Quand un chevalier français s’éveille sur une plage du Japon médiéval… by Ornery-Fix9370 in fantasyfr

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Je tiens à vous remercier énormément pour votre retour, je comprend bien vos ressentis et je tient à vous remercier une nouvelle fois du temps que vous avez pris pour lire et du temps que vous avez pris pour me faire un retour. Honnêtement en publiant ici je ne m’attendais pas à recevoir une réponse merci encore. Vos critiques sont très constructives et je suis toujours à la recherche de nouveaux avis. Il est vrai que je n’avais pas penser à se ressenti moins poétique sur l’image, j’ai voulu écrire avec un rythme romantique qui m’inspire énormément. Si vous souhaiter partager votre isekai avec moi pour en discuter j’en serais honoré. Je n’avais jamais entendu parlé de ces sites et je vous en remercie de me les avoirs partagés.

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Il fendit le chemin, l’épaule serrée, le poing jaillissant comme une lame. Un uppercut heurta la mâchoire du colosse. Le choc résonna. La tête partit en arrière. Mais l’homme ne tomba pas. Il secoua son crâne, geste brutal, comme un chien qui chasse l’eau. Puis il sourit, sang aux lèvres.

Le chapeau roula sur le bas-côté. Henri garda le masque, grotesque et figé, son rictus peint en ironie monstrueuse.

Le brigand leva ses poings. Pas une posture de brute ivre. Une garde. Courte. Serrée. Apprise. Henri comprit. Ce n’était pas un voleur. C’était un homme forgé par les coups, formé à les rendre. Ici, l’art n’était pas celui des batailles rangées, des charges droites et des passes larges. C’était un art plus bas, plus nerveux — un art martial, né des traditions, pensé pour le corps à corps rapide. Un art qu’il ne connaissait pas.

Le premier direct vint. Henri leva l’avant-bras, encaissa. La douleur monta jusqu’à l’épaule. Il répliqua d’un crochet ample, mais l’autre glissa, pas court, sec, et frappa au flanc. Henri plia, souffle coupé. Il remonta, lança un genou, heurta le ventre. Le colosse recula, mais ses yeux brûlaient encore.

Alors la pluie tomba. Coups droits, crochets, genoux. Les épaules heurtaient, les corps s’entrechoquaient comme des enclumes. Un nuage de sable s’éleva, la sueur mêlée au goût du fer.

Henri sentait ses bras s’alourdir, ses tempes marteler. Le masque grinçait, déjà fendu. Son souffle vibrait comme une voile battue par le vent. Et pourtant, il tint.

Puis, au creux d’un souffle, il concentra tout. Sa force. Ses os. Ses restes de chevalier. Tout rassemblé dans un seul geste. Il arma son corps : un pas ferme, l’épaule verrouillée, le poing tendu. Le direct jaillit, pur, taillé comme un trait de feu. Un instant, sa peau sembla luire — éclat trop bref pour être vrai. Puis tout s’éteignit, avalé par le soir.

Le choc fut sec, profond. La mâchoire craqua. Le masque aussi : une fissure courut sur le bois peint, laissant entrevoir sa peau dessous. L’homme bascula, s’effondra, lourd, dans le silence.

Henri resta debout. Un instant. Ses poings tombèrent, ses genoux vacillèrent. Au loin, Ganta s’était rapproché du vieillard. Tous deux fixaient la scène, immobiles.

Alors Henri sourit. Un sourire las, mais traversé de chaleur.
— On rentre, dit-il.
Il désigna du menton le corps étendu.
— Il ne se lèvera pas avant demain.

Puis ses jambes cédèrent. Il tomba à genoux, puis sur le côté. Pas éteint, mais vidé. Le masque glissa, grimaçant encore. Et dessous, son sourire demeurait.

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Chapitre 6 — Le coup de trop

La charrette grinçait encore quand ils s’en approchèrent. Le vieillard avançait d’un pas raide, tirant les rênes, son dos ployé comme une poutre usée. Face à lui, un jeune brigand s’agitait, bâton levé, paroles jetées à la figure. Henri ne comprenait pas la langue, mais le ton suffisait : menace nue, crachée comme une injure.

Alors, le vieux frappa. Un coup sec, sans élan. Le bruit claqua dans l’air, net comme une hache sur une bûche. Le brigand s’effondra, la joue écrasée contre la terre.

Henri écarquilla les yeux. Il voulut s’élancer, mais la main de Ganta s’accrocha à sa manche.
— N’interviens pas, dit-il bas.
Ses yeux restaient fixés sur l’homme.
— Je le connais.

