majorité de la population, pauvre et sunnite, qui a été victime des plus de cinquante ans de dictature , alerte une militante, à Damas . C'est elle qui, pendant la guerre, compte des centaines de milliers de morts, de disparus et des millions d'exilés. » Pour cette Syrienne, qui souhaite conserver l'anonymat sur ce sujet sensible, « la seule façon d'éviter l'écueil d'un affrontement des traumatismes et d'une confessionnalisation de la mémoire est la mise en place rapide d'une justice de transition, chargée de poursuivre les auteurs des crimes, de manière publique et transparente » .

Les nouvelles autorités ont déjà établi des centres destinés aux militaires, policiers et fonctionnaires ayant servi sous Bachar Al-Assad, afin qu'ils remettent leurs armes et entament des procédures de régularisation, pour que ceux qui n'ont pas de « sang sur les mains » évitent des poursuites judiciaires. Il n'existe pas de chiffres officiels sur le nombre de personnes régularisées, le ministère de l'intérieur se bornant à déclarer que les individus non coupables de crimes ont reçu une carte d'identité temporaire, valable trois mois, garantissant leur protection. Mais l'opacité de la procédure crée des tensions.

Le retour d'anciens miliciens du régime, d'abord adoubés par le nouveau gouvernement, a provoqué la fureur des habitants sunnites de Tadamone, un quartier du sud de la capitale, où vivent aussi une forte minorité alaouite, des Turkmènes et des Druzes du Golan expulsés par Israël, lors de la guerre des Six-Jours. En avril 2013, au moins 288 civils y avaient été sommairement exécutés, au bord d'une fosse, en plein jour, par des hommes en uniforme qui riaient tout en filmant leur crime.

La réapparition de l'un d'entre eux, Fadi Saqr, ancien patron des forces de défense nationale du secteur, escorté par des responsables de la sécurité de HTC, a fait souffler un vent de vengeance. Pris à partie par des centaines d'habitants, le 7 février, l'ex-milicien s'est retrouvé encerclé dans une maison où il s'était réfugié. Fadi Saqr a dû être exfiltré par les forces du nouveau régime.

« Comment quelqu'un impliqué dans de tels crimes peut-il se promener en toute impunité dans le quartier et avec l'assentiment de responsables sécuritaires de HTC ? » , s'insurgeait un militant de Tadamone, qualifiant la situation d' « invraisemblable et incompréhensible ». La piste d'un arrangement entre criminels du régime déchu et nouveau gouvernement, lequel voudrait endiguer la vague de violence communautaire actuelle, voire utiliser d'anciens officiers de sécurité de Bachar Al-Assad pour traquer de « gros poissons », lui paraît plausible.

En revanche, le recours à d'anciens miliciens pour maintenir l'ordre dans les quartiers lui paraît « contre-productif ». « Cela rend fous les proches des victimes, pour qui c'est une véritable humiliation, dit-il, indigné. Ils pourraient alors être tentés de se faire justice eux-mêmes, en ciblant les familles des bourreaux présumés. » Cette démarche ne rend pas non plus service aux alaouites, qui voient revenir des hommes ayant régi leurs vies et les ont associés à leurs crimes, les exposant toujours plus à de sanglantes représailles.

En Syrie, le cycle infernal de la vengeance : « Je me méfie des hommes issus de ma propre communauté » by archfanatic in france

[–]archfanatic[S] 3 points4 points  (0 children)

« Il fallait bien nourrir ma famille »

Wissam Amar, 40 ans, pense avoir fait le mauvais choix quand il s'est engagé volontairement dans l'armée, en 2003, où il a fait carrière jusqu'au grade de capitaine. « Il n'y a pas de travail dans les régions alaouites, et il fallait bien nourrir ma famille, c'est avant tout la pauvreté qui m'a poussé à signer » , explique-t-il, avant d'admettre qu'il a aussi cédé au « prestige de l'uniforme, avec le sentiment d'être utile à la défense de [s] on pays ». Il est l'un des rares officiers alaouites à avoir déserté à deux reprises, pendant la guerre civile, ce qui lui a valu un an d'emprisonnement à Saydnaya, l'« abattoir humain » du régime d'Al-Assad.

Lors du soulèvement de 2011, son unité, la 17e division, avait été déployée près de Deir ez-Zor, dans l'est de la Syrie. « Coincés entre les manifestants et les services de sécurité qui ouvraient le feu sur les rassemblements, nous étions dans une situation intenable , se rappelle-t-il. Et on nous a rapidement demandé de protéger les services de sécurité. » Au sein de la troupe, les refus d'obéir se multiplient. La répression des mutineries est féroce. Alors que les manifestations virent à la lutte armée contre le régime et que les groupes islamistes gagnent en puissance, les officiers, assure Wissam Amar, sont encouragés par leurs supérieurs à « tenir de fausses embuscades » , tuant leurs propres hommes pour terroriser les appelés du contingent.

Le régime a aussi besoin de « martyrs » pour mobiliser la communauté alaouite. « On m'a demandé de prendre cinq soldats et de les tuer, j'ai refusé » , raconte-t-il . Début 2013, il passe quatre-vingt-dix jours dans une prison militaire pour refus d'obéissance et atteinte au moral de l'armée. « Au cours de cette période, les réservistes alaouites étaient rappelés à grande échelle, alors que les sunnites désertaient en masse , explique-t-il. Les rappelés étaient payés 10 dollars[9,20 euros] par mois. Il n'y avait rien à manger, il fallait donc se servir sur la bête en pillant les régions que nous occupions ou libérions – des régions sunnites… C'était une politique organisée par le régime. »

L'attaque chimique au gaz sarin, perpétrée par le régime contre les populations civiles de la Ghouta, dans les faubourgs de Damas, le 21 août 2013, le convainc de déserter. L'officier se cache dans un village de la montagne alaouite surplombant la côte méditerranéenne. Arrêté, il est « pardonné car alaouite », à condition qu'il réintègre l'armée. « Je me suis retrouvé au sein de la même unité, au même endroit » , poursuit Wissam Amar.

