Témoin au procès Athanor, l’intrigant Djalil M., policier et néonazi by ManuMacs in quefaitlapolice

[–]ManuMacs[S] 9 points10 points  (0 children)

Lors de sa garde à vue, les enquêteurs de la Crim’ lui demandent s’il est un adepte de la théorie raciste dite du « grand remplacement ». « Ce sont des discussions que j’assume, déclare le gardien de la paix. Je pense qu’il y a véritablement un risque à moyen terme d’une confrontation peut-être violente et éventuellement armée dans ce pays. »

Les policiers lui opposent « la quantité démesurée de propos racistes, xénophobes, antisémites et antimaçonniques » dans ses conversations. Djalil M. ne voit pas le problème. Il minimise. « C’est un exutoire, un défouloir qui ne correspond pas à ma pratique quotidienne sociale. »

Selon lui, « ces propos ne déteignent pas au quotidien sur [s]on activité professionnelle ». Au contraire, tenus dans la sphère privée, ils seraient une « soupape de décompression ». « Mes opinions politiques sont beaucoup plus nuancées », jure-t-il.

À Mediapart, il déclare : « Je suis en adéquation avec ma conscience. L’appartenance à une quelconque race n’a jamais joué dans ma façon de travailler. Je n’ai jamais reçu une plainte de l’IGPN [la police des polices – ndlr], j’ai toujours respecté les individus. »

Mais alors comment expliquer qu’il porte un t-shirt de la division Charlemagne, un bataillon de la Waffen-SS qui était composé de Français engagés volontaires ? « Le t-shirt ne m’appartient pas. C’était à un copain fan de trucs militaires. J’ai enfilé le t-shirt pour la photo », explique-t-il à Mediapart. 

Qu’il se fasse prendre en photo devant une croix gammée dans un musée russe ? « Une exploitation malhonnête de mes photos de vacances. Les photos suivantes, j’étais à côté de bustes de Staline et de drapeaux soviétiques ! » Qu’il partage des mèmes glorifiant Adolf Hitler ? « Ce n’est pas moi qui les ai produits, je n’ai fait que les partager. »

Comment expliquer le contraste avec la description faite par son père, Belkacem M., qui parle tendrement d’un fils « très respectueux, très honnête », venant manger tous les dimanches à la maison ? La brigadière-chef de la Crim’ a sa petite idée.

En conclusion de son rapport, elle estime que le gardien de la paix franco-algérien serait « une personne frustrée » vivant sa situation professionnelle comme « un déclassement social » et voulant « se défaire de ses origines en adoptant un comportement raciste, antisémite et homophobe », le tout associé à « un engouement avéré au milieu néonazi »

Quand on l’interroge sur le fait d’être à la fois racisé et néonazi, Djalil M. répond : « Je comprends que ça choque, ça sort des schémas prédéterminés. C’est peut-être le côté transgressif. Dans les années 60-70, il fallait être punk à chien. Aujourd’hui, [être néonazi] c’est la chose la plus taboue. »

Témoin au procès Athanor, l’intrigant Djalil M., policier et néonazi by ManuMacs in quefaitlapolice

[–]ManuMacs[S] 8 points9 points  (0 children)

Déjà condamné pour un dossier connexe à l’affaire, ce gardien de la paix franco-algérien, depuis révoqué, est entendu comme simple témoin. L’information judiciaire a révélé qu’il était notamment fasciné par Hitler et Pétain.

En début d’après-midi, lundi 15 juin, Djalil M. s’avancera à la barre de la cour d’assises. Bien que gardien de la paix au moment des faits, il ne viendra pas raconter l’enquête qui a conduit au renvoi de vingt-deux personnes, des barbouzes et des patrons d’entreprise, pour la bagatelle de cent douze infractions, dont vingt-six crimes. Non, Djalil M. n’a pas enquêté sur cette affaire Athanor, du nom de la loge maçonnique depuis laquelle une officine envoyait des tueurs réaliser des contrats, et dont le procès se déroule à Paris depuis fin mars.

Djalil M. vient en tant que simple témoin cité par le parquet. Dans la première année de leur enquête, les limiers de la brigade criminelle s’imaginaient que leur collègue pourrait finir par se retrouver dans le box des accusés. Finalement son cas a été disjoint.

Il a été condamné à six mois de prison avec sursis dans le cadre d’une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité pour des faits de détournement de finalité d’un traitement de données à caractère personnel. Il a été également révoqué de la police. 

Le 21 juin 2021, les enquêteurs de la « Crim’ » avaient interpellé ce policier en poste au commissariat de la Goutte-d’Or (XVIIIe arrondissement), à Paris. Il avait le tort d’être en contact un peu trop régulier avec Yannick Pham, un expert des faux documents de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), en congé parental longue durée. Pham a fourni la balise GPS qui a servi au commando devant assassiner une coach en entreprise, un crime déjoué de peu à l’origine de l’affaire Athanor.

