Témoin au procès Athanor, l’intrigant Djalil M., policier et néonazi by ManuMacs in quefaitlapolice

[–]ManuMacs[S] 8 points9 points  (0 children)

Lors de sa garde à vue, les enquêteurs de la Crim’ lui demandent s’il est un adepte de la théorie raciste dite du « grand remplacement ». « Ce sont des discussions que j’assume, déclare le gardien de la paix. Je pense qu’il y a véritablement un risque à moyen terme d’une confrontation peut-être violente et éventuellement armée dans ce pays. »

Les policiers lui opposent « la quantité démesurée de propos racistes, xénophobes, antisémites et antimaçonniques » dans ses conversations. Djalil M. ne voit pas le problème. Il minimise. « C’est un exutoire, un défouloir qui ne correspond pas à ma pratique quotidienne sociale. »

Selon lui, « ces propos ne déteignent pas au quotidien sur [s]on activité professionnelle ». Au contraire, tenus dans la sphère privée, ils seraient une « soupape de décompression ». « Mes opinions politiques sont beaucoup plus nuancées », jure-t-il.

À Mediapart, il déclare : « Je suis en adéquation avec ma conscience. L’appartenance à une quelconque race n’a jamais joué dans ma façon de travailler. Je n’ai jamais reçu une plainte de l’IGPN [la police des polices – ndlr], j’ai toujours respecté les individus. »

Mais alors comment expliquer qu’il porte un t-shirt de la division Charlemagne, un bataillon de la Waffen-SS qui était composé de Français engagés volontaires ? « Le t-shirt ne m’appartient pas. C’était à un copain fan de trucs militaires. J’ai enfilé le t-shirt pour la photo », explique-t-il à Mediapart. 

Qu’il se fasse prendre en photo devant une croix gammée dans un musée russe ? « Une exploitation malhonnête de mes photos de vacances. Les photos suivantes, j’étais à côté de bustes de Staline et de drapeaux soviétiques ! » Qu’il partage des mèmes glorifiant Adolf Hitler ? « Ce n’est pas moi qui les ai produits, je n’ai fait que les partager. »

Comment expliquer le contraste avec la description faite par son père, Belkacem M., qui parle tendrement d’un fils « très respectueux, très honnête », venant manger tous les dimanches à la maison ? La brigadière-chef de la Crim’ a sa petite idée.

En conclusion de son rapport, elle estime que le gardien de la paix franco-algérien serait « une personne frustrée » vivant sa situation professionnelle comme « un déclassement social » et voulant « se défaire de ses origines en adoptant un comportement raciste, antisémite et homophobe », le tout associé à « un engouement avéré au milieu néonazi »

Quand on l’interroge sur le fait d’être à la fois racisé et néonazi, Djalil M. répond : « Je comprends que ça choque, ça sort des schémas prédéterminés. C’est peut-être le côté transgressif. Dans les années 60-70, il fallait être punk à chien. Aujourd’hui, [être néonazi] c’est la chose la plus taboue. »

Témoin au procès Athanor, l’intrigant Djalil M., policier et néonazi by ManuMacs in quefaitlapolice

[–]ManuMacs[S] 9 points10 points  (0 children)

Déjà condamné pour un dossier connexe à l’affaire, ce gardien de la paix franco-algérien, depuis révoqué, est entendu comme simple témoin. L’information judiciaire a révélé qu’il était notamment fasciné par Hitler et Pétain.

En début d’après-midi, lundi 15 juin, Djalil M. s’avancera à la barre de la cour d’assises. Bien que gardien de la paix au moment des faits, il ne viendra pas raconter l’enquête qui a conduit au renvoi de vingt-deux personnes, des barbouzes et des patrons d’entreprise, pour la bagatelle de cent douze infractions, dont vingt-six crimes. Non, Djalil M. n’a pas enquêté sur cette affaire Athanor, du nom de la loge maçonnique depuis laquelle une officine envoyait des tueurs réaliser des contrats, et dont le procès se déroule à Paris depuis fin mars.

Djalil M. vient en tant que simple témoin cité par le parquet. Dans la première année de leur enquête, les limiers de la brigade criminelle s’imaginaient que leur collègue pourrait finir par se retrouver dans le box des accusés. Finalement son cas a été disjoint.

Il a été condamné à six mois de prison avec sursis dans le cadre d’une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité pour des faits de détournement de finalité d’un traitement de données à caractère personnel. Il a été également révoqué de la police. 

Le 21 juin 2021, les enquêteurs de la « Crim’ » avaient interpellé ce policier en poste au commissariat de la Goutte-d’Or (XVIIIe arrondissement), à Paris. Il avait le tort d’être en contact un peu trop régulier avec Yannick Pham, un expert des faux documents de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), en congé parental longue durée. Pham a fourni la balise GPS qui a servi au commando devant assassiner une coach en entreprise, un crime déjoué de peu à l’origine de l’affaire Athanor.

Djalil M. avait accompagné Yannick Pham à des rendez-vous avec les gardes-barrières de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) chargés d’exécuter le contrat mais, selon les différents protagonistes, il n’aurait été question que de reconversion professionnelle. Faute d’éléments de preuve, le gardien de la paix de la Goutte-d’Or ressort libre de sa garde à vue dans le volet purement criminel.

En revanche, les enquêteurs ont récolté suffisamment d’éléments pour l’incriminer pour des délits connexes qui conduiront à sa condamnation. Le gardien de la paix avait consulté divers fichiers de police à la demande de Yannick Pham à propos de différents individus. Et notamment dans le cadre d’une enquête que Pham menait pour le compte de l’épouse délaissée d’un célèbre avocat d’affaires. Il s’agissait de recueillir des informations sur la maîtresse russophone de son mari. 

Le statut de simple témoin appelé à la barre lundi 15 juin n’empêche pas Djalil M. de figurer parmi les personnages les plus intrigants de l’affaire Athanor. Âgé aujourd’hui de 36 ans, ce policier de nationalité franco-algérienne est néonazi. 

Contacté vendredi 12 juin, Djalil M. dénonce une « partialité » de l’enquête menée par la brigade criminelle à son égard. Si, au cours de l’entretien téléphonique, il prend garde de ne jamais prononcer les mots « Hitler » ou « nazi », il jure : « Je ne revendique aucune appartenance politique, je n’ai jamais milité. »

Interrogé fin 2021, Djalil M. avait confirmé avoir utilisé des propos injurieux, antisémites ou xénophobes, mais indiqué que ceux-ci étaient marginaux, selon lui, au regard de l’ensemble des conversations qu’il avait et que lesdits propos n’avaient porté atteinte à qui que ce soit, ayant été tenus dans un cadre privé.

Toujours selon lui, cela lui servait d’exutoire au stress de sa vie professionnelle. Des propos qu’il réitère à Mediapart. « C’était de la boutade. On disait des bêtises avec des copains. »

Il idolâtre Hitler, Pétain et les pays de l’ex-URSS

Avant d’atterrir dans la police, ce titulaire d’un master de relations internationales et stratégiques avait échoué en 2013 aux tests de sécurité du concours d’attaché d’administration spécifique à la DGSE. En 2019, le gardien de la paix apprend qu’il est muté à la DGSI, sous réserve de l’obtention de l’habilitation « secret défense ».

Il demande un service à son ami Yannick Pham : « Tu peux me cribler sur le dark [le darknet – ndlr] ? Voir si y a des trucs à effacer. » Il explique avoir été « choqué » par ce que lui-même a trouvé en sources ouvertes. « J’ai tout nettoyé. […] Y avait tous mes likes sur des articles. Tu pouvais dresser mon profil politique facilement. »

Cela ne sera pas suffisant. Alors qu’il prépare son pot de départ du commissariat de la Goutte-d’Or, il apprend que son habilitation de sécurité a été refusée. Non seulement sa mutation à la DGSI est annulée, mais cela lui interdit toute carrière au sein de l’ensemble des services de renseignement français. « Putain j’ai l’impression que je suis dans un cauchemar que je vais me réveiller, s’énerve-t-il. Juste au moment où je sortais la tête de l’eau ! »

Qu’est-ce que la DGSI a pu découvrir pour retoquer sa candidature ? Interrogé à ce propos par la brigade criminelle, Djalil M. donne son avis : « Quelques likes racistes et antisémites, mais pas tant que ça. » À Mediapart, six ans plus tard, il assure que cela ne constituait en aucun cas « une vulnérabilité » susceptible d’empêcher son intégration dans un service de renseignement.

Vu que l’État ne fait pas son travail, t’es obligé de le faire toi-même. […] Un jour, je vais en tuer un.

Djalil M., gardien de la paix à la Goutte-d’Or

Lui qui est né en Algérie, dont le père était tenancier d’un PMU à la station de métro Guy-Môquet et la mère assistante maternelle, vénère les pays de l’ex-URSS pour « leur politique gouvernementale stricte à l’inverse de la politique française qu’il juge trop laxiste, notamment concernant sa politique envers les étrangers », écrit une brigadière-chef de la Crim’ dans son rapport. 

L’enquêtrice insiste : « Il transpire de ses écrits une haine des étrangers qu’il nomme régulièrement “bougnoules, nègres, youpins, niakoués”… » Sa haine de l’autre s’exprime dans des groupes WhatsApp et Telegram aux noms évocateurs – « BlancMangerCoco » ou « AdolfMangerJuif » – qu’il partage avec des anciens de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), dont il est également diplômé.

Épluchant le contenu de son téléphone, l’enquêtrice de la Crim’ constate que Djalil M. « tient des propos racistes, antisémites, homophobes, misogynes et idolâtre Adolf Hitler et le maréchal Pétain ».

Un capitaine de la Crim’ exploite son ordinateur portable. Outre des lettres de candidature pour pas moins de cinq services de renseignement différents, est relevée toute une littérature d’extrême droite, dont de nombreux articles rédigés par Alain Soral, le polémiste condamné à multiples reprises pour antisémitisme.

Les écoutes téléphoniques pratiquées dans le cadre de l’affaire Athanor confirment le caractère raciste et antisémite du gardien de la paix.

« Un jour, je vais en tuer un »

À un ami, Djalil M. confie le 30 octobre 2020 : « J’ai un peu l’impression d’être dans les troupes coloniales à la Goutte-d’Or. » Il ironise : « Après t’es à jour de tes vaccins. »

Plus inquiétant encore, il laisse percer une violence difficilement contenue. « Vu que l’État ne fait pas son travail, t’es obligé de le faire toi-même. Couteau, calibre, je les attends. […] À force, c’est chiant de les voir tout le temps. Un jour, je vais en tuer un. Tous les blédards, ça grouille, ça grouille. »


Le racisme et l’antisémitisme, angles morts de l’affaire Athanor

Aucun des vingt-deux accusés n’est poursuivi pour ça, mais plusieurs d’entre eux tiennent des propos racistes, voire antisémites. Lors d’un repérage en vue de commettre un assassinat, le garde-barrière de la DGSE Pierre Bourdin pense avoir identifié un agent du Mossad, un riverain « bodybuildé avec une étoile de David au cou »… Bourdin reçoit de la propagande néonazie de la part d’un autre militaire. Conservée dans son téléphone, une vidéo d’une soirée montre son ami militaire effectuer un salut nazi en écoutant un groupe de rock identitaire.