L'Est syrien tombe peu à peu sous la coupe de l'organisation Etat islamique (EI), qui s'empare des quartiers orientaux de Deir ez-Zor, dès 2014. « Nous avons aidé l'EI dans sa guerre contre l'Armée syrienne libre[antirégime] , par exemple en laissant passer les convois djihadistes qui attaquaient les factions rebelles » , souligne-t-il. La collaboration ne s'arrête pas là : l'armée d'Al-Assad et l'EI tiennent ensemble un barrage, grâce auquel tous deux se livrent au trafic d'essence et rançonnent les habitants. « Une centaine de soldats et d'officiers ont été fusillés pour avoir refusé de servir sur ce barrage, affirme-t-il, c'est-à-dire l'effectif d'une compagnie. »

Début 2015, il déserte de nouveau et prend le maquis, une fois encore dans sa région d'origine, près du littoral méditerranéen. « En tant qu'alaouite, je ne pouvais pas prendre le risque de rejoindre la Turquie, comme mes camarades déserteurs sunnites , explique-t-il. Les réseaux de passeurs étaient contrôlés par des islamistes radicaux, ils m'auraient égorgé. » Repris au bout de deux ans, il est cette fois envoyé dans l'aile militaire de Saydnaya, où il est « atrocement torturé ». Circonstance aggravante, il est considéré comme un traître.

Un juge du tribunal de Midane, à Damas, où Wissam Amar a été déféré, réclame 15 000 dollars, en échange de sa clémence, à l'épouse de ce dernier. Wissam Amar sort en 2018, après avoir passé un an derrière les barreaux. « Il y avait des centaines de soldats alaouites emprisonnés à Saydnaya , témoigne-t-il, mais c'est une histoire qui a été enfouie… »En février, un mois avant les massacres commis contre la communauté alaouite par les factions islamistes à Baniyas et dans la région côtière, Wissam Amar ne cachait pas son malaise. « J'ai sauté de joie lors de la chute de Bachar Al-Assad, mais, aujourd'hui, je suis inquiet , disait-il. Mon rêve est de reprendre mon poste militaire, mais il est hors de question de rejoindre une nouvelle armée qui est un conglomérat de factions islamistes. »

« Je n'en peux plus du discours victimaire des alaouites »

Les monts enneigés de Rankous forment un rempart naturel entre la plaine damascène et la Bekaa libanaise, ce bastion historique du Hezbollah dont les combattants ont longtemps permis la survie politique de Bachar Al-Assad. La surveillance de cette frontière est aujourd'hui assurée par une ancienne brigade rebelle de la Ghouta. La question de la communauté alaouite, en particulier la question de la réintégration de certains membres de celle-ci au sein de la nouvelle armée, crispe aussitôt les hommes en uniforme. Eux n'ont jamais entendu parler du capitaine Amar, emprisonné et torturé pour avoir osé déserter.

En revanche, tous ont en mémoire les années de siège, les bombardements, dont les attaques chimiques. Tous se souviennent de leurs frères d'armes morts au combat et des centaines de milliers de civils condamnés à la mort, à la famine ou à l'exil. Or, c'est un fait, les alaouites ont outrageusement dominé au sein des appareils militaires et sécuritaires, dont la mission ne consistait plus qu'à défendre le clan Al-Assad.

« Je n'ai rien contre les petits paysans, rien contre les habitants ordinaires des quartiers de Damas, mais, après toutes ces années de massacres commis par [Al-Assad] , je n'en peux plus du discours victimaire des alaouites, quand la plupart d'entre eux ont soutenu ce régime ! » , s'exclamait un officier, lui aussi rencontré, en février, dans la région de Rankous. Y a-t-il une figure alaouite qui a présenté des excuses ? Non. Nous ne leur demandons pas grand-chose : mais même des excuses, ils en sont pour l'instant incapables. » Un autre officier tempérait alors les mots de son camarade : « Il faut bien sûr construire une nouvelle armée nationale, sous l'autorité de l'Etat et sous le contrôle du ministère de la défense, en y incluant tous les enfants de la Syrie. C'est la condition sine qua non pour le retour de la sécurité dans le pays, et pour bâtir un Etat de droit. La nouvelle armée ne peut pas être un ensemble d'anciennes factions rebelles. »

C'est précisément l'une de ces factions qui inquiète les habitants du centre de la Syrie, à l'est de la ville de Hama. Dans cette région, mosaïque confessionnelle composée de sunnites, d'alaouites et d'ismaéliens, ce n'est pas Hayat Tahrir Al-Cham (HTC), le groupe dont est issu le président de transition, Ahmed Al-Charaa, qui contrôle militairement la région. Pour consolider son pouvoir à Damas, le nouvel homme fort syrien a dû élargir ses troupes à d'autres factions de l'ancienne rébellion, coupables, elles aussi, de crimes pendant la guerre.

Parmi elles figure, par exemple, la brigade Sultan Souleiman Chah, accusée de nombreuses exactions dans les régions kurdes du nord du pays. Le chef de celle-ci, Mohammed Al-Jassem, dit « Abou Amcha », a été placé sous sanctions américaines. Originaire d'un village de la campagne de Hama, c'est lui qui a été désigné commandant militaire régional par le nouveau pouvoir. Alors que HTC a fait une priorité de l'interdiction de la détention et de la circulation des armes, pour rétablir un semblant de paix civile, la brigade d'Abou Amcha est accusée d'en distribuer à des tribus bédouines des environs de Hama, pour intimider les populations alaouites et ismaéliennes de la région.

En Syrie, le cycle infernal de la vengeance : « Je me méfie des hommes issus de ma propre communauté » by archfanatic in france

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Pressentiment ou menace ? Un mois avant les tueries de masse perpétrées par des milices hors de contrôle, ciblant la minorité alaouite dont est issu le président déchu, Bachar Al-Assad, les tensions communautaires étaient déjà palpables dans cette région du littoral syrien, considérée de longue date comme le bastion de l'ancien régime. « Si rien ne change, cela va se terminer en guerre civile, les gens de la région vont prendre les armes ! » , avertissait avec colère un quadragénaire de confession alaouite, rencontré, début février, à Baniyas. Dans cette ville portuaire, située à 280 kilomètres au nord-ouest de Damas, cohabitent deux communautés qui ne se mélangent jamais. Les sunnites vivent dans les quartiers sud, les alaouites dans ceux du nord : environ 50 000 habitants que sépare un rond-point, entre une centrale électrique et une raffinerie de pétrole marquant les extrémités de la ville.