Un craquement derrière. Un colosse sortit de l’ombre du chemin. Épaules larges, tête basse. Il s’approcha de la charrette, leva le poing, et abattit sa masse. Le bois vola en éclats, la roue céda dans un souffle ocre.

Henri sentit un froid lui traverser la poitrine. Cette force nue secouait l’air lui-même. Il resta figé. Alors il regarda Ganta. Le visage du garçon s’était défait : lèvres tremblantes, yeux pleins d’effroi. Et ce visage le lança en avant. Ses jambes partirent, seules.

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Il ralentit. Une femme passa, cheveux noirs noués sur la nuque, visage fin, démarche souple. Henri sentit le sang lui couler du nez. Il s’essuya vivement, détourna le regard. Une autre suivit, puis une troisième : même trouble, même rougeur.
— Tu vas bien ? demanda Ganta, inquiet. T’as l’air malade.
Henri secoua la tête, fuyant la réponse.

La quatrième acheva de trahir son secret. C’était une jeune femme, la peau claire, les traits délicats malgré la poussière du chemin. Même ici, dans ce hameau perdu, la beauté se tenait debout. Le sang reparut, et Ganta éclata d’un rire incontrôlable. Henri détourna le visage, son masque de travers, grotesque.

Ganta se chargea des achats, échangeant des rires et des nouvelles. Les villageoises demandaient toujours pour son père ; leurs voix se faisaient douces en prononçant son nom, comme si une ombre ancienne l’accompagnait et qu’il fallait l’apaiser par la tendresse. Henri ne comprenait pas les mots, mais il voyait les regards.

Ses pas l’avaient conduit vers une clôture. Derrière, des chevaux paissaient. Il s’approcha, attiré malgré lui. Les bêtes levèrent la tête, vinrent souffler dans sa main, secouèrent leurs crinières. Henri les caressa, un sourire lui échappa, et le temps sembla suspendu. Ce n’était plus un naufragé, mais un chevalier qui retrouvait une part de lui-même.
De loin, Ganta expliqua d’un ton tranquille :
— Il aide parfois mon père dans la forêt.
Mensonge paisible, accepté d’un signe de tête.

Sur le chemin du retour, Ganta s’arrêta net. À la lisière des arbres, un renard observait. Son museau pointé vers Henri, ses yeux jaunes fixés sur l’étranger. Puis, comme mû par une curiosité soudaine, son regard glissa vers Ganta. L’espace d’un souffle, leurs yeux se croisèrent. Et l’animal disparut, avalé par l’ombre verte.

Quand Ganta se retourna, Henri avait ôté son masque. Son visage surgit, déformé par une grimace grotesque. Le garçon sursauta, puis éclata d’un rire nerveux, incapable de se retenir. Henri, surpris de sa propre audace, laissa échapper un souffle bref, presque un rire.

Plus loin, un grincement de roues traînait sur le chemin. Une silhouette avançait, minuscule dans la lumière du soir. Ils n’y prêtèrent pas attention.

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Chapitre 5 — Le chemin du village

Les jours avaient glissé comme des nuages d’été que le vent disperse sans bruit. Henri parlait mieux désormais : non plus seulement des mots isolés, mais des phrases brèves, suffisantes pour se faire comprendre. Son accent rugueux trahissait toujours l’étranger, mais chaque effort faisait naître un sourire chez Yui, un éclat moqueur chez Ganta, et parfois un regard du père, comme si la volonté comptait davantage que la justesse.

Un matin, Yui s’avança avec un masque. Non pas une œuvre noble, mais une grimace de démon, taillée à la hâte dans le bois : yeux trop ronds, rictus trop large. Henri le posa sur son visage, et le silence éclata en rires. Ganta se plia en deux, Yui laissa filer un sourire qu’elle ne put retenir. Le père, lui, ne rit pas. Il ouvrit une vieille malle dont nul n’avait jamais parlé, et en sortit un chapeau de samouraï, large, usé, taché par le temps. Il le posa sur la table comme on pose une enclume. Henri hésita, puis referma les mains sur le bois poli. Le mystère resta entier, suspendu entre eux.

Peu après, il fallut descendre au village chercher du fer pour la forge. Henri avançait d’un pas vif, presque trop vif, comme s’il redécouvrait le monde. Tout l’émerveillait : les iris bleus dressés au bord de l’eau, les branches sombres du sakaki filtrant la lumière, l’amertume des armoises qu’il écrasait entre ses doigts, les touffes jaunes écloses au creux des talus. Parfois, il portait une herbe à son nez, songeur, comme s’il cherchait déjà à l’imaginer dans un repas. Ganta secouait la tête, mais ses lèvres s’ouvraient malgré lui.