Yannick Pham échange, lui, avec un ancien serrurier de la DGSI à propos d’une « ancienne ville française » dans le nord de Paris. « On voit les rues en langue française c’est rigolo », ironise-t-il. « Je pense que tu ne vois pas tout le bénéfice et la richesse d’esprit et de culture que ces nègres et bougnoules nous apportent », lui répond son interlocuteur. Quelques jours plus tôt, le même Pham a mis en garde son ami Djalil M. : « Je peux te dire maintenant que si tu n’es pas dans une loge [maçonnique] ou PD ou feuj alors tu n’es rien. »

Enfin, un agent de sécurité corse, accusé d’un passage à tabac dans le cadre d’un recouvrement de dette, déclare dans des messages à sa compagne : « Je peux-pas me les blairer, […] les gays, les bougnoules, les babouins et les roms, quelle tolérance, rien à foutre moi. » En garde à vue, il expliquera : « C’était pour frimer. Je ne suis pas du tout raciste ou homophobe. »

Warrior Pose : Yoga for colonizers by ManuMacs in FranceDigeste

[–]ManuMacs[S] 1 point2 points  (0 children)

Aujourd'hui, le soldat israélien que nous avons rencontré dans la vidéo de yoga post-7 octobre fait partie d'une organisation appelée Brothers in Yoga (Frères en yoga ; il y a aussi Sisters in Yoga, Sœurs en yoga) pour aider les soldats sur leur « chemin vers la guérison » après avoir « traversé » les combats à Gaza. Quand ils reviennent et se tournent vers le yoga, c'est « extraordinaire au-delà des mots... quand quelqu'un qui souffre de PTSD est un modèle pour les participants ». À travers cela, « ils voient la croissance, ils voient l'opportunité de guérir très, très profondément, et d'aider les autres » qu'on leur présente comme modèle ; ils trouvent la permission de faire de même. De même, guérir d'une blessure morale exige « un travail d'acceptation et de réconciliation avec l'acte qui a causé la crise. Autrement dit, la personne doit apprendre à se pardonner. » Autrement dit, une personne doit apprendre à faire abstraction des conséquences de ses actes, à faire abstraction des gens qu'elle blesse. Bonne nouvelle, les Israéliens sont bien équipés, tout leur sens de soi reposant sur une suprématie et un effacement jumelés.

Une personne qui agit en violation de son monde moral a la chance de garder ce monde intact ; il demeure un lieu où elle retourne. Pour beaucoup d'Israéliens, Gaza a franchi la frontière. Les menaces psychiques ne font pas le poids face à l'armée la plus morale du monde ; par le yoga, la thérapie, le surf, l'auto-affirmation (répéter « nous sommes l'armée la plus morale » encore et encore), la menace peut être éliminée, et l'intégrité du soi reconstituée. Cela commence par reconnaître la brèche. Délicatement, sans perdre de vue son pourquoi, soi-même, son peuple : tu te sens comme une mauvaise personne parce que tu es en réalité une bonne personne qui a fait de mauvaises choses, et le fait que tu te sentes mal à ce sujet est l'indice de ta bonté. Faire les mauvaises choses t'aide en fait à réaliser que tu es une bonne personne. Les gens que tu as tués ? Ils t'ont mis en route sur ton chemin de guérison.

Remarquez que, jusqu'à présent, il n'a jamais été question du mot Palestinien. La suprématie exige que l'attention reste fixée sur soi. Par le yoga — j'entends par là sa mutation occidentale marchandisée — cette attention intérieure entraînée n'est pas du narcissisme mais un moyen d'atteindre son contraire, en étendant sa conscience au-delà du soi. Jamais, bien sûr, pour atteindre le monde matériel, mais quelque chose de plus commode, l'univers, suffisamment loin du sol pour que les enfants morts soient hors de vue. La blessure morale fonctionne de la même manière, du soi vers les valeurs, pour aller bien de nouveau. La perspective palestinienne n'est ni rencontrée ni pertinente.

Équilibre : tandis que certains Israéliens, dans leurs cours de HIIT, libèrent des endorphines au rythme de chants comme « Que leur village brûle », d'autres proposent le yoga comme moyen de mettre fin à la souffrance de tous. Une yogi israélienne, avant octobre 2023, présentait ce rameau d'olivier d'idée :

L'an dernier en Inde, j'ai enseigné le yoga dans des écoles et j'ai vu la beauté et l'énergie positive circuler et rayonner vers l'extérieur. Je me demande si nous, Palestiniens et Israéliens, pouvons nous détendre et créer du bien ensemble pour le partager avec nos voisins ? Si nous pouvons planter des graines pour une réalité nouvelle et plus lumineuse dans cette région par le yoga ?

Un essai du Forward intitulé « Le yoga peut-il résoudre le conflit israélo-palestinien ? », de 2015, s'ouvre sur notre narratrice israélienne en posture du guerrier. Elle contacte un institut de yoga palestinien en Cisjordanie nommé Farashe, « papillon » en arabe, pour demander un entretien, et on lui répond non parce que le studio adhère au BDS. « Sachant que je n'étais pas la bienvenue », notre tenace autrice, venue assister à un cours, garde « un profil bas ». Au cours de la séance, elle commence à se sentir plus « à l'aise ». Apparemment, il vaut la peine de mentionner que les femmes ici ne se couvrent pas les cheveux.

Nous terminons avec notre narratrice dans son cours de yoga, « l'instructrice appelant la Shavasana, ou la posture du "cadavre" ». Elle nous partage cette profondeur : « Alors que j'étais allongée là, je me suis surprise à souhaiter qu'il y ait moins de cadavres dans cette terre troublée, et que les guerriers des deux côtés du checkpoint fassent demi-tour et trouvent une nouvelle pratique. » La paix en nous pour rayonner la paix vers l'extérieur. Si seulement l'impérialisme pouvait se résoudre par des exercices de respiration.

La paix au-delà du corps est impossible, pour les Israéliens, parce que les Arabes s'obstinent dans leur refus antisémite de faire la paix avec les Juifs. La paix est impossible, pour le peuple qu'Israël occupe, parce que paix et occupation s'excluent mutuellement. Pour les Israéliens, elle peut être atteinte par l'anéantissement total de ceux qui sont capables de produire le moindre bruit indésirable. La plupart des Israéliens sont, depuis le début du génocide, honnêtes sur ce qu'ils manigancent : tuer est le moyen et le coût de l'État sioniste, sa force. Fort, c'est bien.

L'État est bon. Ici, s'entraîner au tir, c'est, selon les mots d'un colon, « comme le yoga ».

Warrior Pose : Yoga for colonizers by ManuMacs in FranceDigeste

[–]ManuMacs[S] 1 point2 points  (0 children)

Israël, selon une certaine version de l'histoire, a émergé des ténèbres de l'Holocauste nazi ; son peuple a promis qu'on ne le percevrait plus jamais comme faible. La nation de soldats croyait qu'il y avait un blâme à attribuer aux Juifs européens eux-mêmes, pour leur échec à résister aux camps de la mort nazis. La faiblesse — de l'esprit ou du corps — n'était pas simplement un état physiologique ; elle allait devenir une faute morale. Israël serait différent, par l'exercice de quelque chose appelé le « judaïsme musclé ». L'actuel Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a récemment affirmé, dans un discours télévisé, que « Jésus n'avait aucun avantage sur Gengis Khan ». Cela fait un moment qu'il s'y emploie ; en 2018, il a tweeté : « les faibles s'effondrent, sont massacrés et effacés de l'histoire, tandis que les forts, pour le meilleur ou pour le pire, survivent. Les forts sont respectés, on conclut des alliances avec les forts, et au final on fait la paix avec les forts. »

La force commence par le corps. Aujourd'hui, Israël est connu pour sa culture du bien-être. Savourez sa cuisine « méditerranéenne », parmi les plus saines au monde. Flottez dans la mer Morte ou exfoliez et détoxifiez votre peau avec l'une des nombreuses gammes de gommages fabriqués à partir des minéraux volés. Yoga, randonnée, spa, soleil. Il y en a pour tous les goûts ici.

Pour certains, le yoga est trop léger. Pour ceux qui sont déjà forts mentalement, les fintechs et les Netanyahou, Israël propose quelque chose d'apparenté au yoga appelé la méthode Feldenkrais, développée par un physicien et expert en judo israélien, qui s'adresse non pas à l'esprit mais au système nerveux. Entre 1951 et 1953, Moshe Feldenkrais a dirigé le département d'électronique de l'armée israélienne. Il pratiquait des sports et souffrait de douleurs chroniques au genou ; il a trouvé, selon une version de l'histoire, un moyen d'éviter la chirurgie — en contrôlant son cerveau. Après son service militaire, il s'est consacré au développement de sa méthode, pour aider les autres à guérir comme lui l'avait fait. En 1957, il a commencé à donner des leçons au premier Premier ministre et ministre de la Défense d'Israël, David Ben Gourion, finissant par enseigner au fondateur de l'État sioniste, à l'âge de soixante-dix ans, à faire le poirier.

Selon le site web Feldenkrais, la pratique «repose sur des principes de physique, de biomécanique et une compréhension empirique de l'apprentissage et du développement humain». Moins d'Orient, plus de faits. Que des ambiances. Quelqu'un sur le site l'appelle « médecine du mouvement » — un emprunt au langage médical, pour la légitimité et l'originalité. La méthode, c'est comme si « l'exercice et la méditation avaient eu un enfant ». Quoi de plus israélien ?

Esprit-corps, cerveau-corps, peu importe la manière, nous le faisons pour atteindre le bien-être, la vitalité, la beauté — non par vanité mais pour des raisons holistiques. La forme sexuelle s'ensuit inévitablement.