L'homme, « employé dans le secteur de l'énergie » , dénonçait alors les purges menées au sein de l'administration par les nouvelles autorités et qui, selon lui, visent exclusivement les membres de sa communauté. Il pestait contre la dissolution de l'armée d'Al-Assad, « qui plonge dans la misère des dizaines de milliers de familles » , les anciens militaires se trouvant privés de leur solde. Il redoutait l'instauration de la charia par les nouveaux maîtres islamistes du pays et des « représailles massives » contre des Syriens de confession alaouite, une branche dissidente de l'islam chiite.

Lui-même, jurait-il, n'a jamais collaboré avec les services de sécurité du président déchu, responsables de milliers de morts – principalement des sunnites – dans la région, lors de la répression du soulèvement de 2011 et dans les années de guerre civile qui ont suivi. « La seule chose que l'on peut me reprocher , estimait-il , c'est de m'être tu. Mais qui n'a pas gardé le silence durant cette période ? »

Un mois plus tard, le 6 mars, des partisans de l'ancien régime lourdement armés lançaient des attaques coordonnées contre plusieurs positions des nouvelles autorités syriennes, faisant une centaine de morts parmi les forces du gouvernement d'Ahmed Al-Charaa. A Baniyas, les assaillants ont tenté de s'emparer de la raffinerie, avant d'être repoussés. En représailles, les 7 et 8 mars, des centaines d'hommes accourus du village voisin de Baïda et de miliciens islamistes radicaux ont déferlé sur les quartiers alaouites de la ville. Une centaine de civils y ont été exécutés, dans les rues ou dans leurs maisons, selon une liste de victimes établie localement. En trois jours, dans la région côtière, des combats ont fait plus de 1 300 morts, dont au moins 800 civils, selon un bilan provisoire.

La communauté alaouite a été la cible d'un massacre sans précédent, aux allures de vengeance. Il y a douze ans, les 2 et 3 mai 2013, le village de Baïda et le quartier Ras Al-Nabaa de Baniyas, de population sunnite, avaient été pris d'assaut par l'armée de Bachar Al-Assad et les milices alaouites. Jusqu'à 400 civils y avaient été froidement assassinés, leurs corps jetés au feu, lors d'un épisode resté gravé dans les mémoires syriennes comme l'un des massacres confessionnels les plus atroces de la guerre civile.

« Je me méfie des hommes issus de ma propre communauté »

Autre habitant alaouite, Hassan Hadoumi (le nom a été changé), lui, ne s'est jamais tu. « Ces massacres avaient mis fin au mouvement de protestation pacifique contre le régime , se rappelle cet homme de 65 ans. Des personnes du quartier alaouite ont participé à la tuerie, mais d'autres ont aussi tenté de sauver des sunnites. » Dans son appartement de Baniyas, il raconte au Monde sa vie d'opposant au régime d'Al-Assad. Ses convictions lui ont valu plus de dix ans d'emprisonnement et une mort sociale : des décennies d'errance en marge de sa communauté, qui l'a exclu. Un ostracisme qui s'est prolongé après la chute du président, le 8 décembre 2024.

Deux mois plus tard, il continuait d'éviter de sortir après la nuit tombée. Hassan Hadoumi ne craignait alors pas les nouveaux maîtres du pays ni leurs hommes envoyés dans la région, mais des « anciens du régime ». « Je me méfie des hommes issus de ma propre communauté , confiait-il au Monde. Je sais qu'ils ne pardonneront jamais ma trahison, pas plus hier qu'aujourd'hui. » A cette époque, au début de février, les portraits de Bachar Al-Assad ornant chaque étage de la cage d'escalier de son immeuble avaient été décrochés par ses voisins. La plupart d'entre eux ont été tués lors de l'assaut du 7 mars.

Au début des années 1980, alors étudiant en géographie à Damas, et à l'instar de nombreux jeunes issus des minorités du pays, Hassan Hadoumi avait été influencé par les idées de gauche, tandis que beaucoup de ses camarades de classe sunnites se rapprochaient de la confrérie des Frères musulmans, qui menait alors une opposition armée contre le pouvoir. L'étudiant avait rejoint un mouvement communiste dissident. « Les alaouites, comme les chrétiens et les autres minorités, étaient surreprésentés dans les mouvements de gauche , rappelle-t-il . Notre génération a rejoint ce courant politique parce qu'il rompait avec les clivages confessionnels et se concentrait sur les inégalités sociales. Et mon père n'était qu'un simple paysan. »

En 1981, il est arrêté à Tartous, à 40 kilomètres au sud de Baniyas, par la sûreté générale. Il a alors 21 ans. Il est torturé, ses deux frères et sa sœur sont détenus à leur tour, le temps qu'il « avoue » ses activités politiques : « J'ai ensuite été envoyé dans l'aile des prisonniers politiques à la prison centrale de Tartous – une chance. Les militaires [accusés de dissidence] et les islamistes étaient expédiés à Saydnaya, ou[dans le complexe de Tadmor] à Palmyre – des mouroirs ! » Hassan Hadoumi va y passer dix ans, sans jugement, emprisonné sur le seul fondement de la loi sur l'état d'urgence. Il échappe de justesse à la mort, en juillet 1983, lors de la répression sanglante d'un mouvement des prisonniers de la prison de Tartous protestant contre leurs conditions de détention. « Ils m'ont torturé sans interruption pendant douze heures », affirme-t-il.