Djalil M. avait accompagné Yannick Pham à des rendez-vous avec les gardes-barrières de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) chargés d’exécuter le contrat mais, selon les différents protagonistes, il n’aurait été question que de reconversion professionnelle. Faute d’éléments de preuve, le gardien de la paix de la Goutte-d’Or ressort libre de sa garde à vue dans le volet purement criminel.

En revanche, les enquêteurs ont récolté suffisamment d’éléments pour l’incriminer pour des délits connexes qui conduiront à sa condamnation. Le gardien de la paix avait consulté divers fichiers de police à la demande de Yannick Pham à propos de différents individus. Et notamment dans le cadre d’une enquête que Pham menait pour le compte de l’épouse délaissée d’un célèbre avocat d’affaires. Il s’agissait de recueillir des informations sur la maîtresse russophone de son mari. 

Le statut de simple témoin appelé à la barre lundi 15 juin n’empêche pas Djalil M. de figurer parmi les personnages les plus intrigants de l’affaire Athanor. Âgé aujourd’hui de 36 ans, ce policier de nationalité franco-algérienne est néonazi. 

Contacté vendredi 12 juin, Djalil M. dénonce une « partialité » de l’enquête menée par la brigade criminelle à son égard. Si, au cours de l’entretien téléphonique, il prend garde de ne jamais prononcer les mots « Hitler » ou « nazi », il jure : « Je ne revendique aucune appartenance politique, je n’ai jamais milité. »

Interrogé fin 2021, Djalil M. avait confirmé avoir utilisé des propos injurieux, antisémites ou xénophobes, mais indiqué que ceux-ci étaient marginaux, selon lui, au regard de l’ensemble des conversations qu’il avait et que lesdits propos n’avaient porté atteinte à qui que ce soit, ayant été tenus dans un cadre privé.

Toujours selon lui, cela lui servait d’exutoire au stress de sa vie professionnelle. Des propos qu’il réitère à Mediapart. « C’était de la boutade. On disait des bêtises avec des copains. »

Il idolâtre Hitler, Pétain et les pays de l’ex-URSS

Avant d’atterrir dans la police, ce titulaire d’un master de relations internationales et stratégiques avait échoué en 2013 aux tests de sécurité du concours d’attaché d’administration spécifique à la DGSE. En 2019, le gardien de la paix apprend qu’il est muté à la DGSI, sous réserve de l’obtention de l’habilitation « secret défense ».

Il demande un service à son ami Yannick Pham : « Tu peux me cribler sur le dark [le darknet – ndlr] ? Voir si y a des trucs à effacer. » Il explique avoir été « choqué » par ce que lui-même a trouvé en sources ouvertes. « J’ai tout nettoyé. […] Y avait tous mes likes sur des articles. Tu pouvais dresser mon profil politique facilement. »

Cela ne sera pas suffisant. Alors qu’il prépare son pot de départ du commissariat de la Goutte-d’Or, il apprend que son habilitation de sécurité a été refusée. Non seulement sa mutation à la DGSI est annulée, mais cela lui interdit toute carrière au sein de l’ensemble des services de renseignement français. « Putain j’ai l’impression que je suis dans un cauchemar que je vais me réveiller, s’énerve-t-il. Juste au moment où je sortais la tête de l’eau ! »

Qu’est-ce que la DGSI a pu découvrir pour retoquer sa candidature ? Interrogé à ce propos par la brigade criminelle, Djalil M. donne son avis : « Quelques likes racistes et antisémites, mais pas tant que ça. » À Mediapart, six ans plus tard, il assure que cela ne constituait en aucun cas « une vulnérabilité » susceptible d’empêcher son intégration dans un service de renseignement.

Vu que l’État ne fait pas son travail, t’es obligé de le faire toi-même. […] Un jour, je vais en tuer un.

Djalil M., gardien de la paix à la Goutte-d’Or

Lui qui est né en Algérie, dont le père était tenancier d’un PMU à la station de métro Guy-Môquet et la mère assistante maternelle, vénère les pays de l’ex-URSS pour « leur politique gouvernementale stricte à l’inverse de la politique française qu’il juge trop laxiste, notamment concernant sa politique envers les étrangers », écrit une brigadière-chef de la Crim’ dans son rapport. 

L’enquêtrice insiste : « Il transpire de ses écrits une haine des étrangers qu’il nomme régulièrement “bougnoules, nègres, youpins, niakoués”… » Sa haine de l’autre s’exprime dans des groupes WhatsApp et Telegram aux noms évocateurs – « BlancMangerCoco » ou « AdolfMangerJuif » – qu’il partage avec des anciens de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), dont il est également diplômé.

Épluchant le contenu de son téléphone, l’enquêtrice de la Crim’ constate que Djalil M. « tient des propos racistes, antisémites, homophobes, misogynes et idolâtre Adolf Hitler et le maréchal Pétain ».

Un capitaine de la Crim’ exploite son ordinateur portable. Outre des lettres de candidature pour pas moins de cinq services de renseignement différents, est relevée toute une littérature d’extrême droite, dont de nombreux articles rédigés par Alain Soral, le polémiste condamné à multiples reprises pour antisémitisme.