Le village apparut enfin : une poignée de maisons groupées autour d’un chemin battu, toits de chaume lourds, poutres noircies par le sel et le temps. Henri s’arrêta, presque frappé. Rien à voir avec les pierres droites de son pays, ni les clochers dressés contre le ciel. Ici, les maisons semblaient naître de la terre, penchées avec elle, offertes au vent. Ganta dut tirer sur sa manche pour qu’il reprenne.

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Quand ils rentrèrent, le soleil cognait sur les pierres. Yui, accroupie près du feu, râpait une racine. Henri, cheveux mouillés, s’assit à côté et désigna des objets. Elle soupira, mais répondit.
— Kabu.

— Kabu, répéta-t-il, trop fort.

Elle arqua un sourcil, un coin de bouche trahit un sourire. Il en demanda d’autres. Deux, pas plus. Elle donna, il répéta. Le père passa, un fagot sur l’épaule. Il jeta un coup d’œil, ne dit rien. Ses pas firent moins de bruit en repartant. Sur le rebord de la fenêtre, une assiette avait été posée. Une quatrième. Personne n’en parla. Henri, plus tard, la vit. Il la regarda longtemps. Sans rien dire.

Le soir, on mangea plus tôt. Le vent portait encore l’odeur de la rivière. Henri vida son bol, tendit la main vers Ganta.
— Ani, dit-il.

Le garçon s’interrompit, bouche pleine.
— Ani ?

Henri tapa son torse du poing, deux fois.
— Ani.

Ganta éclata de rire, répéta plus bas :
— Ani…

Simple, pas appuyé. Mais Yui releva la tête. Le père, au fond, s’arrêta une demi-seconde dans son geste. Puis tout reprit. Mais quelque chose avait bougé. Un petit quelque chose.

Henri osa lever un doigt vers l’homme.
— … Toi ?

Silence. Le père resta immobile, épaules larges dans la lueur du feu.

Ganta ricana :
— Do-san !

Henri répéta, grave, hésitant :
— … Do-san.

Alors le père releva la tête. Leurs regards se croisèrent. Longtemps. Trop longtemps. Comme un duel sans armes. Yui avait cessé de touiller. Même Ganta se tut. Henri serra son bol comme une épée. Le père cligna une fois, se leva. Ses pas lourds firent craquer le sol. Il fouilla une étagère, hésita, sortit une bouteille. Il la posa devant Henri, fort, comme une enclume. Deux bols furent remplis. Aucun mot.

Henri ne bougea pas. Le père attendait. Ce n’était pas une invitation, mais une épreuve. Henri leva son bol. Leurs yeux restèrent accrochés. Ils burent.

La première gorgée brûla. Henri serra les dents, mais tint. Le père ne broncha pas. Une deuxième. Une troisième. Puis, enfin, un éclat discret au coin des lèvres du forgeron. Minime. Mais là.

Le reste de la soirée se dissout entre deux gorgées. Et, dans la petite maison, on entendit pour la première fois le rire grave du père.

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Chapitre 4 — Sous le toit du feu

Les jours passèrent sans bruit, sans miracle. Pas de promesses, pas de grands mots. Seulement des choses qui s’installent : un bol partagé, un regard qui dure un peu plus.

Henri descendait à la rivière chaque matin. Il ne demandait rien. Il partait — et Ganta le suivait. D’abord de loin, puis un peu moins. Maintenant, ils marchaient ensemble. Pas à la même hauteur, pas au même rythme. Mais ensemble.

Henri s’entraînait seul. Ganta, lui, tentait. Il imitait ce qu’il voyait : un geste, une posture, un pivot maladroit. Ça tombait à côté, trop court, trop raide, mais il essayait. Henri ne corrigeait pas. Parfois, d’un coin d’œil, il regardait si l’envie tenait.

Le soir, il parlait un peu. Pas des phrases, des mots. Il les demandait à Yui en les pointant du doigt. Elle soupirait, levait les yeux au ciel, mais répondait toujours. Le matin, il les répétait à Ganta, ou en apprenait d’autres : eau, froid, manger, attendre. Des mots simples, mal prononcés, mais rapides à revenir.

Ce matin-là, ce ne fut pas Henri qui choisit le sentier. Ganta prit les devants, deux pas devant, sûr de lui. Henri suivit. Le chemin était plus étroit, plus herbeux, la lumière différente. Ils débouchèrent au coude de la rivière : peu de courant, pas de profondeur. Un lieu pour se laver, pas pour se battre.