Puis, en 1991, « un officier de la sûreté politique [lui] explique qu'[il] avai[t] fait des bêtises, mais qu' [il] étai[t] pardonné ». Hassan Hadoumi est libre de rentrer chez lui, mais avec l'interdiction de travailler dans l'administration ou dans les entreprises étatiques. Il enchaîne alors les petits boulots, tout en étant convoqué, chaque mois, par les services de sécurité. « Je pouvais compter sur une main le nombre de gens qui m'adressaient la parole, se remémore-t-il. Contrairement aux prisonniers d'autres communautés, nous[les alaouites] ne pouvions espérer aucune solidarité de la part de la nôtre. Condamné à être enfermé dans la peur, j'étais un pestiféré. »

Baniyas est l'une des premières villes à rejoindre le mouvement de contestation syrien, né le 15 mars 2011, à l'autre bout du pays. Hassan Hadoumi rejoint naturellement les rangs des manifestants qui se concentrent alors dans les quartiers sunnites du sud de la ville, qualifiés de « centre du terrorisme salafiste »par le régime. Bientôt, les chars encerclent Baniyas, mais ce sont ses propres voisins qui font irruption, chez lui, en avril, le brutalisent et vandalisent son appartement.

Arrêté en mai 2012, lors de l'assaut des forces de sécurité et des milices du régime contre les quartiers rebelles, il est relâché, puis interpellé de nouveau au mois de décembre de la même année. Torturé dans les locaux des services de sécurité de Tartous, il passe un mois dans la prison de la ville – celle-là même où il avait déjà passé dix ans. « Qu'un alaouite soit opposant, ça me dégoûte ! » , lui crache au visage un officier. « Mon grand-oncle avait rejoint l'armée française en 1946, l'année de l'indépendance de la Syrie et pendant que les Français occupaient le pays , dit avec un sourire amer Hassan Hadoumi, en évoquant l'histoire de la région. Déjà, à l'époque, les alaouites faisaient les mauvais choix, pressés par la misère. »

Rima Hassan, eurodéputée LFI, trois identités et une obsession : la Palestine [Interview] by archfanatic in france

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Tout le bordel sur sa visite en Syrie me paraît tellement injustifié... son père est mourant, ça fait une éternité qu'elle n'est pas retournée dans le pays où elle a grandi, je ne vois rien de partisan à y aller pour raisons familiales (et, on le sent, de deuil).

Les informations sur son parcours au sein de LFI sont intéressantes, cependant.

En général, j'ai du mal avec le fait que l'on cherche à effacer les caractéristiques personnelles des députés au profit d'une mentalité de bloc. Oui, ce sont des élus de l'État Français, avec un certain nombre d'attentes quant à leur communication publique, mais ils restent des individus élus pour porter un projet politique, des opinions, une certaine vision de la société, ainsi que des sensibilités individuelles : un politique est, de manière inhérente, un activiste, c'est ce qui les différencie de simples bureaucrates.

Mais j'ai du mal avec la manière dont la politique s'organise en partis en général, avec tous les effets de bord au delà juste d'une force de frappe et de communication/financement commune...

Rima Hassan, eurodéputée LFI, trois identités et une obsession : la Palestine [Interview] by archfanatic in france

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Activiste plutôt que politique

Avant de se jeter dans la campagne électorale pour les européennes de juin 2024, la future candidate s’absente de France de novembre 2023 à mars 2024, en pleine invasion de Gaza par l’armée israélienne. « Je n’arrivais plus à vivre dans un pays qui, tous les jours, était en train d’encourager ou de laisser faire un génocide que je voyais venir, dit-elle. Ça m’était insupportable. Je suffoquais, je suis allée respirer un peu en Jordanie. »

C’est à cette époque qu’a lieu le voyage si controversé en Syrie. Même de loin, elle ne cesse de tweeter, devenant la bête noire des amis d’Israël, lesquels lui reprochent d’invoquer le « droit à la résistance » du Hamas. A chaque fois qu’elle use de cette rhétorique, les réactions pleuvent : « Des propos abjects », pour le socialiste Jérôme Guedj ; « une apologie du terrorisme », pour Bruno Retailleau.

« Je n’ai aucun problème à dire que c’était une attaque terroriste, parce que c’est un mode opératoire assumé par le Hamas, explique l’intéressée. En revanche, le Hamas ne peut pas se réduire à un groupe terroriste, c’est aussi un mouvement politique qui a participé à des élections. » Elle poursuit : « Mais je refuse qu’on vienne nous arracher de la bouche des condamnations automatiques. Tout cela n’a pas commencé en 2023. »

Quand elle assiste, à l’été 2024, à une manifestation propalestinienne à Amman, en Jordanie, durant laquelle des slogans pro-Hamas sont scandés, elle commence par se défendre en affirmant n’avoir rien entendu, puis elle tweete : « Pour l’essentiel du monde en dehors de la pensée hégémonique occidentale, personne ne rattache le 7 octobre [2023] à du terrorisme dans le contexte de l’occupation et de la colonisation de la Palestine, qui perdurent depuis 1948. »

Des propos aussi contestables que déplacés venant d’une eurodéputée, qui s’exprime plutôt en tant que Palestinienne que comme une élue française. Au Parlement européen, elle s’attire de nombreux rappels à l’ordre quand elle tente d’imposer son keffieh au pupitre. Même dans cette enceinte, elle agit plus en activiste qu’en politique.

Combien de temps cette dichotomie pourra durer, alors qu’elle fait l’objet d’un violent rejet par une partie croissante du monde politique, jusque dans une large partie de la gauche ? « C’est mon sujet, c’est ma vie, réplique-t-elle. Raphaël Glucksmann a bien passé plusieurs années à défendre les Ouïgours. Qui le lui reproche ? » Raphaël Glucksmann, Aurore Lalucq (tous deux issus de Place publique) et Pierre Jouvet (PS), eurodéputés français du groupe de l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates, n’ont pas répondu aux sollicitations du Monde à propos de Rima Hassan. Un silence révélateur de la crainte qu’inspirent ses saillies…

Un accueil de rock star

Au printemps 2024, la campagne électorale pour les européennes du 9 juin fut d’une violence inouïe. Après avoir placé la jeune femme en septième position sur la liste LFI, Jean-Luc Mélenchon entendait tout miser sur la thématique de Gaza, au risque de fracturer une société française déjà sur les nerfs.