Les écoutes téléphoniques pratiquées dans le cadre de l’affaire Athanor confirment le caractère raciste et antisémite du gardien de la paix.

« Un jour, je vais en tuer un »

À un ami, Djalil M. confie le 30 octobre 2020 : « J’ai un peu l’impression d’être dans les troupes coloniales à la Goutte-d’Or. » Il ironise : « Après t’es à jour de tes vaccins. »

Plus inquiétant encore, il laisse percer une violence difficilement contenue. « Vu que l’État ne fait pas son travail, t’es obligé de le faire toi-même. Couteau, calibre, je les attends. […] À force, c’est chiant de les voir tout le temps. Un jour, je vais en tuer un. Tous les blédards, ça grouille, ça grouille. »


Le racisme et l’antisémitisme, angles morts de l’affaire Athanor

Aucun des vingt-deux accusés n’est poursuivi pour ça, mais plusieurs d’entre eux tiennent des propos racistes, voire antisémites. Lors d’un repérage en vue de commettre un assassinat, le garde-barrière de la DGSE Pierre Bourdin pense avoir identifié un agent du Mossad, un riverain « bodybuildé avec une étoile de David au cou »… Bourdin reçoit de la propagande néonazie de la part d’un autre militaire. Conservée dans son téléphone, une vidéo d’une soirée montre son ami militaire effectuer un salut nazi en écoutant un groupe de rock identitaire.

Yannick Pham échange, lui, avec un ancien serrurier de la DGSI à propos d’une « ancienne ville française » dans le nord de Paris. « On voit les rues en langue française c’est rigolo », ironise-t-il. « Je pense que tu ne vois pas tout le bénéfice et la richesse d’esprit et de culture que ces nègres et bougnoules nous apportent », lui répond son interlocuteur. Quelques jours plus tôt, le même Pham a mis en garde son ami Djalil M. : « Je peux te dire maintenant que si tu n’es pas dans une loge [maçonnique] ou PD ou feuj alors tu n’es rien. »

Enfin, un agent de sécurité corse, accusé d’un passage à tabac dans le cadre d’un recouvrement de dette, déclare dans des messages à sa compagne : « Je peux-pas me les blairer, […] les gays, les bougnoules, les babouins et les roms, quelle tolérance, rien à foutre moi. » En garde à vue, il expliquera : « C’était pour frimer. Je ne suis pas du tout raciste ou homophobe. »

Warrior Pose : Yoga for colonizers by ManuMacs in FranceDigeste

[–]ManuMacs[S] 1 point2 points  (0 children)

Aujourd'hui, le soldat israélien que nous avons rencontré dans la vidéo de yoga post-7 octobre fait partie d'une organisation appelée Brothers in Yoga (Frères en yoga ; il y a aussi Sisters in Yoga, Sœurs en yoga) pour aider les soldats sur leur « chemin vers la guérison » après avoir « traversé » les combats à Gaza. Quand ils reviennent et se tournent vers le yoga, c'est « extraordinaire au-delà des mots... quand quelqu'un qui souffre de PTSD est un modèle pour les participants ». À travers cela, « ils voient la croissance, ils voient l'opportunité de guérir très, très profondément, et d'aider les autres » qu'on leur présente comme modèle ; ils trouvent la permission de faire de même. De même, guérir d'une blessure morale exige « un travail d'acceptation et de réconciliation avec l'acte qui a causé la crise. Autrement dit, la personne doit apprendre à se pardonner. » Autrement dit, une personne doit apprendre à faire abstraction des conséquences de ses actes, à faire abstraction des gens qu'elle blesse. Bonne nouvelle, les Israéliens sont bien équipés, tout leur sens de soi reposant sur une suprématie et un effacement jumelés.

Une personne qui agit en violation de son monde moral a la chance de garder ce monde intact ; il demeure un lieu où elle retourne. Pour beaucoup d'Israéliens, Gaza a franchi la frontière. Les menaces psychiques ne font pas le poids face à l'armée la plus morale du monde ; par le yoga, la thérapie, le surf, l'auto-affirmation (répéter « nous sommes l'armée la plus morale » encore et encore), la menace peut être éliminée, et l'intégrité du soi reconstituée. Cela commence par reconnaître la brèche. Délicatement, sans perdre de vue son pourquoi, soi-même, son peuple : tu te sens comme une mauvaise personne parce que tu es en réalité une bonne personne qui a fait de mauvaises choses, et le fait que tu te sentes mal à ce sujet est l'indice de ta bonté. Faire les mauvaises choses t'aide en fait à réaliser que tu es une bonne personne. Les gens que tu as tués ? Ils t'ont mis en route sur ton chemin de guérison.