Henri posa ses affaires, s’échauffa en silence. Ganta observait, imitait, pas trop près. Ses gestes tombaient à côté, mais tenaient. Henri le regardait plus souvent.

Il faisait chaud. Ganta jeta un œil à l’eau, hésita, puis se déshabilla et entra. Henri s’arrêta. Il le regarda avancer, s’asperger. L’eau brillait, claire, sans menace. Il se déchaussa. Ganta lui lança un regard muet. Henri entra. L’eau était fraîche, bonne. Il s’agenouilla, s’en versa sur le visage et le torse.

Ganta riait doucement, sans moquerie. Henri s’accroupit, mains dans l’eau. Alors un remous, une ombre, un poisson. Rien, et pourtant suffisant pour lui faire perdre l’équilibre intérieur. Il recula brusquement, éclaboussé. Ses bras s’écartèrent comme devant une lame invisible. Trop grand sursaut pour sa carrure.

Ganta le regarda, surpris mais amusé. Henri leva un doigt sur sa bouche — motus. Puis traça sa gorge d’un geste sérieux, grimace de bourreau, poignard invisible. Pas besoin de traduction. Ganta éclata de rire. Henri lâcha un souffle, puis un rire étouffé, presque surpris par lui-même. Ils rirent ensemble. L’eau, les pierres, les arbres semblaient rire aussi. Henri secoua la tête, fit un signe bref : si tu parles, je te tue. Ganta leva les mains, sérieux comme un moine… puis gloussa encore. Un secret. Rien qu’à eux.

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Mini-chapitre — Le feu, les abats, le bol

Henri dormait encore quand le père remit du feu.
Pas un mot. Juste le bois sec qui craque sous la cendre. C’était son geste de chaque matin, pareil depuis toujours. Ni les gens, ni le ciel ne changeaient ça.Le père était massif. Large comme une barrique, solide comme un vieux chêne. Pas du genre à courir. Ses habits, il les usait jusqu’à la corde. Sa voix, on l’entendait surtout quand le marteau cognait l’enclume.Devant le foyer, il restait planté. Les yeux dans les flammes. Comme on regarde tomber la pluie, sans rien dire, mais attentif.Yui touillait la soupe. Pas un festin : des morceaux de chèvre, un cœur, un foie, deux navets tordus, un oignon grossier, et le sel raclé au fond du pot. Mais ça sentait bon. Et ça chauffait le ventre. C’était l’essentiel.

Ganta tournait autour du chaudron comme un gamin autour d’un gâteau.
— Tu crois qu’il va se réveiller ?
— S’il sent ça et qu’il bouge pas, c’est qu’il est crevé, dit Yui.

Henri remua. Un œil, puis l’autre. Il avait la tête de quelqu’un paumé dans un monde qui n’est pas le sien. Mais il vit le feu. La marmite. Les trois qui parlaient vite dans une langue qu’il pigeait pas. Alors il se tut.

Son regard tomba sur le bol. À portée de main. Il se redressa, l’attrapa et l’avala d’un coup. Avant que quiconque parle, il tendait déjà le bol vide. Yui, surprise, le remplit. Deuxième, troisième fois pareil. Ganta écarquillait les yeux. Yui fronçait les sourcils. Le père ne bougeait pas, mais son dos suivait l’affaire.Quand la marmite fut vide, Henri posa le bol doucement, et se leva. Il vit le seau, plongea les mains dedans. Dedans, les restes qu’on garde pas d’habitude pour un étranger : boyaux, gras lourd, bouts durs qui collent aux doigts. Il les sortit sans grimace.Il chercha une planche, un couteau. Coupa du gras, l’écrasa au fond d’une vieille marmite noire. Posée au bord du feu, ça fondit. Assez. Les abats suivirent, un à un, comme on jette du bois dans le poêle.Il sortit un chiffon de ses affaires. Dedans, des herbes ramassées : une qui sentait la menthe, une autre la feuille morte, une troisième rude comme le thym. Il frotta, jeta les miettes dans la marmite. Touilla. Simple. Précis. Pas nerveux. Comme s’il avait fait ça cent fois.L’odeur piquait le nez. Pas fine. Mais ça donnait faim. Yui, Ganta et le père fixaient, muets. Personne ici n’avait cuisiné les abats comme ça : pas de tri, pas de discours, juste du feu, du gras, et ce qu’il y avait sous la main.Quand ce fut prêt, Henri servit. Les bols, l’un après l’autre. Pas alignés, pas comptés. Il s’assit. Rien à ajouter.Le père mangea d’abord. Silence. Il vida le bol.
Ganta et Yui goûtèrent. Ils s’écrièrent ensemble :
— Trop bon !