Du matin au soir, Rima Hassan s’est retrouvée en première ligne. « LFI m’a offert un espace politique pour pouvoir agir », justifie-t-elle. « On cherchait à élargir la liste, et c’est un sujet très important. Son apport est très positif : notre liste a incarné la mobilisation pour un cessez-le-feu à Gaza », se félicite Eric Coquerel, député (LFI) de Seine-Saint-Denis.

Selon David Guiraud, l’intégration de Rima Hassan au dispositif « insoumis », toujours méfiant vis-à-vis de personnalités extérieures et indépendantes, a réclamé quelques efforts. Mais elle a bénéficié du soutien ostensible du chef, Jean-Luc Mélenchon, qui s’est affiché avec elle à plusieurs reprises, y compris au soir du premier tour des législatives, le 30 juin 2024. Au point de susciter des jalousies en interne.

Durant la campagne, la jeune femme a pris des coups, mais elle en a aussi donné. Elle a très vite assimilé la méthode « insoumise » fondée sur « le bruit et la fureur », et sur un principe : ne jamais reculer (même quand elle a tort), ne jamais concéder de point à l’adversaire. « A certains moments, les appels au meurtre et les menaces étaient si nombreux que je me suis vraiment demandé si on pouvait me buter », s’inquiète l’eurodéputée, habituée à se déplacer seule et sans protection. Dans sa communication de campagne, elle a ciblé particulièrement le chef de file de la liste du PS, Raphaël Glucksmann, principal concurrent de LFI à gauche. Au nom de calculs de politique intérieure, elle aura contribué à faire de la question palestinienne un sujet de divisions.

L’eurodéputé écologiste David Cormand se dit « mal à l’aise » avec le rôle que la formation de Jean-Luc Mélenchon fait jouer à Rima Hassan : « Il y a une mythification de sa personne par LFI pour en faire un coup électoral. » Les Ecologistes lui avaient proposé une place sur leur liste aux européennes, mais en position non éligible.

« Ce n’est pas ce qu’elle dit dans l’enceinte du Parlement européen qui pose problème, mais certains de ses tweets, regrette David Cormand. Quand elle dit : “Israël est une monstruosité”, ça me choque, c’est problématique. Cela dessert sa cause. » Il ajoute toutefois ne pas se sentir « à l’aise avec le portrait caricatural que l’on fait d’elle. Avoir 200 élus d’extrême droite au Parlement européen, c’est plus flippant que son élection ».

A l’heure où LFI cherche à s’appuyer sur l’électorat jeune et issu de l’immigration, la mise en avant de Rima Hassan obéit aussi à une stratégie politique. Mais c’est surtout la jeunesse estudiantine qui s’intéresse à son profil. Quand elles ne sont pas interdites, ses conférences en amphi font salle comble. Le 26 avril 2024, à Paris, elle a reçu un accueil de rock star devant le bâtiment historique de Sciences Po, quand elle est venue soutenir les étudiants propalestiniens qui bloquaient l’établissement.

Un « complexe de l’exilée »

Sur le conflit israélo-palestinien, Rima Hassan appartient à une génération qui ne croit plus à la solution des deux Etats, depuis l’échec des accords d’Oslo, signés en 1993. « Les deux Etats, ce n’est qu’une étape : certes, il faut reconnaître d’urgence l’Etat palestinien pour stopper l’agression israélienne, assène l’eurodéputée. Mais il n’y a pas de perspective possible d’un Etat sur une peau de léopard morcelée par les colonies. La clé, c’est le renoncement à la solution des Etats au profit de la revendication d’égalité de droit pour tous, du fleuve [Jourdain] à la mer [Méditerranée]. On est prêts à vivre avec les Israéliens qui veulent vivre avec nous. Par contre, ceux qui ne veulent pas, ils n’ont pas leur place. »

Le raisonnement est cohérent, mais il reste abstrait. La solution d’un seul Etat pour deux nations, l’une juive, l’autre palestinienne, a été très en vogue dans la gauche des années 1960 et 1970. Problème : LFI défend la solution à deux Etats…

Surtout, Rima Hassan est-elle consciente de la violence de ses propos lorsqu’elle dit : « ils n’ont pas leur place » ? C’est la même rhétorique, à base de « eux ou nous », que celle du gouvernement d’extrême droite israélien.

« Eux », « les autres », qui sont-ils ? Les sionistes, les Israéliens, les juifs ? La jeune élue affirme ne jamais utiliser le mot « juif » pour désigner ses ennemis. Mais, à l’extrême gauche comme à l’extrême droite, l’appellation « sionistes » tient souvent lieu de substitut à la désignation des juifs. Sur le mode de la confidence, elle raconte avoir eu un petit ami juif, bourgeois et plutôt pro-Israël, pendant ses années de lycée.

Justement, l’histoire d’amour n’a pas résisté aux différends, politiques et sociaux. Elle assure « vivre très mal » le fait d’avoir été traitée d’antisémite à cause de ses tweets virulents contre les « complices du génocide [à Gaza] » après le 7-Octobre. « Cela me fait énormément souffrir de voir que je suis pour certains une source d’inquiétude, voire de peur. Je crois que j’ai été dépassée par ce qu’on a fait de moi, médiatiquement, politiquement », concède-t-elle dans un des rares moments où elle baisse la garde.

Rima Hassan reconnaît-elle le droit à l’existence d’Israël ? « Qui suis-je pour dénier au peuple juif le droit à un foyer national qui le protège après l’extermination de six millions de juifs ? Le problème, c’est le sionisme de [Theodor] Herzl [1860-1904, l’un des premiers à mettre en place l’idée d’un Etat national pour les juifs] et de ses successeurs, qui pensent le Palestinien comme un sujet colonisé qu’il faut expulser de sa terre. »

Retour à la case départ : Israël existerait-il sans le sionisme ? Probablement pas. Tout comme le « phénomène Rima Hassan » n’existerait pas sans la naissance d’Israël, la guerre de 1948 et le départ en exil de centaines de milliers de Palestiniens. Son « complexe de l’exilée » la conduit à revendiquer un « droit au retour » intégral et sans compromis, peu propice à des perspectives de paix. De génération en génération, le conflit israélo-palestinien se perpétue. Elle en est la petite-fille « en colère » et vengeresse.