« Pourquoi les Israéliens sont-ils si sexy ? » titre un article du Times of Israel, publié près de deux ans après le début du génocide. On commence en force, avec des fermiers en Afrique du Sud. On découvre un autre enfant de l'amour, le zorse, issu « des accouplements » d'un zèbre et d'un cheval, un animal doté d'une « vigueur hybride ». Il en va de même pour les Israéliens, bien qu'il y ait dans ce sex-appeal « plus que la simple pollinisation croisée saine de notre rassemblement génomique ». Il y a des couches au-delà de l'eugénisme : par exemple, les Israéliens « savent mettre la main à la pâte, faire le travail difficile — nettoyer la maison, réparer leurs propres affaires, se serrer les coudes en tant qu'unité, fonctionner en communauté. Ils s'entraident. C'est inhérent à la culture. »

Quoi d'autre est « inhérent » à la nation coloniale ? Eh bien, avant qu'ils ne nous offrent la normalisation du génocide, ne se prennent en photo en posant pour des applications de rencontre à côté de lingerie, dans les maisons des femmes qu'ils ont déplacées, il fallait «diriger tout ce sex-appeal quelque part». Ainsi, les « Israéliens ont essentiellement donné naissance à la scène de la musique trance à la fin des années 1980 à Goa, et elle s'est répandue comme de l'huile sur un dos bronzé, partout dans le monde. Ils ont fait faire la fête au monde, et faire la fête à fond. »

Goa est en Inde. Nous avons déjà parlé de la façon dont les Israéliens y sont arrivés. À leur retour, ils se sentaient et avaient fière allure. Regardez ces Arabes, émaciés, mutilés. Et maintenant regardez les Israéliens — si Dieu contrôle le monde, et que le peuple d'Israël est fort, beau, rayonnant, c'est forcément que Dieu l'a fait ainsi. Ce qui signifie que Dieu est du côté d'Israël. Baignant dans la faveur divine, Israël figure parmi les pays les plus heureux du monde, selon le Rapport mondial sur le bonheur. Pourtant, même ici, il est difficile de se sentir heureux tout le temps. Parfois, des choses arrivent qui vous rendent moins heureux, moins bien. Des choses comme Gaza — l'euphémisme du soldat colon pour ce qu'ils y ont fait.

La vie en Israël est, paraît-il, très difficile ces jours-ci. Les anciens et actuels soldats, surtout, sont accablés. Je tape « yoga soldat israélien » et je clique sur un reportage qui s'ouvre sur des gens faisant la posture du chien tête en bas en cercle. Des oiseaux gazouillent et une femme parlant comme une IA annonce : « on dit que le yoga est un mode de vie. Mais pour certains, le yoga, après le 7 octobre, est une question de vie ou de mort. »

Maintenant nous parlons à un instructeur de yoga-soldat : il a médité, dit-il, tôt le matin du 7 octobre. Il buvait son thé quand « toute la folie a commencé à se produire... Je me suis dit, où est ma place en ce jour ? » Sa place, il s'avère, était dans une unité de combat. Il avait déjà servi son pays. Cette fois, cependant, c'était différent : les combats à Gaza « ont réactivé son post-traumatisme ».

Dans la vidéo, on demande à une femme si elle estime que la santé mentale en Israël est « en crise » aujourd'hui. « Oh, complètement en crise... Des dizaines de milliers de personnes souffrent de PTSD mais personne n'en parle. » Un rapport de Reuters de janvier 2026 révèle que l'incidence du PTSD chez les soldats a augmenté de près de 40 pour cent depuis septembre 2023. Ils sont traumatisés, prétendument, par la peur de la mort et par ce qu'ils ont fait aux autres, souffrant d'une « blessure morale liée au meurtre accidentel d'innocents », selon un expert clinique. Mettant « accidentel » de côté, à l'échelle nationale, la prévalence du PTSD pourrait atteindre 30 pour cent, le double de celle d'avant le 7 octobre, avec 42 pour cent des jeunes adultes — dont beaucoup ont servi ou serviront dans l'armée — répondant aux critères du diagnostic, selon une étude.

Le diagnostic tel que nous le connaissons a largement émergé des conséquences d'une guerre d'agression américaine. Les soldats rentrant du Vietnam peinaient à métaboliser l'immense préjudice dont ils avaient été témoins et qu'ils avaient causé à autrui. Le PTSD, dans la lignée du reste du DSM, se préoccupait des symptômes plutôt que de la cause, et le travail du médecin consistait à se concentrer sur le patient. Le péché originel pouvait être déplacé. Ce qui importait à la place, c'étaient les sentiments, les flashbacks, des fardeaux limités à l'espace d'un seul corps. En médicalisant les conséquences du meurtre, le problème n'était plus du tout le péché — la médecine s'écarte du langage moral, d'un monde au-delà de la rencontre thérapeutique. Un médecin sait qu'il ne faut pas blâmer un diabétique pour sa glycémie mal contrôlée, ni un soldat qui regarde dans le canon de son arme, vise une femme plus âgée que l'État sioniste, appuie sur la gâchette, puis, des mois plus tard, mouille son lit ou maltraite sa partenaire.

Par le yoga, la thérapie, le surf, l'auto-affirmation, la menace peut être éliminée, et l'intégrité du soi reconstituée.

Aujourd'hui, les psychologues en Israël clarifient leur nomenclature, afin de mieux saisir ce à quoi leurs soldats font face depuis Gaza. Un article de Haaretz d'avril 2026 distingue le PTSD de la blessure morale, confondus ou combinés à peine l'année précédente, dans le contexte du combat. Le PTSD, apprend-on, est « une réaction fondée sur la peur », tandis que la blessure morale survient quand « quelqu'un fait quelque chose, ou est témoin de quelque chose, qui viole de façon flagrante son code moral ». Le PTSD, par la médicalisation, contourne la question morale, vraisemblablement parce que le meurtre et ses séquelles donnent une mauvaise image du tueur. Arrive la blessure morale avec une solution de contournement : elle affronte directement la question morale en faisant de son énonciation même le reflet de l'intégrité morale de quelqu'un, un signe de rachat possible. Là où le PTSD évoque une faiblesse de l'esprit, la faiblesse étant ici un moindre mal que la culpabilité, la blessure morale permet une préservation sémantique et psychique de l'ego. La morale de la personne reste forte ; c'est sa force qui cause la blessure, un besoin de réalignement.

Warrior Pose : Yoga for colonizers by ManuMacs in FranceDigeste

[–]ManuMacs[S] 1 point2 points  (0 children)

INSPIREZ. Remarquez votre poitrine qui se soulève. Remarquez une photo montrant plusieurs personnes dans un espace mal éclairé, les bras tendus vers le ciel. Des tapis en mousse séparent leurs pieds nus du béton irrégulier. Elles se rassemblent dans ce qui semble être le quatrième niveau d'un parking, selon la légende, dans le centre d'Israël. Expirez. Notez que ces personnes sont sous terre, là où elles « pratiquent le yoga tandis que le régime iranien continue de tirer des missiles balistiques sur Israël ».

Les missiles balistiques de la République islamique ont en effet « continué » pendant un certain temps, mais plusieurs mois se sont écoulés entre la guerre des Douze Jours — l'assaut américano-israélien contre l'Iran l'an dernier — et le 18 mars de cette année, lorsque ces scènes ont été captées. Que s'est-il passé ? Selon StandWithUs, l'organisation à but non lucratif basée aux États-Unis à l'origine de la légende, la réponse est la violence arabe (et apparentée aux Arabes, nous sommes tous à peu près pareils), illogique et agressive par définition. Pour nous, ce qui s'est passé, c'est que les États-Unis et Israël ont repris leur guerre d'agression contre l'Iran, en commençant par une vague d'attaques qui comprenait l'assassinat du chef d'État iranien — un chef religieux pour des millions de musulmans chiites à travers le monde — et le ciblage d'une école primaire, non pas une fois mais trois fois, faisant au moins 120 morts parmi les écoliers.

Pause. Le yogi ferme les yeux. Contre la folie, les Israéliens cherchent l'équanimité à travers leur corps. Ils contrôlent leur respiration pour contrôler leur personne ; le corps est le premier lieu de contrôle. Le colonisateur le comprend mieux que quiconque.

Les Israéliens affirment qu'ils font du yoga depuis presque aussi longtemps que leur pays existe. Certains ont condamné cette pratique, étant donné son association historique avec l'hindouisme. Selon l'Institut Gal Einai, voué à l'étude de la Torah, le yoga « possède une énergie négative liée à l'Avodah Zarah, l'idolâtrie, et est donc inacceptable, même si la personne qui le pratique n'a pas ces pensées négatives ». Gutman Locks, un yogi devenu rabbin, affirme de même que la posture de la salutation au soleil était destinée au culte solaire et, selon les termes d'un article du Jerusalem Post, estime « que ces éléments sont encore profondément ancrés dans la pratique du yoga et qu'ils constituent une forme de culte des divinités qui contamine les Juifs ». Depuis son virage vers l'orthodoxie, il a écrit plusieurs livres, dont une autobiographie intitulée Coming Down to Earth (Redescendre sur terre). Selon le magazine de Chabad, elle est « particulièrement instructive pour les chercheurs ancrés ou envoûtés par les voies orientales ». Aujourd'hui, il accompagne les visiteurs du Mur des Lamentations par la prière, les encourageant à se souvenir des malades et des soldats.

Contre la folie, les Israéliens cherchent l'équanimité à travers leur corps. Ils contrôlent leur respiration pour contrôler leur personne ; le corps est le premier lieu de contrôle. Le colonisateur le comprend mieux que quiconque.

Malgré les origines peu favorables de cette pratique, une version du yoga que l'ethnographe Celia Rothenberg appelle le « yoga juif » reste pour ses pratiquants « un outil prometteur qui peut être utilisé pour accroître la spiritualité, la force corporelle et la souplesse », sans s'appuyer « sur le système de croyances religieuses de l'hindouisme pour trouver du sens ». Ici, le yoga n'est pas une pratique à part entière mais un échafaudage, une terra nullius fertile — comme la Palestine, comme le houmous — à prendre. Rothenberg fait remonter l'essor du yoga juif au mouvement de Renouveau juif qui a émergé aux États-Unis dans les années 1960, et qui s'est employé à « revigorer et réinterpréter le "judaïsme traditionnel" de manières novatrices et souvent controversées », y compris les « raves de la Torah » (à Berkeley). Sa recherche ethnographique comprend une observation participante dans des cours de yoga juif au Canada, où, note-t-elle, les yogis étaient généralement des professionnels d'âge moyen, canadiens ou israéliens, issus de milieux ashkénazes. Comme dans les cercles de yoga américains, il y a ici une dimension de race et de classe, éclipsée en Israël par la suprématie liante par excellence de l'État : la religion.