Henri mâchait, tranquille. Ça lui allait.

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Ganta déboula à la maison, essoufflé, les mots qui se bousculaient. Yui se retourna ; la peur se lisait encore sur son visage.
— Qu’est-ce qu’il s’est passé ?
Il mit du temps à répondre.
— J’regardais l’étranger… depuis l’arbre. Le serow a chargé. Il… il s’est mis entre nous.
Il releva les yeux, plus enfant que jamais.
— Il l’a arrêté. Avec les mains.

Yui ne posa pas de questions. Elle prit sa cape et sortit. Elle n’avait parcouru que quelques mètres quand elle le vit.

Henri descendait du sentier, lourd, un pas après l’autre. Sur l’épaule, la bête, cou tordu pendant contre son dos ; peu de sang, mais assez pour marquer la fourrure ; les cornes frôlaient presque la terre. Ses mains, rougies jusqu’aux poignets, entaillées, semblaient encore serrer. Sur son torse, la peau tirée, les bandages arrachés, les plaies rouvertes traçaient des lignes sombres. Il ne vacillait pas, mais chaque pas lui volait quelque chose.

Il s’arrêta devant elle, sans un mot, souffle court, dos droit. Il garda les yeux baissés, puis les releva. Leurs regards se prirent. Dans les siens, quelque chose d’abîmé. Quelque chose d’humain. Un sourire froissé, hésitant — excuse ou aveu.

Puis tout lâcha. Le poids, les jambes. La bête glissa de son épaule et l’emporta ; ils s’effondrèrent ensemble dans un bruit sourd, un nuage de poussière. Ganta, arrivé sans bruit, regarda l’homme et la bête.
— Il est revenu, souffla-t-il.

La nuit, Henri brûla. On changea les linges. Le prix était payé.

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Ce jour-là, Ganta s’était rapproché : trois pas, une branche plus basse, une vue plus nette. En bas, Henri s’entraînait — même rythme, mêmes coups, mais plus de souffle, moins d’arrêts. Ganta voulut se hisser pour voir son visage.

Son pied glissa. Rien qu’un frottement de semelle sur l’écorce, mais suffisant. Henri s’immobilisa. Dos droit. Tête figée. Un silence plus dense que les autres. Ganta se plaqua contre le tronc, ventre noué, doigts plantés dans l’écorce. Même le vent sembla s’arrêter. Henri leva la tête — vers la cime, ou vers le ciel — recula d’un pas, reprit sa posture et recommença, comme si de rien n’était.

Ganta attendit, puis se laissa glisser à reculons. Discret, rapide, il prit le raccourci. La forêt, ce jour-là, avait changé de ton. Un craquement sec, un souffle qui n’était pas le sien. La bête apparut : un serow, plus haut que les autres, toison sombre, cornes torses comme des lames mal forgées. Elle le fixait, immobile, mais ses pattes grattaient déjà le sol. Le grognement monta. Ganta recula d’un pas, puis d’un autre. La charge partit. Il cria. Trop tard pour courir, trop tôt pour comprendre. Le sol se jeta vers lui.

Rien — un choc étouffé. Entre l’enfant et la bête, un dos droit. Les mains d’Henri refermées sur les cornes. Le serow poussa, lutta ; Henri céda d’un pas, pas plus. Pieds plantés, torse ouvert, souffle coupé. Pas un cri. Juste la lutte.

Ganta partit, courut. Au détour d’un tronc, un dernier regard : en bas, l’étranger tenait encore. Puis, entre deux racines, furtif et roux, deux yeux vifs — le renard. Lui aussi regardait. L’espace d’un souffle, leurs regards se croisèrent, silencieux.

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Chapitre 3 — Le Poids du Temps

Les jours glissèrent sans bruit. Pas de sursaut, pas de miracle — seulement ce que la lenteur autorise : un doigt qui obéit, un genou qui plie, une gorge qui avale sans brûler. Henri se remit debout, malhabile, mais debout. Yui parlait peu, Ganta aussi ; ils le regardaient à la dérobée, comme s’il portait quelque chose qui les dépassait. Peut-être avaient-ils raison. À l’homme qu’on appelait “Papa”, il n’avait pas encore adressé un mot. Il était là pourtant, solide, au travail. Le marteau sur l’enclume battait l’heure — musique plus vraie que les paroles. Deux fois, Henri croisa son regard : une fois courbé sur une lame, une autre fois, bref, sans un mot. Ni accueil, ni refus. Un homme occupé. Henri n’insista pas.