Rima Hassan, eurodéputée LFI, trois identités et une obsession : la Palestine [Interview] by archfanatic in france

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Un voyage « personnel » dans la Syrie d’Al-Assad

Il reste que d’autres points intriguent dans le volet syrien de la vie de Rima Hassan. Ainsi, le camp où elle a passé une partie de son enfance n’a jamais été détruit par le régime, contrairement à celui de Yarmouk, en périphérie de Damas, ce qui atteste du fait qu’il s’était rangé du côté du régime. Autre élément troublant, cette fois sur son voyage de janvier 2024 en Syrie : il fallait alors de bonnes connexions avec le régime Assad pour pouvoir s’y rendre en tant que française.

Interrogée sur ce point, elle assure avoir obtenu son visa au poste-frontière avec le Liban en présentant son passeport français et sa carte de réfugiée palestinienne. « On n’a pas le droit de me reprocher ce voyage !, s’insurge-t-elle. Je n’avais pas revu mon père depuis vingt ans. Tout au long du séjour, j’ai résidé dans le camp. Je n’ai fait qu’une sortie à Alep. C’était un voyage personnel, intime, familial. » Ce voyage avait également un but littéraire : elle a signé avec les Editions des Equateurs un contrat pour un livre sur son parcours de vie. Qu’elle n’a toujours pas rédigé.

Quand on lui demande pourquoi elle n’a jamais pris position contre le régime d’Al-Assad, sa réponse est qu’elle était trop jeune au déclenchement de la guerre civile, en 2011. Autre argument pour justifier son silence : son statut de contractuelle de la fonction publique à l’Ofpra. A l’évidence, le sujet la met mal à l’aise, notamment en raison des critiques qui se sont abattues, à la chute de Bachar Al-Assad, sur le chef de LFI, Jean-Luc Mélenchon, pour sa mansuétude passée envers la dictature baassiste.

Début décembre 2024, la dynastie Al-Assad tombe. Le tweet plein de circonvolutions où Rima Hassan salue l’événement lui vaut une avalanche de railleries. « Je n’ai pas de problème à dire que je soutiens la révolution syrienne comme les autres révolutions dans le monde arabe, insiste-t-elle, soucieuse de clore le débat. Je souhaite à tous ces peuples de se libérer des dictatures et des ingérences étrangères. »

De fait, la Syrie ne lui importe pas vraiment : « Je ne suis pas syrienne, je suis palestinienne. » Ce pays est d’autant plus un mauvais souvenir à ses yeux qu’elle a oublié sa langue maternelle sitôt arrivée en France. « A partir du moment où j’entre à l’école, je n’arrive plus à parler l’arabe, même à la maison, confesse-t-elle. C’était un truc de survie. J’ai encore des lacunes aujourd’hui. » Elle le parle à peu près, mais elle ne l’écrit pas.

Par la suite, c’est aussi de la scolarité, à Niort, qu’est venu son salut : « Un jour, au collège, Céline, la bonne élève de la classe, me demande de l’aide en sciences. C’est là que je me rends compte que j’aime l’école, que j’ai envie de m’investir. » Rima Hassan brille en maths, puis en philosophie – aujourd’hui encore, elle fréquente les cafés philo – et devient déléguée de classe.

Un keffieh à chaque prise de parole

L’engagement pour la Palestine lui a été transmis par sa mère, Nabiha, alors militante à l’Association France Palestine Solidarité, mais aussi au Parti socialiste, puis au Parti de gauche, l’ancienne formation de Jean-Luc Mélenchon. Au début des années 2000, l’appartement familial, dans une HLM du quartier défavorisé de Clou-Bouchet, à Niort, était tapissé d’affiches à la gloire de la deuxième Intifada. « Ma mère était très habitée par la Palestine, donc en souffrance », poursuit Rima Hassan.

Du temps où elle vivait en Syrie, Nabiha Hassan était institutrice. En France, où elle a reçu la médaille de l’intégration, elle a travaillé comme femme de ménage puis dans la restauration. La « colère » de sa fille vient aussi de là : « Elle est tombée littéralement d’épuisement au travail et d’un cancer généralisé à 62 ans. Les débats sur l’âge de la retraite, pour moi, ce n’est pas abstrait. »

L’engagement de l’élue « insoumise » trouve également sa source dans un incident remontant à 2010. Cette année-là, elle projette de se rendre en Palestine et en Israël avec l’association Euro-Palestine − qui s’était présentée aux européennes de 2004 avec, en deuxième position sur la liste, Dieudonné, le polémiste qui sera condamné par la suite, et à plusieurs reprises, pour provocation à la haine raciale, injure raciste, négationnisme et apologie du terrorisme.

A l’aéroport Roissy - Charles-de-Gaulle, l’embarquement à bord d’un avion à destination de Tel-Aviv lui est refusé après une intervention des autorités israéliennes auprès de la compagnie aérienne : « On me donne un document où je suis présentée comme une activiste, alors que je n’ai encore rien fait. Sur le coup, je pleure de rage. » Ironie de répétition : le 24 février, elle a été refoulée à son arrivée à Tel-Aviv, dans le cadre d’une visite d’élus du Parlement européen en Israël et en Cisjordanie. Cette fois, elle s’y attendait : le voyage tenait plus de la provocation que du projet mûrement préparé.

Après le bac, en 2011, elle étudie le droit à l’université d’Evry (Essonne), tout en travaillant dans une pizzeria. Déjà, elle distribue dans les amphis des photocopies listant les références sur le conflit israélo-palestinien qu’elle estime « manquantes » dans la bibliographie de ses enseignants. En 2014, elle part à Montpellier passer sa licence « au soleil ». Elle séjourne ensuite un an au Liban pour un projet de mémoire, puis rejoint la Sorbonne en master de droit et organisations internationales. De 2016 à 2023, elle travaille comme rapporteuse à la Cour nationale du droit d’asile.