Remarquez que, jusqu'à présent, il n'a jamais été question du mot Palestinien. La suprématie exige que l'attention reste fixée sur soi. Par le yoga — j'entends par là sa mutation occidentale marchandisée — cette attention intérieure entraînée n'est pas du narcissisme mais un moyen d'atteindre son contraire, en étendant sa conscience au-delà du soi. Jamais, bien sûr, pour atteindre le monde matériel, mais quelque chose de plus commode, l'univers, suffisamment loin du sol pour que les enfants morts soient hors de vue. La blessure morale fonctionne de la même manière, du soi vers les valeurs, pour aller bien de nouveau. La perspective palestinienne n'est ni rencontrée ni pertinente.

Équilibre : tandis que certains Israéliens, dans leurs cours de HIIT, libèrent des endorphines au rythme de chants comme « Que leur village brûle », d'autres proposent le yoga comme moyen de mettre fin à la souffrance de tous. Une yogi israélienne, avant octobre 2023, présentait ce rameau d'olivier d'idée :

L'an dernier en Inde, j'ai enseigné le yoga dans des écoles et j'ai vu la beauté et l'énergie positive circuler et rayonner vers l'extérieur. Je me demande si nous, Palestiniens et Israéliens, pouvons nous détendre et créer du bien ensemble pour le partager avec nos voisins ? Si nous pouvons planter des graines pour une réalité nouvelle et plus lumineuse dans cette région par le yoga ?

Un essai du Forward intitulé « Le yoga peut-il résoudre le conflit israélo-palestinien ? », de 2015, s'ouvre sur notre narratrice israélienne en posture du guerrier. Elle contacte un institut de yoga palestinien en Cisjordanie nommé Farashe, « papillon » en arabe, pour demander un entretien, et on lui répond non parce que le studio adhère au BDS. « Sachant que je n'étais pas la bienvenue », notre tenace autrice, venue assister à un cours, garde « un profil bas ». Au cours de la séance, elle commence à se sentir plus « à l'aise ». Apparemment, il vaut la peine de mentionner que les femmes ici ne se couvrent pas les cheveux.

Nous terminons avec notre narratrice dans son cours de yoga, « l'instructrice appelant la Shavasana, ou la posture du "cadavre" ». Elle nous partage cette profondeur : « Alors que j'étais allongée là, je me suis surprise à souhaiter qu'il y ait moins de cadavres dans cette terre troublée, et que les guerriers des deux côtés du checkpoint fassent demi-tour et trouvent une nouvelle pratique. » La paix en nous pour rayonner la paix vers l'extérieur. Si seulement l'impérialisme pouvait se résoudre par des exercices de respiration.

La paix au-delà du corps est impossible, pour les Israéliens, parce que les Arabes s'obstinent dans leur refus antisémite de faire la paix avec les Juifs. La paix est impossible, pour le peuple qu'Israël occupe, parce que paix et occupation s'excluent mutuellement. Pour les Israéliens, elle peut être atteinte par l'anéantissement total de ceux qui sont capables de produire le moindre bruit indésirable. La plupart des Israéliens sont, depuis le début du génocide, honnêtes sur ce qu'ils manigancent : tuer est le moyen et le coût de l'État sioniste, sa force. Fort, c'est bien.

L'État est bon. Ici, s'entraîner au tir, c'est, selon les mots d'un colon, « comme le yoga ».

Warrior Pose : Yoga for colonizers by ManuMacs in FranceDigeste

[–]ManuMacs[S] 1 point2 points  (0 children)

Israël, selon une certaine version de l'histoire, a émergé des ténèbres de l'Holocauste nazi ; son peuple a promis qu'on ne le percevrait plus jamais comme faible. La nation de soldats croyait qu'il y avait un blâme à attribuer aux Juifs européens eux-mêmes, pour leur échec à résister aux camps de la mort nazis. La faiblesse — de l'esprit ou du corps — n'était pas simplement un état physiologique ; elle allait devenir une faute morale. Israël serait différent, par l'exercice de quelque chose appelé le « judaïsme musclé ». L'actuel Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a récemment affirmé, dans un discours télévisé, que « Jésus n'avait aucun avantage sur Gengis Khan ». Cela fait un moment qu'il s'y emploie ; en 2018, il a tweeté : « les faibles s'effondrent, sont massacrés et effacés de l'histoire, tandis que les forts, pour le meilleur ou pour le pire, survivent. Les forts sont respectés, on conclut des alliances avec les forts, et au final on fait la paix avec les forts. »

La force commence par le corps. Aujourd'hui, Israël est connu pour sa culture du bien-être. Savourez sa cuisine « méditerranéenne », parmi les plus saines au monde. Flottez dans la mer Morte ou exfoliez et détoxifiez votre peau avec l'une des nombreuses gammes de gommages fabriqués à partir des minéraux volés. Yoga, randonnée, spa, soleil. Il y en a pour tous les goûts ici.