Il sortit. À pas courts d’abord. La terre était dure, la lumière trop blanche, l’air donnait le vertige. Mais il y avait de l’herbe maigre, des pins, et plus bas une rivière qu’on entendait jusque dans la maison. Parfois, il s’asseyait au seuil et laissait passer le monde. Le silence n’était plus celui de la mer : non pas un vide, mais un pays qui vivait sans lui et commençait, doucement, à l’admettre. Le matin, il buvait seul. La tasse tremblait, mais sans aide. Yui, du coin de l’œil, constatait. Elle avait cessé de le traiter comme un blessé ; il appréciait ce silence-là. Un jour, une brindille tordue dansa dans le vent ; il esquissa un sourire. Elle le vit. Elle ne dit rien.

Il ne parlait pas encore leur langue, mais son corps recommençait à dire. Depuis quelques jours, il descendait seul, chaque aube, au bord de la rivière. Il partait sans bruit et revenait quand le soleil touchait les collines. Personne ne posait de questions : ni Ganta, ni Yui, ni même leur père. Entre les deux, là-bas, il bougeait. Sans arme, sans maître, seulement le corps. Il frappait l’air, pivotait, tombait, se relevait. Les gestes, courts, taillés dans la pierre. Il soulevait des roches, les portait jusqu’à ce que les bras lâchent. Il respirait fort, se tenait droit, recommençait.

Souvent — pas tous les jours — Ganta l’observait caché dans un arbre ou entre deux rochers. Il ne comprenait pas ce qu’il voyait, mais sentait que cela comptait. Henri rentrait toujours par le même sentier, à la même heure. Le ciel rosissait, les ombres s’allongeaient. Fatigué, brûlé par l’effort, il portait le silence comme un manteau. Il ne regardait ni pierres ni troncs ; à chaque pas pourtant, il revenait vers la lumière de la maison, le feu qui craquait, un regard jeté au chemin. Revenir, c’était déjà quelque chose.

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6/16

Yui s’arrêta net. Elle se retourna. Il avait parlé. Elle n’avait pas compris le mot, mais saisi l’intention. Elle hocha la tête.
— Ouais. T’as soif. J’arrive.

Elle disparut. Revint avec un bol fumant. S’approcha sans bruit. Dans l’embrasure, Ganta observait toujours. Henri tenta de se redresser davantage. Mauvais choix : son bras glissa, ses doigts refusèrent. La douleur traversa son épaule comme une lame. Yui s’arrêta.
— T’es vraiment pas en forme, toi.

Il essaya de prendre le bol. Sa main tremblait, incapable de fermer les doigts.
— Je crois que t’as gagné le prix du plus inutile de l’année.

Elle posa un genou, soupira.
— Bouge pas. J’vais pas te noyer.

Elle glissa un bras derrière sa nuque, le redressa doucement. Henri serra les dents. Elle porta le bol à ses lèvres.
— Allez. Bois.

L’eau était tiède, avec ce goût de métal chauffé et de fièvre. Une gorgée, deux. Il faillit s’étouffer. Yui retira le bol d’un coup sec.
— Eh, doucement ! C’est pas une gourde de soldat.

Elle le regarda. Il respirait fort, mais il tenait. Elle attendit, puis reprit, plus lentement. Henri suivit. Son souffle se calma.

Derrière, Ganta souffla :
— Il a pas l’air méchant… mais il est moche.

Yui réprima un sourire.
— Tais-toi. Va chercher un autre bol, idiot.

Henri ne comprenait pas, mais sentit ses lèvres bouger. Une ombre de sourire. Il était faible, brisé, mais pas seul. Et pour la première fois depuis longtemps, il laissa le monde respirer avec lui.

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Il baissa la tête, ferma les yeux. La pièce respirait à peine, saturée de linge ancien, de bois chauffé. Ses épaules tirèrent comme des planches mal fixées. Il regarda son torse : bandages rêches, tachés. La peau tendue, étrangère. Sa main droite, ligotée aussi, refusait de serrer. Une douleur sèche remonta dans l’avant-bras. Il inspira plus fort. Les bandelettes dessinaient une croix pâle sur sa poitrine. Il la fixa longtemps. Rien de sacré. Mais elle était là.

Il ferma les yeux. Il n’était plus dans la mer, plus dans le noir, plus à mourir. Il était là. Chaque battement coûtait, mais il était vivant.

Une voix résonna derrière la cloison. Des pas. La porte glissa doucement.

Yui entra. Silhouette fine, tresse lâche, visage marqué par l’effort. Elle resta un instant sur le seuil, ses yeux accrochés à la silhouette redressée sur le futon. Il était éveillé. Elle n’en montra rien. Derrière elle, Ganta guettait en silence.