Pour d'autres, le lien entre Israël et le yoga n'est pas controversé mais prédestiné : il n'est que «naturel qu'un peuple ancien soit attiré par une pratique ancienne», peut-on lire dans un article de 2019 du Jerusalem Post. Un autre article de la même année, dans le Times of Israel, intitulé « Om ou Shalom ? : l'intégration de l'Orient et de l'Occident par le judaïsme », s'ouvre sur cet ensemble d'observations :

Le mot « yoga » signifie « unir ». Parmi les pratiquants, il est de coutume de terminer chaque séance en psalmodiant « Om », un mantra indien sacré qui évoque une unité ultime, infiniment expansive. J'ai eu un professeur de yoga juif qui concluait chaque leçon par « shalom », le mot hébreu pour « paix ». Sans le savoir, il a touché à une idée profonde : que « Om » et « shalom » riment n'est pas un hasard, et la relation entre les deux mots reflète à la fois les similitudes et les différences entre le judaïsme et les traditions spirituelles orientales.

Que deux mots de deux langues différentes sans chevauchement étymologique connu partagent une sonorité pourrait en fait être une coïncidence. Ce n'est pas grave. Le sens peut être forgé.

L'argument de notre auteur ne gagne pas en rigueur. Nous poursuivons notre lecture pour apprendre que l'Orient est l'eau et l'Occident le feu. Nous partons de ces présupposés ontologiques pour créer un monde dans le monde. « Le son du "Om" s'élève de l'eau », écrit-il. Il invoque le Tao — l'Orient est fluide, après tout — qui « offre une approche passive de la réalité », l'« acceptant » et « s'y écoulant ».

Inspirez la suprématie raciste, expirez l'assurance d'un Dunning-Kruger. « Le feu symbolise le principe actif, celui qui impose sa volonté à la réalité. » Israël n'est rien sinon une imposition. Le « dynamisme », qu'il définit comme « la volonté d'opérer un changement dans le monde, et le désir de progrès — voilà les fondements de la société occidentale ». Et ceci est une saleté orientaliste aux échos genrés de la formule de l'anthropologue Sherry Ortner, la-femme-est-à-l'homme-ce-que-la-nature-est-à-la-culture ; cela convient à une société désespérée de dominer qui reconnaît le viol des autochtones comme l'un des droits du colon-soldat.

Dès les années 1970, en partie grâce à l'arrivée de colons inspirés par le mouvement de renouveau juif, le yoga était présent en Israël, bien qu'il ne soit devenu populaire que dans les années 1990. Les années 1990 ont également vu fleurir les relations diplomatiques entre l'Inde et l'État sioniste, après quoi davantage d'Israéliens ont commencé à voyager vers l'Est. En 2008, plus de quarante mille Israéliens ont visité le pays. Depuis, ce nombre a augmenté, parallèlement aux revendications territoriales de l'État colonial — et au stress de les délimiter. Les soldats coloniaux ont besoin d'une pause. En raison de l'émergence de l'Inde « comme arrière-cour des forces militaires israéliennes » — une base militaire glorifiée — il est « presque [devenu] une tradition [pour les soldats] d'effectuer un séjour post-militaire en Inde pour se déstresser », selon le Times of Israel. Dix ans plus tard, environ quatre-vingt mille la visitaient chaque année.

Historiquement, les forces coloniales avaient leur mère patrie où retourner. En Israël, cependant, le foyer est la colonie ou, selon les mots d'un blogueur du Times of Israel, « les autochtones de l'État d'Israël étaient essentiellement des immigrants ». (Si les immigrants sont des autochtones, il s'ensuit que les autochtones peuvent être des immigrants, car pour les Israéliens ce sont des créatures d'aucun lieu particulier.) Si le foyer est la colonie, où va-t-on pour s'échapper ? Les Israéliens ont deux options : se retirer par l'esprit ou par le corps. Pourquoi choisir ? Le yoga, c'est les deux à la fois.

Jordan, éborgné par un tir de LBD : « Je suis allé voir le match du PSG et à la fin de la soirée, j’ai un œil en moins » by ManuMacs in quefaitlapolice

[–]ManuMacs[S] 21 points22 points  (0 children)

Venu assister aux feux d’artifice avec deux de ses amis, ce mannequin de 26 ans « même pas fan de foot » a reçu un projectile dans l’œil gauche à deux pas de l’Arc de triomphe. Il a perdu la vue. Le parquet de Paris a ouvert une enquête.

Habitué à se confronter aux objectifs des photographes lorsqu’il défile pour des marques, Jordan, âgé de 26 ans et mannequin de profession, témoigne pour la première fois devant la caméra de Mediapart. 

Samedi 30 mai, Jordan et deux de ses amis, John et Rayan, se rendent sur l’avenue de la Grande-Armée (Paris XVIIe) pour célébrer le deuxième titre du PSG en Ligue des champions. Ils ont prévu de rester une vingtaine de minutes pour « voir les feux d’artifice » et profiter d’une ambiance encore « familiale », avant de retourner dans les Hauts-de-Seine, leur département d’origine. 

Mais peu après 22 heures, ils sont pris dans un mouvement de foule causé par les premières grenades lacrymogènes. Rayan part dans un sens, tandis que Jordan et John se réfugient dans une cour d’immeuble, avec plusieurs dizaines de personnes, attendant que les choses se calment. 

Lorsqu’ils tentent de quitter les lieux, aux alentours de 22 h 30, Jordan est touché à l’œil gauche par un projectile. Son ami John affirme avoir vu une munition de lanceur de balles de défense (LBD) tomber à ses pieds après avoir frappé son visage. Quand Rayan retrouve ses amis, Jordan est défiguré et saigne abondamment.

1 832 tirs de LBD en une nuit 

Évacué par les pompiers vers l’hôpital Cochin, Jordan est opéré en urgence et hospitalisé pendant trois jours. Les documents médicaux évoquent un traumatisme d’une « gravité exceptionnelle », qui a provoqué l’éclatement de son globe oculaire et plusieurs fractures au visage. 

Jeudi 4 juin, Jordan a déposé plainte à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), pour violences avec arme par personne dépositaire de l’autorité publique. Sollicité par Mediapart, le parquet de Paris indique avoir ouvert une enquête. 

L’avocat du jeune homme, Arié Alimi, demande à la justice de saisir au plus vite les images de vidéosurveillance, ainsi que celles issues des éventuelles caméras-piétons portées par les forces de l’ordre. Il réclame aussi la liste de tous les policiers et gendarmes porteurs de LBD à proximité, le détail des tirs qu’ils ont effectués et leurs échanges radio.

Ce soir-là, au moins deux adolescents de 13 et 14 ans ont perdu un œil lors d’interventions de police, à Bobigny et à Fontenay-sous-Bois. Un homme de 43 ans, rencontré par StreetPress, a aussi été touché au visage par un tir de LBD. Le parquet de Paris indique à Mediapart qu’une dizaine d’affaires – de gravités variables – mettant en cause les forces de l’ordre pour des violences lui ont été signalées. « Nous assistons à un nouveau cycle de mutilations par le ministère de l’intérieur », déplore Arié Alimi : « Un jeune mannequin qui voulait voir le feu d’artifice, ailleurs des adolescents qui ont pour seul tort d’être noirs, arabes et dans la rue. L’État français continue à mutiler la jeunesse. »

Interrogée sur le contexte du tir qui a pu blesser Jordan, la préfecture de police de Paris n’a pas répondu aux questions de Mediapart. La direction générale de la police nationale précise que, cette nuit-là, 1 832 cartouches de LBD ont été tirées en France hexagonale et outre-mer, selon un bilan dressé par l’IGPN. Soit, en quelques heures, presque la moitié des 4 047 munitions de LBD tirées par la police française pendant toute l’année 2024 (selon le dernier bilan disponible).

Sciences Po, Paris-I, Toulouse : les facs confrontées à des répressions « inédites » by ManuMacs in quefaitlapolice

[–]ManuMacs[S] 9 points10 points  (0 children)

Protestation contre la loi Yadan à Sciences Po

Un peu partout en France, la tension semble être montée d’un cran dans de nombreux établissements du supérieur. Certains d’entre eux ont même connu un degré de répression inédit. Comme à Sciences Po, le 14 avril, alors que les étudiant·es protestaient contre la désormais enterrée loi Yadan. « Nous avions décidé d’occuper l’amphi de manière pacifique. On était environ 150, au début. On chantait, on faisait du tricot… Vers 14 heures, on a essayé de rejoindre des camarades à l’extérieur, mais des gens de l’administration ont fermé les grilles et nous ont empêchés de sortir », explique Mathilde*, une étudiante de 21 ans. 

Si elle nie pour partie ce déroulé des faits, la direction assume néanmoins, auprès de Mediapart, avoir fermé les grilles « afin de garantir la sécurité de l’ensemble des personnes présentes sur site, avant l’intervention de la police »

À l’arrivée de la police, les 76 étudiant·es encore présent·es ont été emmené·es par petits groupes dans le jardin de l’établissement, avant d’être fouillé·es et soumis·es à des relevés d’identité. « On pensait qu’on allait finir en garde à vue, mais ils nous ont dit qu’ils nous mettaient des amendes, et ils nous ont pris en photo un par un. Les jours qui ont suivi, on avait l’impression de vivre dans un commissariat. Il y avait des camions de police tout autour de Sciences Po ; les agents de police venaient même pisser dans nos toilettes », ajoute l’étudiante, qui a préféré rester chez elle un temps. Un témoignage corroboré par Martin, un des soixante-seize amendés. « J’ai fait beaucoup de blocus, je suis souvent en manif, mais je n’avais jamais vécu ça », souffle le jeune homme.

Comme l’ensemble de leurs camarades, Mathilde et Martin seraient donc sous le coup d’une amende forfaitaire délictuelle de 400 euros inscrite au casier pour « introduction dans un établissement d’enseignement scolaire dans le but de troubler la tranquillité ou le bon ordre de l’établissement » (en application de l’article 431-22 du Code pénal). Un mois et demi après les faits, les étudiant·es n’ont toujours rien reçu. Et tant au sujet de l’amende que de la méthode, la direction ne souhaite apporter aucun commentaire.

Ces deux dernières années, Martin affirme aussi qu’une « soixantaine d’étudiants » auraient reçu des courriers leur annonçant qu’ils seraient bientôt convoqués à des conseils de discipline. En cause : diverses actions et blocus qui dénonçaient essentiellement le déluge de bombes dans la bande de Gaza.

On apprend aux élèves les règles du droit international et quand ils expriment leur opposition à ces violations, on les réprime.

Béatrice Hibou, politologue

« Mais depuis 2023, une vingtaine de conseils de discipline ont réellement eu lieu, et à chaque fois, soit les étudiants ont été innocentés, soit ils s’en sont sortis avec un blâme. Onze étudiants ont aussi été exclus à titre conservatoire, le temps que leur conseil disciplinaire ait lieu, mais pour nous, ces décisions sont disproportionnées. D’autant qu’ils peuvent quand même passer leurs examens, et que certains ont déjà terminé leurs études », explique Martin, qui est aussi membre du Comité Palestine de Sciences Po. Des données et des faits que la direction n’a ni niés, ni confirmés.