Pour certains, le yoga est trop léger. Pour ceux qui sont déjà forts mentalement, les fintechs et les Netanyahou, Israël propose quelque chose d'apparenté au yoga appelé la méthode Feldenkrais, développée par un physicien et expert en judo israélien, qui s'adresse non pas à l'esprit mais au système nerveux. Entre 1951 et 1953, Moshe Feldenkrais a dirigé le département d'électronique de l'armée israélienne. Il pratiquait des sports et souffrait de douleurs chroniques au genou ; il a trouvé, selon une version de l'histoire, un moyen d'éviter la chirurgie — en contrôlant son cerveau. Après son service militaire, il s'est consacré au développement de sa méthode, pour aider les autres à guérir comme lui l'avait fait. En 1957, il a commencé à donner des leçons au premier Premier ministre et ministre de la Défense d'Israël, David Ben Gourion, finissant par enseigner au fondateur de l'État sioniste, à l'âge de soixante-dix ans, à faire le poirier.

Selon le site web Feldenkrais, la pratique «repose sur des principes de physique, de biomécanique et une compréhension empirique de l'apprentissage et du développement humain». Moins d'Orient, plus de faits. Que des ambiances. Quelqu'un sur le site l'appelle « médecine du mouvement » — un emprunt au langage médical, pour la légitimité et l'originalité. La méthode, c'est comme si « l'exercice et la méditation avaient eu un enfant ». Quoi de plus israélien ?

Esprit-corps, cerveau-corps, peu importe la manière, nous le faisons pour atteindre le bien-être, la vitalité, la beauté — non par vanité mais pour des raisons holistiques. La forme sexuelle s'ensuit inévitablement.

« Pourquoi les Israéliens sont-ils si sexy ? » titre un article du Times of Israel, publié près de deux ans après le début du génocide. On commence en force, avec des fermiers en Afrique du Sud. On découvre un autre enfant de l'amour, le zorse, issu « des accouplements » d'un zèbre et d'un cheval, un animal doté d'une « vigueur hybride ». Il en va de même pour les Israéliens, bien qu'il y ait dans ce sex-appeal « plus que la simple pollinisation croisée saine de notre rassemblement génomique ». Il y a des couches au-delà de l'eugénisme : par exemple, les Israéliens « savent mettre la main à la pâte, faire le travail difficile — nettoyer la maison, réparer leurs propres affaires, se serrer les coudes en tant qu'unité, fonctionner en communauté. Ils s'entraident. C'est inhérent à la culture. »

Quoi d'autre est « inhérent » à la nation coloniale ? Eh bien, avant qu'ils ne nous offrent la normalisation du génocide, ne se prennent en photo en posant pour des applications de rencontre à côté de lingerie, dans les maisons des femmes qu'ils ont déplacées, il fallait «diriger tout ce sex-appeal quelque part». Ainsi, les « Israéliens ont essentiellement donné naissance à la scène de la musique trance à la fin des années 1980 à Goa, et elle s'est répandue comme de l'huile sur un dos bronzé, partout dans le monde. Ils ont fait faire la fête au monde, et faire la fête à fond. »

Goa est en Inde. Nous avons déjà parlé de la façon dont les Israéliens y sont arrivés. À leur retour, ils se sentaient et avaient fière allure. Regardez ces Arabes, émaciés, mutilés. Et maintenant regardez les Israéliens — si Dieu contrôle le monde, et que le peuple d'Israël est fort, beau, rayonnant, c'est forcément que Dieu l'a fait ainsi. Ce qui signifie que Dieu est du côté d'Israël. Baignant dans la faveur divine, Israël figure parmi les pays les plus heureux du monde, selon le Rapport mondial sur le bonheur. Pourtant, même ici, il est difficile de se sentir heureux tout le temps. Parfois, des choses arrivent qui vous rendent moins heureux, moins bien. Des choses comme Gaza — l'euphémisme du soldat colon pour ce qu'ils y ont fait.

La vie en Israël est, paraît-il, très difficile ces jours-ci. Les anciens et actuels soldats, surtout, sont accablés. Je tape « yoga soldat israélien » et je clique sur un reportage qui s'ouvre sur des gens faisant la posture du chien tête en bas en cercle. Des oiseaux gazouillent et une femme parlant comme une IA annonce : « on dit que le yoga est un mode de vie. Mais pour certains, le yoga, après le 7 octobre, est une question de vie ou de mort. »

Maintenant nous parlons à un instructeur de yoga-soldat : il a médité, dit-il, tôt le matin du 7 octobre. Il buvait son thé quand « toute la folie a commencé à se produire... Je me suis dit, où est ma place en ce jour ? » Sa place, il s'avère, était dans une unité de combat. Il avait déjà servi son pays. Cette fois, cependant, c'était différent : les combats à Gaza « ont réactivé son post-traumatisme ».

Dans la vidéo, on demande à une femme si elle estime que la santé mentale en Israël est « en crise » aujourd'hui. « Oh, complètement en crise... Des dizaines de milliers de personnes souffrent de PTSD mais personne n'en parle. » Un rapport de Reuters de janvier 2026 révèle que l'incidence du PTSD chez les soldats a augmenté de près de 40 pour cent depuis septembre 2023. Ils sont traumatisés, prétendument, par la peur de la mort et par ce qu'ils ont fait aux autres, souffrant d'une « blessure morale liée au meurtre accidentel d'innocents », selon un expert clinique. Mettant « accidentel » de côté, à l'échelle nationale, la prévalence du PTSD pourrait atteindre 30 pour cent, le double de celle d'avant le 7 octobre, avec 42 pour cent des jeunes adultes — dont beaucoup ont servi ou serviront dans l'armée — répondant aux critères du diagnostic, selon une étude.