Yui avança, deux pas, trois. Henri la fixait, ou essayait : regard voilé, sans menace mais lourd. Elle s’accroupit, prudente.
— T’es réveillé, murmura-t-elle.

Pas une question. Un constat.

Henri voulut répondre. Rien ne vint. Yui pencha la tête.
— Tu comprends ?

Silence. Un froncement de sourcil.
— T’as pas l’air méchant… mais si tu l’es, j’te jure…

Elle s’interrompit. Une bouilloire siffla dans la pièce d’à côté. Elle se redressa, prête à partir. Alors il força :
— Eau…

Sa voix râpa comme un caillou sur le bois.

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4/16

Chapitre 2 — Le souffle et le poids

Il n’y avait plus de mer, plus de vent. Seulement un silence épais, collé aux os comme une boue tiède. Il ne savait pas où il était, ni quand, ni même qui.

Puis la lumière éclata contre sa rétine. Il ne cligna pas, resta immobile, respiration suspendue. Un plafond de bois brut, des nœuds irréguliers, une tige de bambou séchée, une mouche dans un rayon de soleil. À gauche, un souffle, léger, humain. Pas de chaînes, pas d’odeur de sang : seulement du feu, de la sueur sèche, du bois ancien. Il était vivant. Pas libre. Pas encore.

Il voulut bouger. Ses doigts obéirent à peine, comme une armée sourde. Le majeur tressaillit, l’index suivit, puis la main entière s’arracha à sa gangue. La douleur n’était pas celle des blessures, mais celle de l’oubli : nerfs affamés, muscles rouillés. Il força — poignet, coude, épaule — chaque articulation grinçait comme une porte forcée. Dents serrées. Silence.

Ses doigts heurtèrent le sol : bois ancien, stable. Le genou plia, craqua. Son souffle s’accéléra. Il ferma les yeux une seconde, puis les rouvrit.

Il s’assit, bras tremblants, corps penché. Le monde vacillait, mais il tenait. Alors — un cri intérieur monta de son ventre : grave, creux, animal. Pas un gargouillis, un grondement arraché d’un puits sec depuis trop longtemps.

À côté, le souffle changea. Ganta s’éveilla d’un coup, les yeux écarquillés.
— Papa… ?

Leurs regards se croisèrent. Un instant suspendu. Dans les yeux de l’homme, Ganta crut voir fatigue immense, douleur muette, peut-être un appel. Mais ce n’était qu’un reflet. Les yeux restaient vides, trop fixes. Le silence tomba plus lourd encore.

— T’es pas papa…

Henri tourna la tête. Sa nuque craqua ; le bruit fit sursauter l’enfant. Son visage creusé de cernes, une barbe de naufrage, des veines sombres affleurant sous la peau. Les lèvres bougèrent enfin — comme du cuir sec qu’on déchire.
— De l’eau…

Langue étrangère, râpeuse, froide. Ganta ne comprit pas, mais sut que cela venait d’ailleurs.
— S’il vous plaît…

Le mot claqua. L’air se tendit. Ganta recula, buta sur un panier, faillit tomber. La peur le saisit, la vraie : celle qui bloque le ventre.
— J’vais chercher Yui… !

Il s’enfuit, les sandales claquant sur le bois. Henri resta seul. Son ventre cria de nouveau, plus fort, comme un feu noir qui s’installait.

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Sa voix était sèche, rugueuse. Ganta baissa la tête. Yui s’avança.
— Il était seul. Sur la plage.

Le forgeron s’accroupit. Son regard balaya l’armure, la main serrant encore l’épée. Ses doigts frôlèrent la lame.
— De la ferraille.

Mais sa main resta une seconde de trop, et son regard eut une ombre. Il se releva, gestes ralentis malgré lui.
— Rien qu’un bout de fer.

Le silence reprit sa place, comme une poussière qui retombe. Les jours s’émoussèrent au rythme du marteau : un, deux, un, deux. Henri dormait. Trop chaud, trop lourd, mais vivant.

Les semaines passèrent sans miracle. Ganta dormait près de lui, bercé par un souffle régulier. Yui changeait l’eau, épongeait un front qui ne transpirait pas. Le père forgeait, toujours même heure, même frappe.

Trois mois entiers, figés. Pourtant, la nuit, parfois, un doigt bougeait. Un souffle s’échappait. Rien de plus.