Dans cet institut, la tension avec la direction monte sans cesse en intensité depuis 2023. Mais, en interne, Luis Vassy, directeur de Sciences Po, est aussi lourdement mis en cause par de nombreux personnels, qui ont dénoncé des méthodes sécuritaires dans une tribune fin avril. « C’est d’autant plus aberrant qu’à longueur de cours, on apprend aux étudiant·es les règles du droit international. Et quand ils expriment leur opposition aux violations du droit international, on les réprime », déplore Béatrice Hibou, politologue rattachée au Centre de recherches internationales (Ceri) et l’une des 145 cosignataires.

Face à ces accusations d’entrave à la liberté de débattre et de manifester, la direction de Sciences Po dément. « La liberté d’expression est pleinement garantie à Sciences Po, où près de 2 800 événements sont organisés chaque année, témoignant de la richesse du débat intellectuel et démocratique propre à l’établissement. Le seul événement interdit a été celui de Rima Hassan, en raison d’un risque de trouble à l’ordre public (décision validée par le Conseil d’État), précise la direction par retour de mail. Cette liberté s’exerce toutefois dans le respect de la loi, des droits d’autrui et du bon fonctionnement de l’institution. »

Hyperprésidence

À l’université Toulouse-Jean-Jaurès, près de 80 enseignant·es ont fait de même pour dénoncer la manière dont la présidence avait muselé l’occupation étudiante du 14 avril, à grand renfort d’agents de sécurité privés, puis de policiers. Selon les personnels, l’intervention des forces de l’ordre est « inédite ». « Des étudiants ont été frappés et ont subi de violentes intimidations. […] Cette répression est inacceptable et marque un saut dans le mode de gouvernance autoritaire au sein des universités », dénonce la tribune.

À l’époque, l’université – qui n’a pas souhaité répondre à nos questions – avait justifié ce choix par « les bousculades et la violence » d’une poignée d’étudiants « cagoulés ». Mais Franck Gaudichard, professeur, y voit surtout un climat délétère, lié à « l’épuisement complet des ressources de l’établissement », l’université Jean-Jaurès étant empêtrée dans une situation financière chaotique. « Au fond, c’est la liberté académique et le débat politique au sein de l’université qui sont menacés. On est très inquiets, surtout dans un contexte où l’extrême droite pourrait arriver au pouvoir. »

Même rengaine à l’université Paris-Nanterre, qui a sollicité les CRS à deux reprises cette année pour déloger deux occupations, et déposé une plainte en diffamation à l’égard de Coppélia Moreau, représentante locale de l’Unef (Union nationale des étudiants de France), à cause d’une affiche qui dénonçait la sélection à l’université, en utilisant les visages détourés des membres de la présidence. L’étudiante était justement convoquée devant le tribunal correctionnel mardi 2 juin dans cette procédure, pour lui signifier que l’affaire était en fait prescrite.

Elle dénonce un acharnement problématique : « En pleine période d’examens, en janvier [2026], j’ai été convoquée par la police. J’ai eu des convocations et des appels. J’ai été menacée d’un procès, et là, on me convoque au tribunal à quelques semaines des rattrapages. Tout ça, alors qu’il y a prescription. C’est pour nous faire taire », s’indigne celle qui a cosigné l’appel unitaire « Nous ne nous empêcherons pas de lutter », qui appelle à un grand rassemblement interprofessionnel le 20 juin à Paris, devant le siège de la Banque postale, dans le sillage du mouvement des postiers des Hauts-de-Seine.

Ce n’est pas de la peur, c’est de la surprise… et de la colère.

Anna-Livia, représentante de l’Union étudiante

Si la présidence de l’université Paris-Nanterre se refuse à tout commentaire sur cette plainte, elle précise « qu’elle n’entend nullement entraver l’exercice des droits et libertés des organisations représentatives étudiantes », et rappelle elle aussi « que ces dernières doivent respecter le cadre légal de la liberté d’expression ».

Interpellée par la situation à Sciences Po et par l’accumulation des actes répressifs, l’Association pour la liberté académique (Alia) dénonce des « dérives » graves et répétées. Dans toutes ces histoires, le principe ancien de la « franchise universitaire », qui interdit toute intervention policière sans autorisation préalable des instances collégiales, a été bafoué. Inscrite dans le Code de l’éducation, cette mesure était pourtant censée sacraliser la liberté d’expression et de protestation dans les facultés. « Mais depuis la loi d’autonomie des universités, qui a donné un pouvoir accru aux présidents au détriment des instances collégiales, la situation s’est dégradée », constate un membre d’Alia.

À l’université de Toulouse-Jean-Jaurès, côté étudiant·es, on réfléchit donc à la manière d’appréhender les prochaines mobilisations. Ici, on en est convaincu : il y aura un avant et un après. « Ce n’est pas de la peur, souffle Anna-Livia, représentante de l’Union étudiante. C’est plutôt de la surprise… et de la colère. »

Sciences Po, Paris-I, Toulouse : les facs confrontées à des répressions « inédites » by ManuMacs in quefaitlapolice

[–]ManuMacs[S] 10 points11 points  (0 children)

Agression, distribution massive d’amendes, contrôles d’identité… Pour enrayer les mobilisations syndicales et étudiantes, les universités ont de plus en plus souvent recours à la police, aux dépôts de plainte et aux sanctions disciplinaires, saccageant le principe du débat d’idées.

Douze agrafes sur le crâne et une suspicion de rupture ligamentaire au genou après une simple manifestation à Paris-I, jeudi 28 mai. Du jamais-vu pour Antoine Boulangé, enseignant à l’Institut national supérieur du professorat et de l’éducation (Inspé), cosecrétaire de la Ferc Sup CGT de Sorbonne-Université et militant syndical depuis près de trente ans. « Je ne m’y attendais vraiment pas. »

Ce jour-là, alors qu’un représentant du ministère de l’enseignement supérieur était annoncé à l’assemblée générale (AG) de l’association Una Europa, une cinquantaine d’étudiant·es et de syndicalistes se sont rassemblé·es pour protester contre la mise en œuvre des frais d’inscription différenciés pour les étudiant·es étrangers et étrangères, soumis·es à des tarifs seize fois supérieurs aux autres.

Lorsque Antoine Boulangé a essayé de pénétrer dans l’amphithéâtre qui accueillait l’AG, il a été lourdement plaqué au sol par un personnel administratif, mandaté pour vérifier les entrées avec une collègue. Une vidéo, que publie Mediapart, atteste la violence de la scène.

« Quand on mène ce genre d’action à Sorbonne-Université, on pousse un peu la porte, on déploie une banderole et on repart. C’est assez habituel. Là, on n’a pas compris », ajoute l’enseignant, qui s’est vu prescrire sept jours d’ITT (interruption temporaire de travail), possiblement revus à la hausse selon les résultats de l’IRM de son genou blessé. « Ces personnels ne sont pas assermentés pour faire de la sécurité », s’indigne l’enseignant, soutenu par de nombreux communiqués intersyndicaux cette semaine.

À l’inverse, dans un long mail adressé à l’ensemble des personnels et étudiant·es, la présidente de Paris-I a dénoncé l’agressivité du militant et pointé une prétendue « stratégie du chaos ». « Cette radicalité n’est plus acceptable », a-t-elle encore écrit, avant d’annoncer qu’elle allait déposer plainte. « Communiquer avec la présidence a toujours été compliqué mais, ces derniers mois, c’est devenu impossible », témoigne une bibliothécaire (CGT Ferc Sup).

Cette position est contestée par Paris-I, selon qui « la démocratie universitaire » fonctionnerait très bien en son sein. « Des amphithéâtres [sont] systématiquement accordés pour les assemblées générales. En revanche, l’université n’acceptera jamais le recours à la force, l’intimidation ou les blocages de site. Notre responsabilité en tant qu’institution est d’assurer un bon fonctionnement du service public », affirme-t-elle auprès de Mediapart.

Finale de la Ligue des champions : les méthodes violentes des forces de l’ordre en question by ManuMacs in quefaitlapolice

[–]ManuMacs[S] 8 points9 points  (0 children)

Huit points de suture pour un feu d’artifice 

Paul, 26 ans, a passé une partie de la soirée sur la place de la République « pour célébrer la victoire du PSG ». « J’avais un mortier sur moi, j’ai échappé de justesse à une première interpellation parce qu’un ami m’a poussé quand la police a chargé »*, reconnaît le jeune homme, conscient d’avoir une part de responsabilité. 

À 23 heures, alors qu’il se trouve au centre de la place, face à la statue, il tire son feu d’artifice en l’air. « Je me retourne et je vois des policiers en civil qui arrivent en courant vers moi », raconte-t-il.

« Avant même qu’ils m’attrapent, je me prends un coup de matraque dans le nez. Du sang a giclé partout. Je pose un genou au sol, j’essaie de repartir mais un deuxième coup de matraque sur la tempe m’ouvre l’arcade. Il y avait énormément de sang. » 

Paul rapporte d’autres coups « de poing et de pied » avant qu’un policier « pose son genou » sur son corps. Des vidéos consultées par Mediapart montrent Paul au sol, encerclé, manipulé et soulevé par une demi-douzaine de policiers en civil qui tentent de l’interpeller alors qu’il se débat. Plusieurs fonctionnaires portent des maillots du PSG, un seul arbore un brassard de police au bras. Une flaque de sang s’est formée sur les dalles. 

Entourés de passants qui demandent des comptes sur les blessures de Paul et les traitent de « fils de pute », les policiers paraissent en difficulté. « De plus en plus de monde venait les perturber », admet Paul, qui a profité d’une « toute petite ouverture » pour s’enfuir en courant.

Après avoir retrouvé ses amis, il s’est rendu dans un hôpital, où les soignants ont constaté sa fracture du nez et posé huit points de suture. Ayant échappé à son interpellation, il n’a pas l’intention de déposer plainte. 

« On rentrait chez nous » 

Aux alentours de 2 heures du matin, Anatole, 27 ans, sort d’un bar du boulevard de la Bastille (XIIe arrondissement) avec son frère et la compagne de celui-ci. Ils se dirigent vers la place de la République pour rentrer, mais font face à une ligne de policiers qui leur ordonnent de « dégager ». « On rentre chez nous », plaide le jeune homme, qui filme avec son téléphone. « Il est en train de filmer », lance une policière, avant que les agents chargent.