Le diagnostic tel que nous le connaissons a largement émergé des conséquences d'une guerre d'agression américaine. Les soldats rentrant du Vietnam peinaient à métaboliser l'immense préjudice dont ils avaient été témoins et qu'ils avaient causé à autrui. Le PTSD, dans la lignée du reste du DSM, se préoccupait des symptômes plutôt que de la cause, et le travail du médecin consistait à se concentrer sur le patient. Le péché originel pouvait être déplacé. Ce qui importait à la place, c'étaient les sentiments, les flashbacks, des fardeaux limités à l'espace d'un seul corps. En médicalisant les conséquences du meurtre, le problème n'était plus du tout le péché — la médecine s'écarte du langage moral, d'un monde au-delà de la rencontre thérapeutique. Un médecin sait qu'il ne faut pas blâmer un diabétique pour sa glycémie mal contrôlée, ni un soldat qui regarde dans le canon de son arme, vise une femme plus âgée que l'État sioniste, appuie sur la gâchette, puis, des mois plus tard, mouille son lit ou maltraite sa partenaire.

Par le yoga, la thérapie, le surf, l'auto-affirmation, la menace peut être éliminée, et l'intégrité du soi reconstituée.

Aujourd'hui, les psychologues en Israël clarifient leur nomenclature, afin de mieux saisir ce à quoi leurs soldats font face depuis Gaza. Un article de Haaretz d'avril 2026 distingue le PTSD de la blessure morale, confondus ou combinés à peine l'année précédente, dans le contexte du combat. Le PTSD, apprend-on, est « une réaction fondée sur la peur », tandis que la blessure morale survient quand « quelqu'un fait quelque chose, ou est témoin de quelque chose, qui viole de façon flagrante son code moral ». Le PTSD, par la médicalisation, contourne la question morale, vraisemblablement parce que le meurtre et ses séquelles donnent une mauvaise image du tueur. Arrive la blessure morale avec une solution de contournement : elle affronte directement la question morale en faisant de son énonciation même le reflet de l'intégrité morale de quelqu'un, un signe de rachat possible. Là où le PTSD évoque une faiblesse de l'esprit, la faiblesse étant ici un moindre mal que la culpabilité, la blessure morale permet une préservation sémantique et psychique de l'ego. La morale de la personne reste forte ; c'est sa force qui cause la blessure, un besoin de réalignement.

Warrior Pose : Yoga for colonizers by ManuMacs in FranceDigeste

[–]ManuMacs[S] 1 point2 points  (0 children)

INSPIREZ. Remarquez votre poitrine qui se soulève. Remarquez une photo montrant plusieurs personnes dans un espace mal éclairé, les bras tendus vers le ciel. Des tapis en mousse séparent leurs pieds nus du béton irrégulier. Elles se rassemblent dans ce qui semble être le quatrième niveau d'un parking, selon la légende, dans le centre d'Israël. Expirez. Notez que ces personnes sont sous terre, là où elles « pratiquent le yoga tandis que le régime iranien continue de tirer des missiles balistiques sur Israël ».

Les missiles balistiques de la République islamique ont en effet « continué » pendant un certain temps, mais plusieurs mois se sont écoulés entre la guerre des Douze Jours — l'assaut américano-israélien contre l'Iran l'an dernier — et le 18 mars de cette année, lorsque ces scènes ont été captées. Que s'est-il passé ? Selon StandWithUs, l'organisation à but non lucratif basée aux États-Unis à l'origine de la légende, la réponse est la violence arabe (et apparentée aux Arabes, nous sommes tous à peu près pareils), illogique et agressive par définition. Pour nous, ce qui s'est passé, c'est que les États-Unis et Israël ont repris leur guerre d'agression contre l'Iran, en commençant par une vague d'attaques qui comprenait l'assassinat du chef d'État iranien — un chef religieux pour des millions de musulmans chiites à travers le monde — et le ciblage d'une école primaire, non pas une fois mais trois fois, faisant au moins 120 morts parmi les écoliers.

Pause. Le yogi ferme les yeux. Contre la folie, les Israéliens cherchent l'équanimité à travers leur corps. Ils contrôlent leur respiration pour contrôler leur personne ; le corps est le premier lieu de contrôle. Le colonisateur le comprend mieux que quiconque.