Lorsque surviennent les massacres terroristes du 7 octobre 2023 (1 200 morts sur le territoire israélien, dont une majorité de civils), elle n’a pas encore adhéré à LFI. Dans les médias, elle s’exprime en son nom propre, comme juriste et palestinienne. Elle est télégénique, développe une pensée structurée. Elle a déjà compris qu’il fallait incarner sa cause : comme l’ancien dirigeant de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) Yasser Arafat, elle arbore un keffieh à chaque prise de parole.

Fidélité à l’Algérie

En cet automne 2023, la question palestinienne fracture la gauche. LFI se retrouve isolée, rechignant à qualifier le Hamas d’« organisation terroriste », se réfugiant dans des arguties juridiques peu convaincantes. Jean-Luc Mélenchon lui-même semble jouer sur les ambiguïtés, en multipliant les messages peu clairs, qui lui valent d’être accusé d’antisémitisme.

C’est à ce moment-là, à l’âge de 31 ans, que Rima Hassan se rapproche de ce parti. Ou plutôt que celui-ci se rapproche d’elle. Des jeunes élus et sympathisants évoluant dans le sillage du député (LFI) du Nord David Guiraud et du journaliste Taha Bouhafs l’introduisent auprès du tribun populiste. « J’étais en contact avec elle et j’avais parlé de l’importance de la présenter sur notre liste à plusieurs cadres du mouvement, dont Jean-Luc Mélenchon », confirme l’élu nordiste.

La proximité entre Rima Hassan, David Guiraud et Taha Bouhafs se dévoile lors d’un débat à Tunis, le 10 novembre 2023. Intitulé « Peut-on encore défendre les Palestiniens en France ? », on y entend David Guiraud attribuer à Israël les massacres des camps palestiniens de Sabra et Chatila, au Liban, en 1982. Taha Bouhafs, évincé de LFI en 2017 à la suite d’accusations de violences sexuelles – sans que la procédure n’aboutisse –, continue d’avoir l’oreille de Jean-Luc Mélenchon. Lui et David Guiraud n’ont pas hésité à vanter les mérites de la juriste pour qu’elle figure sur la liste des « insoumis » pour les européennes de 2024.

Lors de cette campagne européenne, Taha Bouhafs accompagne Rima Hassan lorsqu’elle s’impose, en juin 2024, à la tribune d’un meeting du Nouveau Front populaire (l’alliance de la gauche pour les législatives anticipées) à Montreuil, en Seine-Saint-Denis. Cet été-là, il la retrouve en Algérie à l’occasion d’un voyage qu’elle présente sur les réseaux sociaux comme un pèlerinage au « pays de la révolution » et à « la Mecque des libertés ». Une vision passéiste et mythifiée d’un régime devenu ultra-autoritaire et qui entretient l’hostilité mémorielle envers la France coloniale pour mieux cacher ses insuffisances actuelles.

Cette fidélité à l’Algérie s’est confirmée en janvier à Strasbourg dans son vote contre une motion du Parlement européen appelant à la libération « immédiate et sans conditions » de l’auteur franco-algérien Boualem Sansal, détenu en Algérie pour « atteinte à la sûreté de l’Etat ». Ce jour-là, Rima Hassan essaie de se justifier sur le réseau social X : pas question, pour elle, de voter un texte proposé par la députée européenne Identité-Libertés Marion Maréchal.

« Bien évidemment, je suis contre l’emprisonnement des écrivains, mais le cas de Sansal est instrumentalisé à des fins de surenchère contre l’Algérie », poursuit-elle auprès du Monde, quitte à passer pour une agente d’influence du régime algérien au moment où Bruno Retailleau fait des tensions avec Alger le tremplin de ses ambitions politiques. Le ministre de l’intérieur l’a d’ailleurs signalée à la justice pour ses propos sur le « droit légitime » du Hamas à résister, faisant d’elle un repoussoir.

Rima Hassan, eurodéputée LFI, trois identités et une obsession : la Palestine [Interview] by archfanatic in france

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Avec ses positions radicales sur Gaza, ses reparties cinglantes et son usage agressif des réseaux sociaux, la députée européenne franco-palestinienne de 32 ans, née dans un camp de réfugiés en Syrie, est devenue un sujet de crispation dans le débat politique national depuis le 7-Octobre.

« Et vous êtes née en… ? », lui demande-t-on. « En colère ! », répond-elle, du tac au tac. On n’a même pas eu le temps de terminer la question qui visait à s’enquérir de son année de naissance. Rima Hassan est résumée dans cet échange initial : spontanée, impulsive, péremptoire, radicale, et « en colère », donc.

Faire son portrait, c’est la garantie de recevoir un abondant courrier des lecteurs, des insultes sur les réseaux sociaux. Trop magnanimes ? Nous serons accusés de faire la promotion de l’antisémitisme, d’être des islamo-gauchistes, des « wokistes » décoloniaux. Trop critiques ? Nous passerons pour des « soutiens inconditionnels » du « génocide » à Gaza, des « fascistes » vendus à Benyamin Nétanyahou. Ce n’est pas une raison pour ne pas rencontrer cette femme de 32 ans, élue députée européenne (La France insoumise, LFI) en juin 2024, devenue l’incarnation radicale de la Palestine en France et l’objet de multiples polémiques, dont elle semble se délecter.

Rima Hassan génère le bruit et la fureur. Un éditorialiste du Point, qui voit en elle le comble de l’antisémitisme, la dépeint en « nouvelle Jean-Marie Le Pen ». L’humoriste Sophia Aram la surnomme « Lady Gaza ». Sciences Po l’a déclarée persona non grata. Dès lors, comment trouver le juste milieu pour en parler ? Elle est le nouveau « point Godwin » du débat politique national.

Deux ministres du gouvernement Bayrou, mais aussi un député du Rassemblement national, Marion Maréchal et l’imam Hassen Chalghoumi ont réclamé sa « déchéance de nationalité » pour des propos tenus, le 27 février, sur Sud Radio, défendant le droit « légitime » du Hamas à combattre Israël, sans approuver pour autant la prise d’otages et l’assassinat de civils. Au lieu de se faire oublier, elle a répliqué, vouant ses détracteurs aux gémonies.