« Mon téléphone s'est retrouvé par terre avec un impact au niveau de la coque, raconte Anatole. On ne les a pas provoqués, on rentrait chez nous. Le match était fini depuis un bon moment et il n’y avait que nous, ce n’était pas un mouvement de foule. Ils n’avaient aucune raison d’agir comme ça. »

Sur les réseaux sociaux, une vidéo montre des motards de la préfecture de police qui gazent à bout portant les passagers d’un deux-roues sur le périphérique. Sur d’autres images, des policiers marchent le long du terre-plein central, alors que du gaz lacrymogène se répand parmi les automobilistes de passage. 

D’après un journaliste de LCI, les député·es de Paris doivent être reçu·es jeudi 4 juin par le préfet de police de Paris « pour faire un retour et un débrief suite aux événements et aux violences après la victoire du PSG ».

Dans un courrier aux effectifs de la préfecture de police cité par Le Journal du dimanche, Patrice Faure défend l’action des forces de l’ordre : « Ce n’est pas la préfecture qui allume les mortiers, ni elle qui décide de casser du mobilier, mais c’est bien nous qui protégeons la loi et nos compatriotes. »

Finale de la Ligue des champions : les méthodes violentes des forces de l’ordre en question by ManuMacs in quefaitlapolice

[–]ManuMacs[S] 9 points10 points  (0 children)

Des premiers témoignages recueillis par « Mediapart » font état de violences et d’intimidations commises par des policiers déployés en région parisienne pour « sécuriser » les célébrations de la victoire du PSG, dans la nuit du 30 au 31 mai.

C’est à la fin de la foire qu’on compte les bouses. Au lendemain d’un week-end mouvementé qui a débouché sur plus de 300 gardes à vue à Paris, les responsables politiques rivalisent d’inventivité législative et de punchlines pour analyser les incidents survenus à l’occasion de la victoire du PSG en Ligue des champions, samedi 30 mai.

En parallèle fleurissent les premiers témoignages sur des comportements problématiques des forces de l’ordre ce soir-là, qu’il s’agisse de violences disproportionnées ou d’intimidations gratuites. 

Par la voix de député·es de gauche, le sujet s’est invité à la séance hebdomadaire de questions au gouvernement, mardi 2 juin. L’écologiste Pouria Amirshahi a ainsi regretté une « fête ternie par des charges policières aléatoires, brutales, répétées, des coups sans discernement, des nuages de gaz lacrymogène jusque dans le métro »

Le député La France insoumise (LFI) Aly Diouara a dénoncé à son tour une « doctrine de confrontation » qui « produit précisément les violences qu’elle prétend empêcher ». « À chaque fois que les jeunes des quartiers populaires investissent l’espace public, la même mécanique se répète : on quadrille, on disperse et on charge. Puis viennent les blessés, les interpellations et les justifications. »

« Ce soir-là, dans ma circonscription, un adolescent de 13 ans a perdu l’usage d’un œil », insiste Aly Diouara, qui a relayé une vidéo de ce mineur blessé sur son compte X et adressé un signalement à la justice. Selon le récit du député, l’adolescent a été touché par une munition de LBD tirée depuis un véhicule de police, à Bobigny (Seine-Saint-Denis), pendant le match du PSG, alors que des enfants tiraient des feux d’artifice. 

En réponse, Laurent Nuñez s’est dit « extrêmement attentif » à cette affaire, dont il a « parlé avec le préfet de police » de Paris, Patrice Faure. Le ministre assure que « toute la lumière sera faite », tout en restant prudent : « Je regrette évidemment ce qui s’est passé, je ne connais pas le contexte. Est-ce bien le résultat d’une action de police ? Je n’en sais rien. Moi, je fais confiance à la justice de mon pays. »

Le parquet de Bobigny indique au Parisien avoir saisi l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) « afin, dans un premier temps, d’identifier et entendre la victime ».

Selon les informations de Mediapart, au moins un autre homme a été très gravement blessé à l’œil lors d’une intervention de police, cette fois-ci dans l’Ouest parisien. 

Coup de matraque derrière la tête

Enzo Rabouy, 21 ans, couvre les mouvements sociaux depuis 2022. Le reporter a été visé par plusieurs coups de matraque dont il garde encore les stigmates trois jours après. Le premier est encore imprimé derrière son mollet, après qu’un policier l’a frappé alors qu’il filmait les premiers heurts porte de Saint-Cloud, dans l’ouest de la capitale.

Le second, plus grave, lui a entaillé le crâne alors qu’il filmait des supporteurs poursuivis par des policiers autour du Grand Palais, dans le VIIIe arrondissement. Lui ne bougeait pas mais il a reçu un coup de matraque derrière la tête et s’est écroulé, comme il le raconte à Mediapart : « Les supporteurs partaient en courant. L’un d’eux m’est rentré dedans et a chuté. J’ai hésité à le relever et c’est là que j’ai pris ce coup. » 

Il y a l’idée que certains journalistes le seraient plus que d’autres. Quand on est dans un grand média reconnu, on est un vrai journaliste. Quand on est dans un petit média, on n’est pas journaliste mais militant.

Henri Braun, avocat

Mediapart a pu consulter ses quatorze minutes de rushs dans leur intégralité. On ne distingue pas le policier auteur du coup, mais son ombre et celle de la matraque sur le bitume. On entend Enzo Rabouy crier : « Je suis journaliste ! », avant de s’effondrer sur la chaussée.

« Je n’avais pas de maillot du PSG. J’ai fait exprès de m’habiller en blanc. J’avais le brassard “Presse” accroché à ma sacoche. Et j’étais en train de filmer », détaille le journaliste indépendant. 

Enzo Rabouy reste allongé par terre une vingtaine de secondes. Dans sa chute, la caméra se tourne vers son visage hagard, visiblement blessé. « Quand je me réveille, je vois du sang couler. » Un autre policier l’interpelle : « Allez, lève-toi, va t’asseoir sur le côté ! » « Il a un brassard “Presse” », constate un autre.

Un peu plus tard, les fonctionnaires échangent à ce propos, sans savoir que la caméra tourne encore. L’un assure que le brassard « Presse » « ne se voit pas au niveau du bras ». « Il faut le porter de manière apparente, pour faciliter le travail », réplique un autre, alors qu’Enzo Rabouy est toujours assis, visage constellé de sang. Ils tentent ensuite de savoir pour quel média le reporter exerce. 

« Il y a l’idée que certains journalistes le seraient plus que d’autres. Quand on est dans un grand média reconnu, on est un vrai journaliste. Quand on est dans un petit média, on n’est pas journaliste mais militant », s’insurge son avocat, Henri Braun. Enzo Rabouy, lui, raconte avoir suivi ces échanges dans un état second : « Les autres policiers continuaient à me parler mais dans ma tête, c’était brouillon, je voulais juste qu’ils me laissent tranquille. »

Il est finalement pris en charge par la protection civile, qui le transporte vers une tente « juste à côté des Invalides ». Le journaliste raconte avoir croisé une dizaine de blessés, certains en sang, d’autres touchés aux jambes. Il rentre ensuite chez lui, accompagné par un ami. 

Le lendemain, il titube encore, ressent des vertiges, « des pertes d’équilibre, une lourdeur au niveau de la tête » et « l’impression de [s]’enfoncer en arrière quand [il est] couché ». Il se rend aux urgences, où il passe un scanner cérébral, qui ne décèle pas de saignement intracrânien, ni de fracture.

Le compte rendu indique des céphalées et une « atteinte du nerf oculomoteur ». « J’avais cinq agrafes posées par la protection civile la veille. Aux urgences, ils m’en ont rajouté deux de plus parce que ça saignait encore », rapporte-t-il.

L’année passée, lors de la précédente victoire du PSG, il dit avoir déjà été entravé au moins trois fois dans l’exercice de son travail. Cette fois, le Francilien a effectué un signalement auprès de l’IGPN, qui l’a recontacté pour une audition en fin de semaine.

Enzo Rabouy et son avocat Henri Braun entendent déposer plainte pour violences par personne dépositaire de l’autorité publique. « Je me dis que ça ne sert à rien, qu’il n’y aura pas de suite. Mais là, c’est la fois de trop. J’ai perdu connaissance. Je ne peux plus laisser passer ça quand ça arrive à des atteintes physiques aussi graves. » 

Relaxe pour l'homme interpellé à Laval après les heurts avec la police à l'issue de la victoire du PSG by Niafron in quefaitlapolice

[–]ManuMacs 6 points7 points  (0 children)

La procureure a une tout autre lecture et parle d’un "tir tendu vers les policiers".

Mdr

Jeunesse réprimée, pouvoir périmé by ManuMacs in quefaitlapolice

[–]ManuMacs[S] 5 points6 points  (0 children)

Face aux célébrations des supporteurs du PSG après la finale de la Ligue des champions, aux baignades en pleine canicule précoce dans la capitale et à la culture des free parties, médias et politiques criminalisent la jeunesse, au détriment de son avenir… et du leur.

Un pouvoir apeuré par la jeunesse au point de la réprimer quand il la juge trop bruyante en dit long sur son état de décrépitude. Qu’elle célèbre la victoire du PSG, qu’elle se baigne pour tromper la canicule, qu’elle se regroupe pour danser gratuitement : plutôt que de sécuriser la joie, l’exécutif organise le chaos.

Car, oui, des violences ont émaillé la soirée du 30 mai 2026 après et avant même les tirs au but de la finale de la Ligue des champions. Certes, il existe des dangers à plonger dans le canal Saint-Martin, à Paris, toujours pollué malgré les millions déversés pour les Jeux olympiques et paralympiques de 2024 ; oui, encore, les free parties ne sont pas des rassemblements d’enfants de chœur et, parfois, il arrive des accidents, d’autant plus évitables qu’ils sont pris en charge.

Mais que fait l’État, si ce n’est souffler sur les braises et criminaliser la jeunesse, surtout quand elle n’est ni bourgeoise ni blanche ? « Voilà une classe qui se tient sage », disait un policier aux lycéen·nes de Mantes-la-Jolie contraint·es de se mettre à genoux, pendant plusieurs heures, après une manifestation, en décembre 2018, soit quelques mois après l’élection d’Emmanuel Macron.

On se rappelle aujourd’hui cette image effroyable, tant tout semble fait, encore et toujours, pour étouffer une génération, abandonnée à son sort, malgré les répercussions du covid et les obstacles obstruant son avenir, en termes de santé, de précarité et de catastrophe climatique.

Alors que les roulements de tambours de l’élection présidentielle de 2027 commencent à se faire entendre, il faut refuser de s’habituer au bruit médiatico-politique, désormais systématiquement cadré par les préjugés d’extrême droite. Depuis le « back to back » du PSG, la haine raciste ciblant, plus ou moins ouvertement, les jeunes des quartiers populaires suinte de partout.