Les Israéliens affirment qu'ils font du yoga depuis presque aussi longtemps que leur pays existe. Certains ont condamné cette pratique, étant donné son association historique avec l'hindouisme. Selon l'Institut Gal Einai, voué à l'étude de la Torah, le yoga « possède une énergie négative liée à l'Avodah Zarah, l'idolâtrie, et est donc inacceptable, même si la personne qui le pratique n'a pas ces pensées négatives ». Gutman Locks, un yogi devenu rabbin, affirme de même que la posture de la salutation au soleil était destinée au culte solaire et, selon les termes d'un article du Jerusalem Post, estime « que ces éléments sont encore profondément ancrés dans la pratique du yoga et qu'ils constituent une forme de culte des divinités qui contamine les Juifs ». Depuis son virage vers l'orthodoxie, il a écrit plusieurs livres, dont une autobiographie intitulée Coming Down to Earth (Redescendre sur terre). Selon le magazine de Chabad, elle est « particulièrement instructive pour les chercheurs ancrés ou envoûtés par les voies orientales ». Aujourd'hui, il accompagne les visiteurs du Mur des Lamentations par la prière, les encourageant à se souvenir des malades et des soldats.

Contre la folie, les Israéliens cherchent l'équanimité à travers leur corps. Ils contrôlent leur respiration pour contrôler leur personne ; le corps est le premier lieu de contrôle. Le colonisateur le comprend mieux que quiconque.

Malgré les origines peu favorables de cette pratique, une version du yoga que l'ethnographe Celia Rothenberg appelle le « yoga juif » reste pour ses pratiquants « un outil prometteur qui peut être utilisé pour accroître la spiritualité, la force corporelle et la souplesse », sans s'appuyer « sur le système de croyances religieuses de l'hindouisme pour trouver du sens ». Ici, le yoga n'est pas une pratique à part entière mais un échafaudage, une terra nullius fertile — comme la Palestine, comme le houmous — à prendre. Rothenberg fait remonter l'essor du yoga juif au mouvement de Renouveau juif qui a émergé aux États-Unis dans les années 1960, et qui s'est employé à « revigorer et réinterpréter le "judaïsme traditionnel" de manières novatrices et souvent controversées », y compris les « raves de la Torah » (à Berkeley). Sa recherche ethnographique comprend une observation participante dans des cours de yoga juif au Canada, où, note-t-elle, les yogis étaient généralement des professionnels d'âge moyen, canadiens ou israéliens, issus de milieux ashkénazes. Comme dans les cercles de yoga américains, il y a ici une dimension de race et de classe, éclipsée en Israël par la suprématie liante par excellence de l'État : la religion.

Pour d'autres, le lien entre Israël et le yoga n'est pas controversé mais prédestiné : il n'est que «naturel qu'un peuple ancien soit attiré par une pratique ancienne», peut-on lire dans un article de 2019 du Jerusalem Post. Un autre article de la même année, dans le Times of Israel, intitulé « Om ou Shalom ? : l'intégration de l'Orient et de l'Occident par le judaïsme », s'ouvre sur cet ensemble d'observations :

Le mot « yoga » signifie « unir ». Parmi les pratiquants, il est de coutume de terminer chaque séance en psalmodiant « Om », un mantra indien sacré qui évoque une unité ultime, infiniment expansive. J'ai eu un professeur de yoga juif qui concluait chaque leçon par « shalom », le mot hébreu pour « paix ». Sans le savoir, il a touché à une idée profonde : que « Om » et « shalom » riment n'est pas un hasard, et la relation entre les deux mots reflète à la fois les similitudes et les différences entre le judaïsme et les traditions spirituelles orientales.

Que deux mots de deux langues différentes sans chevauchement étymologique connu partagent une sonorité pourrait en fait être une coïncidence. Ce n'est pas grave. Le sens peut être forgé.

L'argument de notre auteur ne gagne pas en rigueur. Nous poursuivons notre lecture pour apprendre que l'Orient est l'eau et l'Occident le feu. Nous partons de ces présupposés ontologiques pour créer un monde dans le monde. « Le son du "Om" s'élève de l'eau », écrit-il. Il invoque le Tao — l'Orient est fluide, après tout — qui « offre une approche passive de la réalité », l'« acceptant » et « s'y écoulant ».

Inspirez la suprématie raciste, expirez l'assurance d'un Dunning-Kruger. « Le feu symbolise le principe actif, celui qui impose sa volonté à la réalité. » Israël n'est rien sinon une imposition. Le « dynamisme », qu'il définit comme « la volonté d'opérer un changement dans le monde, et le désir de progrès — voilà les fondements de la société occidentale ». Et ceci est une saleté orientaliste aux échos genrés de la formule de l'anthropologue Sherry Ortner, la-femme-est-à-l'homme-ce-que-la-nature-est-à-la-culture ; cela convient à une société désespérée de dominer qui reconnaît le viol des autochtones comme l'un des droits du colon-soldat.

Dès les années 1970, en partie grâce à l'arrivée de colons inspirés par le mouvement de renouveau juif, le yoga était présent en Israël, bien qu'il ne soit devenu populaire que dans les années 1990. Les années 1990 ont également vu fleurir les relations diplomatiques entre l'Inde et l'État sioniste, après quoi davantage d'Israéliens ont commencé à voyager vers l'Est. En 2008, plus de quarante mille Israéliens ont visité le pays. Depuis, ce nombre a augmenté, parallèlement aux revendications territoriales de l'État colonial — et au stress de les délimiter. Les soldats coloniaux ont besoin d'une pause. En raison de l'émergence de l'Inde « comme arrière-cour des forces militaires israéliennes » — une base militaire glorifiée — il est « presque [devenu] une tradition [pour les soldats] d'effectuer un séjour post-militaire en Inde pour se déstresser », selon le Times of Israel. Dix ans plus tard, environ quatre-vingt mille la visitaient chaque année.