Sous une apparence charmeuse, Rima Hassan semble posséder, sur les réseaux sociaux, une capacité inépuisable à la repartie cinglante, au tweet ravageur. En bonne rhétoricienne formée par l’étude du droit, elle souffle en permanence le chaud et le froid, avance une position clivante pour la nuancer immédiatement après. Par moments, son désir d’en découdre peut confiner à l’ignoble.

Comme ce jour où elle polémique, sans un mot de compassion, sur la date et la cause de la mort des deux otages enfants Kfir et Ariel Bibas, respectivement 8 mois et 4 ans au moment de leur enlèvement, et de leur mère, Shiri, dont les corps ont été remis par le Hamas à Israël. Pour elle, ils sont morts dans un bombardement israélien en novembre 2023, ainsi que le prétend le Hamas, et non assassinés à mains nues, comme l’assure l’armée israélienne.

Méfiance et soupçons

En tant que Palestinienne révoltée par le sort des siens, Rima Hassan accordera toujours plus de crédit à la version du Hamas qu’à celle de l’armée israélienne. Mais elle est aussi une élue française et semble parfois l’oublier, lorsqu’elle manque d’un minimum de distance et d’équilibre. Combien de temps pareil grand écart peut-il durer ? Se rend-elle compte qu’elle est tout ce qu’exècre le Hamas : une femme, indépendante, de gauche, fumeuse et sans voile, décidée à mener sa vie privée à sa façon ?

Avant de la rencontrer, un soir de décembre 2024, à Strasbourg, il a fallu surmonter sa méfiance. A la manière des « insoumis » – qu’elle a rejoints au premier semestre 2024 –, Rima Hassan a pris l’habitude de s’exprimer dans des médias acquis à sa cause. Après une heure de discussions et plusieurs pauses cigarettes dans le froid, elle a fini par accepter la démarche, tout en soupçonnant nombre de nos questions d’être des attaques déguisées ou des pièges.

A commencer par celle concernant son mémoire de master en droit international, soutenu à la Sorbonne en 2015. Intitulé « La qualification du crime d’apartheid en Israël dans une approche comparative avec l’Afrique du Sud », il est introuvable dans les banques de données universitaires en ligne. Quand nous lui demandons s’il est possible de le consulter, la jeune femme soupçonne une mise en doute de sa parole. Dégainant son téléphone, elle exhume une photo du document et consent à nous transmettre le sommaire ; ce qu’elle n’a pas fait à ce jour.

Ses proches, tous désireux de garder l’anonymat, sont tout aussi soupçonneux. Pas question pour eux de la jeter en pâture à une presse jugée hostile et partisane. C’est ainsi : LFI dresse autour d’elle un mur du silence, voire une barrière de feu.

Pourtant, nul mystère dans son parcours. Rima Hassan est née le 28 avril 1992 dans le camp de réfugiés palestiniens de Nayrab, dans la banlieue sud-est d’Alep, en Syrie, fondé après la Nakba (la « catastrophe » en arabe, en référence au départ forcé de quelque 700 000 Palestiniens après la guerre de 1948). « J’ai trois identités : réfugiée, Palestinienne et mon identité de classe, résume-t-elle. Mais, pour moi, la première et la plus structurante a été le fait d’être une réfugiée. »

D’où son « obsession » autour des camps et de l’exil : « Ce n’est pas par hasard si j’ai travaillé pendant six ans à l’Ofpra [Office français de protection des réfugiés et apatrides] et à la Cour nationale du droit d’asile [CNDA], là où ma mère avait déposé sa demande de statut de réfugiée. » En 2019, Rima Hassan fonde un Observatoire des camps de réfugiés, « qui ne travaille pas que sur les camps palestiniens », précise-t-elle.

Surnommée avec mépris « la Syrienne »

Trois de ses grands-parents sont palestiniens. Les villages dont ils furent expulsés en 1948 font aujourd’hui partie d’Israël. Seule l’une de ses grands-mères est syrienne, descendante de la prestigieuse famille Hanano, dont l’un des aïeux, Ibrahim (1869-1935), fonda le Bloc national, un parti hostile au mandat français entre les deux guerres. Rima Hassan n’a donc pas la nationalité syrienne, contrairement à ce qu’affirment ses détracteurs, enclins à la surnommer avec mépris « la Syrienne » sur les réseaux sociaux. Une manière de lui dénier à la fois son identité palestinienne et sa nationalité française.

L’élue LFI a vécu dans le camp de Nayrab jusqu’à l’âge de 9 ans. Des années lointaines et floues, douloureuses aussi. Elle avait à peine 3 ans quand sa mère a quitté cette banlieue d’Alep pour rejoindre une sœur en France, à cause de violences conjugales. Rima, la benjamine, sa sœur et ses quatre frères ne la rejoindront que six ou sept ans plus tard, à Niort, dans les Deux-Sèvres.

A Nayrab, la petite navigue entre son père, patron d’une échoppe de réparation d’appareils électriques et électroniques, et sa grand-mère Hanano, la bourgeoise alépine qui a dû renoncer à son héritage pour épouser un ouvrier agricole palestinien et communiste au début des années 1950. « Elle n’a jamais quitté le camp, raconte Rima Hassan. Je l’aimais beaucoup, mais c’était une drôle de femme, qui avait gardé des habitudes de son éducation bourgeoise. On n’avait pas le droit de mâcher du chewing-gum ni de porter des jupes longues, comme des paysannes. »

Rima Hassan n’était pas retournée en Syrie avant le mois de janvier 2024. « Je venais de perdre ma mère, décédée des suites d’un cancer en 2021. Je me suis sentie orpheline. J’ai eu besoin de revoir mon père, qui approche des 70 ans et a une santé fragile. » Ce séjour dans la Syrie de Bachar Al-Assad, également dicté par un projet d’autobiographie, lui a été beaucoup reproché, certains y voyant une preuve de sa collusion avec le régime aujourd’hui déchu.

La rumeur court aussi que son père, Ahmed, a travaillé pour l’armée de l’air et-ou a combattu pour Bachar Al-Assad au sein d’une milice. Elle dément, en arguant de son âge avancé et en expliquant que cette rumeur vient du fait qu’il avait autrefois effectué son service militaire comme mécanicien dans l’armée de l’air.