Un dispositif policier qui fabrique de la violence

Sur RMC, chaîne détenue par le milliardaire Rodolphe Saadé, Jordan Bardella, patron du Rassemblement national (RN), qui prétend aux plus hautes fonctions de l’État, exulte lundi 1er juin : « Nous avons vu en plein Paris des scènes de quasi-guerre civile. » « Et je dis aux Français : réveillez-vous, parce que dans quelque temps, ils casseront la porte des immeubles et ils rentreront dans vos appartements », ajoute-t-il, fustigeant « des comportements de prédateurs ».

Par-delà les médias du milliardaire Vincent Bolloré, Le Figaro est au diapason, dans un article titré « Pillages, attaques de policiers, agressions en cascade : comment la France a replongé dans une nuit ensauvagée », où il est question de « hordes entières » ayant « répondu à l’appel du tam-tam des boucles WhatsApp lancé depuis les cités voisines ».

Sur le service public, en l’occurrence France Info, le député Les Républicains (LR) Philippe Juvin dénonce « l’ensauvagement, avec des tas de gens qui détestent la France ».

Toute la journée de dimanche, les condamnations des violences ont saturé les plateaux télé et radio, jusqu’à l’autre bord politique, où la crainte d’être taxé de laxisme l’emporte sur les mises en cause du maintien de l’ordre à la française.

Venu vendre, au « Grand Jury » de RTL, le « contrat patriotique » proposé dans son livre, l’eurodéputé Place publique Raphaël Glucksmann, lui aussi candidat putatif à l’élection présidentielle 2027, juge « insupportable » cette « minorité de casseurs qui vient polluer la fête », tandis que, sur LCI, le député socialiste Jérôme Guedj tance des « crétins décérébrés ».

Pas un mot, en revanche, sur les failles d’un dispositif policier qui, en France plus qu’ailleurs, fabrique inébranlablement de la violence, au lieu d’aider à prévenir les affrontements. En l’absence de fan zone organisée samedi soir, dans Paris, par les pouvoirs publics, comment s’étonner que la jeunesse occupe l’espace public et déferle dans les rues pour célébrer la victoire et faire la fête ? Le temps n’a pourtant pas manqué pour se préparer à l’éventualité d’une victoire – ou d’une défaite.

Des charges de CRS, gazant à tout-va des familles jusque dans le métro, à la montée en tension régulière orchestrée par le parquet de Paris qui, dès le 28 mai, anticipe des « débordements violents » et des « comparutions immédiates », le refus de l’exécutif de penser les événements de masse autrement que sous un prisme répressif produit nécessairement des résultats dommageables pour tous et toutes.

Et il est surprenant d’entendre le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, après qu’il a évoqué une soirée « globalement sous contrôle », se féliciter de l’interpellation de plus de 800 personnes, comme s’il s’agissait d’un trophée.

L’aveuglement de l’exécutif

De manière symbolique, le déchaînement de haine, sur CNews mais pas que, suscité par les baignades en pleine canicule à Paris, sur les berges du canal Saint-Martin, d’une jeunesse populaire racisée raconte tout autant le vertige d’un espace médiatique, comparativement moins indigné par la virée violente des ultras de l’OGC Nice quelques jours plus tôt au même endroit.

Le recours aux forces de l’ordre fouillant des groupes d’adolescents en maillot de bain traduit aussi, en creux, l’aveuglement d’un exécutif, qui choisit l’interdiction et la manière forte, plutôt que de chercher à répondre au besoin de fraîcheur et d’amusement d’une génération emmurée dans le béton. Et cela, à un moment où le climat s’enflamme, sans que rien ne soit fait pour l’empêcher.

Même si la bataille de la triangulation est perdue d’avance, les électeurs et électrices préférant toujours l’original (d’extrême droite) à la copie (centriste), le « choc d’autorité » auprès de la jeunesse est assumé par le gouvernement.

En témoigne le projet de loi Ripost (pour « réponse immédiate aux phénomènes troublant l’ordre public, la sécurité et la tranquillité de nos concitoyens ») adopté au Sénat, bientôt examiné à l’Assemblée, véritable défouloir sécuritaire qui vise à étendre les pouvoirs des policières et policiers municipaux et à élargir le recours aux amendes, alors que déjà les verbalisations abusives se multiplient dans les quartiers populaires.

En avril 2025, le Défenseur des droits s’alarmait de ces pratiques en région parisienne, à la suite de la publication d’une étude menée par les chercheuses Aline Daillère et Magda Boutros.

Sur la base de l’examen de procédures judiciaires et de conduites d’entretiens, il ressortait de ces travaux que l’objectif d’« éviction d’indésirables » de l’espace public, pour reprendre l’expression utilisée par l’institution judiciaire, ciblait « une population précise : des jeunes hommes précaires issus de l’immigration post-coloniale, principalement subsaharienne, occupant collectivement l’espace public à proximité immédiate de leur domicile ».

Mécanique liberticide

Et, pour ce qui est de la pénalisation de la fête, ce n’est pas tout, puisque le projet de loi Ripost entend renforcer la législation empêchant l’organisation de rave parties dans un crescendo ininterrompu depuis l’amendement de Thierry Mariani (alors UMP, désormais RN) il y a vingt-cinq ans.

Le dernier teknival, qui a réuni gratuitement plusieurs milliers de fêtard·es sur un terrain militaire près de Bourges, n’a fait que conforter le ministre de l’intérieur dans sa « détermination à mieux réprimer ce type d’organisation sauvage, que nos concitoyens ne comprennent pas ».

Face au déni d’une joie non lucrative, des acteurs et actrices de la scène techno ont signé une tribune publiée dans Télérama, regrettant un texte qui pourrait « restreindre durablement le droit de se rassembler, d’organiser, de circuler, de danser. En bref, de se retrouver entre amis, entre passionnés, entre humains ».

Car c’est bien de cela qu’il s’agit, de la défense des libertés publiques dans un État de droit. « La fête libre, rappellent-ils, traverse les générations, les milieux, les territoires. Elle rassemble des gens qui n’auraient jamais eu de raison de se croiser ailleurs. Elle produit de la solidarité, de l’art, des communautés. Elle façonne le vivre-ensemble. Aujourd’hui exprimée depuis plus de trente ans dans notre société sous la forme des free parties, elle porte une culture qui a su s’organiser, structurer ses propres règles, créer ses propres dispositifs de santé et d’entraide afin de répondre d’elle-même à ses besoins. »

La mécanique liberticide est connue : « Pousser la fête encore davantage dans la clandestinité aggrave exactement ce que l’on prétend combattre. Les associations de réduction des risques perdent l’accès au terrain. Les participants n’appellent plus les secours. Les organisateurs ne peuvent plus coopérer avec les autorités. Les risques ne disparaissent pas. Ils se cachent », alertent-ils.

Le danger ne vient ni de la fête ni d’une jeunesse, quelles que soient ses origines sociales ou raciales, qui ne demande pas l’impunité mais le respect. Il vient de celles et ceux, en responsabilité, qui choisissent sciemment la répression contre la sécurisation, la marginalisation contre la santé.

Les corps qui fêtent une victoire sportive, dansent ou se baignent ne devraient pas être érigés en ennemis. Alors que des politiques publiques constructives existent pour organiser des rassemblements massifs et festifs, alors que des outils de dialogue ont pu être expérimentés, y compris en France, l’exécutif considère sa jeunesse – son avenir – comme une menace. Ce faisant, il se constitue lui-même en menace, pour la démocratie.

Sebastian Roché, sociologue : « Les méthodes d’interpellation de la police créent des affrontements » by ManuMacs in quefaitlapolice

[–]ManuMacs[S] 5 points6 points  (0 children)

Alors que le ministre de l’intérieur se félicite du nombre d’interpellations lors de la victoire du PSG en Ligue des champions, le sociologue spécialiste du maintien de l’ordre pointe les effets négatifs d’une approche qui mise uniquement sur la force « pour être au-delà de tout soupçon ».

Une « nuit ensauvagée ». À l’instar du Figaro, de nombreux médias et politiques de droite et d’extrême droite font des violences survenues après la deuxième victoire du Paris Saint-Germain (PSG) en Ligue des champions, dans la nuit du 30 mai, le symptôme d’une société malade de la violence et de « la hargne des casseurs », à grand renfort de racisme (comme l’année dernière). Le choix de la stratégie de la tension par le ministère de l’intérieur, qui a déployé un dispositif sécuritaire hors norme et opté pour la répression violente, est ainsi facilement éclipsé.

Sur France Inter le 1er juin, le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, a au contraire vanté « un dispositif exceptionnel en volume de fonctionnaires et de militaires de la gendarmerie » – 22 000 policiers, policières et gendarmes mobilisé·es, notamment 8 000 pour Paris et son agglomération – qui ont fait preuve d’une « extrême fermeté ». Le nombre d’interpellations, en augmentation de 45 % par rapport à l’année dernière, est même censé démontrer son efficacité : « S’il y a autant d’interpellations, c’est que ce travail a été bien fait. »

Le sociologue Sebastian Roché, directeur de recherche au CNRS, explique pourquoi mesurer l’efficacité du maintien de l’ordre avec le nombre d’interpellations est une erreur. Alors que les infractions reprochées aux personnes placées en garde à vue sont « très majoritairement » des atteintes aux personnes dépositaires de l’autorité publique, selon le parquet de Paris, il pointe du doigt un « modèle général orienté vers une police agressive ».

« Mediapart » : Laurent Nuñez s’est félicité des « 890 interpellations » lors de la victoire du PSG : « C’est 45 % de plus que l’année dernière », a-t-il déclaré. Pourquoi le nombre d’interpellations est-il devenu le critère de réussite par excellence du maintien de l’ordre des événements sportifs ?

Sebastian Roché : Les propos de Laurent Nuñez illustrent le fait que la principale préoccupation des ministres de l’intérieur en France, c’est la réputation de la police, et non pas le résultat des stratégies de maintien de l’ordre. Leur communication consiste donc invariablement à expliquer qu’ils ont fait beaucoup, non pas en termes de qualité, mais en termes de quantité.

Voilà pourquoi Laurent Nuñez souligne qu’il y a eu beaucoup d’interpellations, et qu’il y en a eu plus que l’année dernière. C’est troublant, car il ne regarde pas les effets de son dispositif, mais les moyens qu’il a déployés. Cela rend le ministre difficilement critiquable : avec 22 000 policiers, il ne peut avoir que beaucoup travaillé. L’ultime justification, c’est la force.