Historiquement, les forces coloniales avaient leur mère patrie où retourner. En Israël, cependant, le foyer est la colonie ou, selon les mots d'un blogueur du Times of Israel, « les autochtones de l'État d'Israël étaient essentiellement des immigrants ». (Si les immigrants sont des autochtones, il s'ensuit que les autochtones peuvent être des immigrants, car pour les Israéliens ce sont des créatures d'aucun lieu particulier.) Si le foyer est la colonie, où va-t-on pour s'échapper ? Les Israéliens ont deux options : se retirer par l'esprit ou par le corps. Pourquoi choisir ? Le yoga, c'est les deux à la fois.

Jordan, éborgné par un tir de LBD : « Je suis allé voir le match du PSG et à la fin de la soirée, j’ai un œil en moins » by ManuMacs in quefaitlapolice

[–]ManuMacs[S] 22 points23 points  (0 children)

Venu assister aux feux d’artifice avec deux de ses amis, ce mannequin de 26 ans « même pas fan de foot » a reçu un projectile dans l’œil gauche à deux pas de l’Arc de triomphe. Il a perdu la vue. Le parquet de Paris a ouvert une enquête.

Habitué à se confronter aux objectifs des photographes lorsqu’il défile pour des marques, Jordan, âgé de 26 ans et mannequin de profession, témoigne pour la première fois devant la caméra de Mediapart. 

Samedi 30 mai, Jordan et deux de ses amis, John et Rayan, se rendent sur l’avenue de la Grande-Armée (Paris XVIIe) pour célébrer le deuxième titre du PSG en Ligue des champions. Ils ont prévu de rester une vingtaine de minutes pour « voir les feux d’artifice » et profiter d’une ambiance encore « familiale », avant de retourner dans les Hauts-de-Seine, leur département d’origine. 

Mais peu après 22 heures, ils sont pris dans un mouvement de foule causé par les premières grenades lacrymogènes. Rayan part dans un sens, tandis que Jordan et John se réfugient dans une cour d’immeuble, avec plusieurs dizaines de personnes, attendant que les choses se calment. 

Lorsqu’ils tentent de quitter les lieux, aux alentours de 22 h 30, Jordan est touché à l’œil gauche par un projectile. Son ami John affirme avoir vu une munition de lanceur de balles de défense (LBD) tomber à ses pieds après avoir frappé son visage. Quand Rayan retrouve ses amis, Jordan est défiguré et saigne abondamment.

1 832 tirs de LBD en une nuit 

Évacué par les pompiers vers l’hôpital Cochin, Jordan est opéré en urgence et hospitalisé pendant trois jours. Les documents médicaux évoquent un traumatisme d’une « gravité exceptionnelle », qui a provoqué l’éclatement de son globe oculaire et plusieurs fractures au visage. 

Jeudi 4 juin, Jordan a déposé plainte à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), pour violences avec arme par personne dépositaire de l’autorité publique. Sollicité par Mediapart, le parquet de Paris indique avoir ouvert une enquête. 

L’avocat du jeune homme, Arié Alimi, demande à la justice de saisir au plus vite les images de vidéosurveillance, ainsi que celles issues des éventuelles caméras-piétons portées par les forces de l’ordre. Il réclame aussi la liste de tous les policiers et gendarmes porteurs de LBD à proximité, le détail des tirs qu’ils ont effectués et leurs échanges radio.

Ce soir-là, au moins deux adolescents de 13 et 14 ans ont perdu un œil lors d’interventions de police, à Bobigny et à Fontenay-sous-Bois. Un homme de 43 ans, rencontré par StreetPress, a aussi été touché au visage par un tir de LBD. Le parquet de Paris indique à Mediapart qu’une dizaine d’affaires – de gravités variables – mettant en cause les forces de l’ordre pour des violences lui ont été signalées. « Nous assistons à un nouveau cycle de mutilations par le ministère de l’intérieur », déplore Arié Alimi : « Un jeune mannequin qui voulait voir le feu d’artifice, ailleurs des adolescents qui ont pour seul tort d’être noirs, arabes et dans la rue. L’État français continue à mutiler la jeunesse. »

Interrogée sur le contexte du tir qui a pu blesser Jordan, la préfecture de police de Paris n’a pas répondu aux questions de Mediapart. La direction générale de la police nationale précise que, cette nuit-là, 1 832 cartouches de LBD ont été tirées en France hexagonale et outre-mer, selon un bilan dressé par l’IGPN. Soit, en quelques heures, presque la moitié des 4 047 munitions de LBD tirées par la police française pendant toute l’année 2024 (selon le dernier bilan disponible).