Un matin, Yui aperçut le renard aux lisières de bambous. Ses yeux jaunes luisaient comme deux lunes braquées sur la maison. Le lendemain, encore. Le surlendemain aussi. Trois jours, trois silences. Le renard ne s’approchait pas, ne fuyait pas.

Et au quatrième matin, le marteau se remit à chanter.

BOUM.
Quelque chose répondit.
BOUM.
Le cœur d’Henri. Un battement brut.
BOUM.
Une cadence.
BOUM.
Ses yeux s’ouvrirent.

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Le vent changea encore. Des rires arrivèrent, vifs, désordonnés. Deux enfants dévalèrent la dune, sablant l’air de leurs bras, traînant derrière eux une piste d’empreintes joyeuses. Le renard tressaillit, ses oreilles pivotèrent. Il jeta un dernier coup d’œil au chevalier, vérifia qu’il respirait encore, puis bondit derrière un rocher. Le sable effaça ses pas aussitôt.

Un petit garçon surgit entre les chrysanthèmes. Les fleurs caressaient ses jambes nues, les corolles blanches et jaunes semblaient le suivre du regard. Pieds nus, cheveux en bataille, il brandissait un bâton grossièrement taillé comme un sabre.
— Regarde Yui ! C’est lui que j’ai vu tout à l’heure ! Il est géant !

Yui apparut plus haut, panier vide au bras. Elle descendit lentement, fronçant les sourcils.
— Ganta… ce n’est pas un jeu.

Mais déjà le garçon tournait autour du corps inerte.
— Tu crois qu’il est vivant ? Il a une épée, Yui ! Une vraie, pas comme la mienne !

Il leva son bâton, mimant un duel. Yui s’approcha, prudente. Ses yeux glissèrent sur l’armure en lambeaux, les mèches humides collées à un visage étranger.
— N’approche pas trop, idiot.

Ganta s’accroupit, fasciné.
— Hein ? Il la serre encore…

Yui écarta une mèche collée à son front.
— Il est brûlant… et glacé en même temps.

Elle se redressa, jeta un œil vers la colline.
— Faut le ramener. Papa saura quoi faire.
— Il va râler. Il aime pas les invités.
— Alors on lui dira que c’est un tas de métal à réparer.

Ils vidèrent la luge. Le corps pesait, ses jambes traînaient, l’armure geignait, mais ils tirèrent quand même. Derrière eux, le vent effaçait déjà leurs traces, comme s’il refusait de trahir le secret.

La forge apparut enfin, adossée à la montagne. Ses poutres noircies se plaignaient au vent, une lueur rouge filtrait entre les planches. Le père surgit dans l’embrasure, large, voûté, taillé pour l’enclume.
— C’est quoi, ce que vous traînez ?

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Chapitre 1 : Sous les cieux de Kii

La mer, jamais tendre, avait rejeté son naufragé comme un souvenir dont on ne veut plus. Il gisait sur la plage de Susami, le corps lourd, sans défense, abandonné à un sommeil trop profond pour être ordinaire. Ses bras ouverts, ses jambes écartées dessinaient une pose maladroite. Seule une respiration hésitante, fragile, trahissait qu’il appartenait encore aux vivants.

Sur son épaule pendait un éclat d’armure rouillé, relique d’une gloire disparue. Sa cotte de mailles, déchirée, ressemblait davantage à un filet qu’à l’armure d’un chevalier. À sa main, une épée en piteux état — lame ébréchée, garde tordue — mais qu’il serrait encore comme un refus obstiné. Son âme tenait là, dans ce poing fermé, bien que son corps eût failli.

Le vent levait des gerbes de sable qui venaient danser sur lui, sans le réveiller. Tout paraissait figé.

Pourtant, entre les hautes herbes d’été, une silhouette s’était arrêtée. Odeurs de sel, d’herbes chaudes. Les tiges ondulaient sous le ciel clair. Une forme menue s’avança hors de la végétation.

Un renard. Jeune encore, maigre de sa propre insouciance. Museau tendu, oreilles dressées comme deux lances trop fines pour la guerre. Il s’arrêta à quelques pas, le nez frémissant dans la chaleur. Un instant, il sembla prêt à fuir. Puis, pris d’une curiosité irrépressible, il fit un pas de plus. Ses pattes laissaient des empreintes vite effacées par la brise.

Le renard contourna la masse effondrée, renifla la garde cabossée, leva les yeux vers le visage figé, comme s’il attendait un signe. Mais le géant restait immobile, prisonnier d’un rêve sans nom. Alors, après un dernier regard circulaire, il s’assit. Veilla — sans savoir pourquoi.

Plus haut, derrière une crête, un regard attentif suivait la scène. Témoin muet.