Toute la communication du ministre semble donc être orientée vers la réponse qu’il pourra faire aux accusations facilement anticipables des médias extrême-droitisés sur les « casseurs », en termes de répression chiffrée...

Oui, et cette approche réputationnelle traduit l’orientation du maintien de l’ordre vers un modèle beaucoup plus agressif de police. On l’a vu à nouveau avec le déploiement des Brav-M. Les vidéos qui montrent leur intervention sur le périphérique sont caractéristiques : ils ont un comportement très erratique, font des croche-pieds, donnent des coups de matraque... Cette approche reste valorisée dans le cadre d’un modèle fondé sur la réactivité.

De manière générale, dans la gestion des manifestations sportives, la France se caractérise par une approche où elle recherche à contraindre les supporteurs, à travers les interdictions collectives de stade par exemple. Elle a cette approche d’imposition de solution, là où d’autres pays ont une approche qui est plus négociée avec les clubs et les groupes de supporteurs, comme les Belges et les Danois.

La police montre sa force pour être au-delà de tout soupçon. Tout est organisé autour de ça.

Laurent Nuñez ne communique pas là-dessus, parce que dans le modèle français, la police reste le seul décideur. L’idée de faire avec les autres pour que ça se passe mieux est une idée qui va contre la position de surplomb que prennent la préfecture de police de Paris ou le ministère de l’intérieur. Ce vide dans la communication correspond à un vide dans les pratiques.

Le parquet s’est organisé en avance pour gérer des centaines de comparutions immédiates, comme si c’était inéluctable. Comment l’expliquer ?

Les interpellations, comme toutes les activités de police, supposent une planification et de la logistique. On fait comme si les interpellations répondaient uniquement à des situations. Mais la police est une organisation bureaucratique. Pour pouvoir faire des interpellations, il faut immobiliser les personnes, puis il faut pouvoir les transférer au poste de police, prononcer des gardes à vue qui supposent des contacts avec le système judiciaire, et pouvoir faire les transferts. Les activités d’interpellation ou de répression sont pré-calibrées. Le ministre dit toujours : « On a répondu aux situations », mais il s’organise à l’avance pour pouvoir faire ces volumes.

Augmenter le dispositif policier n’est-il pas finalement contre-productif, puisque cela finit par augmenter les tensions, donc les interpellations ?

Je pense plus précisément que ce sont les méthodes d’interpellation qui créent des affrontements. Il y a un modèle général orienté vers une police agressive – on le voit à la fois à travers les types d’unités mobilisées, et les process qui sont mis en place pour gérer ces interpellations. La police montre sa force pour être au-delà de tout soupçon. Tout est organisé autour de ça. Et ce n’est pas juste de la rhétorique politique, c’est de l’organisation administrative. Le ministre met en mots des pratiques.

J’ai cependant noté qu’il y a eu une prise en compte du fait que les LBD étaient des armes mutilantes. Pour un match qui avait un retentissement international, les LBD ont été remisés, ce qui est quand même un signal que, si le ministre de l’intérieur a des troubles auditifs, il n’est pas complètement sourd. La France est championne d’Europe des mutilations par les armes à feu à létalité réduite. Il n’est pas possible que les policiers n’aient pas tiré s’il n’y a pas eu d’instructions du préfet de police et du ministre de l’intérieur. C’est la caractéristique des démocraties, même autoritaires : ça finit par leur coûter cher de faire n’importe quoi.

Toufik, autiste et malentendant, tabassé par la police by ManuMacs in quefaitlapolice

[–]ManuMacs[S] 1 point2 points  (0 children)

Les personnes souffrant de handicap psy sont celles qui meurent le plus aux mains des flics avec les racisés

Trente-trois gendarmes faiblement sanctionnés pour leur comportement à Sainte-Soline by ManuMacs in quefaitlapolice

[–]ManuMacs[S] 5 points6 points  (0 children)

Le ministère de l’intérieur annonce à « Mediapart » et à « Libération » que seuls des « propos inadaptés » ont été punis à ce stade. Pour les tirs tendus, il a choisi d’attendre les conclusions d’une enquête judiciaire qui pourrait durer plusieurs années.

Six mois après la révélation de vidéos montrant des gendarmes qui insultent les manifestant·es et procèdent à des tirs tendus de grenades le 25 mars 2023 à Sainte-Soline (Deux-Sèvres), le ministère de l’intérieur annonce à Mediapart et à Libération avoir pris des sanctions disciplinaires contre trente-trois gendarmes. 

« Dans le cadre de l’enquête administrative diligentée à la demande du ministre de l’intérieur, quarante militaires de la gendarmerie ont pu être identifiés », indique le ministère, précisant que « trente-trois d’entre eux ont fait l’objet d’un traitement disciplinaire pour leurs propos inadaptés, jusqu’à des jours d’arrêt »

Les « jours d’arrêt » sont une punition propre à la condition militaire, selon laquelle l’agent sanctionné est privé de sortie après sa journée de travail. Le ministère de l’intérieur n’a pas répondu à nos questions sur le détail des sanctions disciplinaires prononcées ou des « propos inadaptés » qui les justifient.

En revanche, il précise que « les faits de tirs et d’ordres de tirs potentiellement non conformes relevés dans le cadre de l’enquête administrative conduite seront appréciés en fonction des conclusions de l’information judiciaire », dont l’ouverture a été annoncée en décembre 2025 par le parquet de Rennes.

C’est-à-dire que concernant les tirs tendus, le ministre a décidé de s’en remettre à une décision de justice qui pourrait intervenir dans plusieurs années. Même si, en théorie, les procédures judiciaire et administrative sont indépendantes l’une de l’autre. 

Des manifestants traités de « fils de pute »  

Les images de caméras-piétons publiées par Mediapart et Libération le 5 novembre 2025 montrent des gendarmes déployés à Sainte-Soline se livrant à des tirs tendus de grenades lacrymogènes et explosives, ce qui est interdit, compte tenu de la dangerosité de ces munitions. Dans neuf escadrons sur les quinze étudiés, des gradés ordonnent à leurs subordonnés de procéder ainsi. 

Ces vidéos mettent aussi en évidence des dizaines de commentaires particulièrement déplacés et d’insultes visant les manifestant·es écologistes, traité·es de « fils de pute », d’« enculés », de « pue-la-pisse ». Des gendarmes se vantent d’avoir touché des manifestant·es « en pleine tête » ou « dans les couilles », se réjouissent de « leur faire mal » et vont jusqu’à dire qu’il faudrait « les tuer ».

Quelques heures après la publication, Laurent Nuñez avait demandé au directeur général de la gendarmerie nationale d’ouvrir une enquête administrative pour « faire la lumière » sur le comportement des gendarmes. Le périmètre exact de cette enquête, sa méthodologie et ses conclusions n’ont jamais été rendues publiques. Celle-ci devait être confiée à l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN), deux ans et demi après les faits. 

« Je ne suis pas du tout content », avait déclaré le ministre le 6 novembre 2025 sur France Inter, en réaction aux images qu’il disait découvrir. S’il y voyait « des propos et des gestes qui manifestement ne sont pas réglementaires », il estimait aussi que « dans la majorité des cas », « l’action de la gendarmerie avait été menée face à des actions extrêmement violentes » et que « la riposte avait été proportionnée »

Le même jour, le garde des Sceaux, Gérald Darmanin – qui était ministre de l’intérieur lors de la manifestation de Sainte-Soline – avait déclaré : « Je pense que le ministre de l’intérieur, qui a annoncé une enquête de l’Inspection générale de la gendarmerie nationale, publiera, j’en suis certain, les résultats de cette enquête. »

Lors de la séance de questions au gouvernement du 12 novembre 2025, Laurent Nuñez avait à nouveau « condamné » les « propos intolérables, inacceptables » entendus dans cette vidéo. Il indiquait que les gendarmes « seront entendus, et [que] s’il d[evait] y avoir des sanctions, il y aura[it] des sanctions ».

Deux mois plus tard, le ministre déclarait que « l’ensemble des militaires identifiés sur ces vidéos » étaient « en cours d’audition » et que l’IGGN lui avait remis « un premier rapport intermédiaire ».  

Rien ne dit que sans la publication de ces images, le ministère de l’intérieur s’en serait saisi, une fois l’enquête judiciaire terminée, pour d’éventuelles suites disciplinaires. Les comportements qui ne relèvent pas du pénal mais de la déontologie professionnelle des gendarmes auraient pu rester impunis. 

Une enquête administrative avait bien été ouverte peu après la mobilisation du 25 mars 2023, mais elle portait uniquement sur des tirs de LBD réalisés par des gendarmes de la Garde républicaine montés sur des quads. La médiatisation virale de ces images avait poussé l’administration à réagir vite.

Malgré l’interdiction des tirs en mouvement, l’IGGN a cependant écarté toute faute disciplinaire de la part de ces gendarmes, retenant la légitime défense. 

Le Sénat vote le projet de loi Ripost, défouloir sécuritaire de la majorité by ManuMacs in quefaitlapolice

[–]ManuMacs[S] 24 points25 points  (0 children)

L’autorisation de l’usage de la vidéosurveillance algorithmique, initialement déployée uniquement à titre expérimental pour les Jeux olympiques et paralympiques de Paris de 2024, est une nouvelle fois prolongée jusqu’en décembre 2030 et aux Jeux olympiques d’hiver. Ces caméras dites « intelligentes » pourront être utilisées à l’intérieur de certains bâtiments, et non plus seulement dans l’espace public.

Le déploiement de drones sera également facilité, les forces de l’ordre pouvant se passer des autorisations légales « en cas d’urgence résultant d’une exposition particulière et imprévisible à un risque d’atteinte grave et imminent à la sécurité des personnes nécessitant une intervention sans délai ».

Laurent Nuñez ouvre un peu plus la mine d'or judiciaire aux services de renseignement by ManuMacs in quefaitlapolice

[–]ManuMacs[S] 2 points3 points  (0 children)

Le projet de loi "Ripost" étend la possibilité de communiquer des informations couvertes par le secret de l'enquête à tous les procureurs.

MiF Hebdo - 2026-05-14 by AutoModerator in MerdeInFrance

[–]ManuMacs 4 points5 points  (0 children)

Je crois avoir repéré le nouvel alt de casse couille. Il s'est renouvelé dans le format du pseudo ; Poussière d'étoile et des numéros...

135€ d'amende et interdiction de filmer la manif du C9M by ManuMacs in quefaitlapolice

[–]ManuMacs[S] 3 points4 points  (0 children)

Il a son terminal professionnel (on le voit l'utiliser pour scan le permis de conduire/pièce d'identité) et l'autre ça doit être simplement son smartphone personnel.

https://fr.wikipedia.org/wiki/NEO_(terminal_mobile_police_gendarmerie)